CHAPITRE X
Le Congrès eucharistique de Chicago.
Sommaire : L'arrivée du Légat à New-York. — Le train rouge. — En plein congrès au Soldiers' Field. — U adoration à la cathédrale. — Le premier prêtre catholique indien assiste au Congrès. — Que pensait du Congrès le doyen de l'université protestante Schailer Matthews. — La proces-
• sion à Mundelein. — Comment le Congrès fut jugé par les non-catholiques.
Un des faits saillants de la vie du catholicisme américain au début du xx® siècle, fut le Congrès îucharistique de Chicago du 20 au 24 juin 1926. \.yant prêché, cette année-là, le carême à la Nouv^elle-Orléans, je le suivis de près. Je pus, en témoin iirect, apprécier l'importance et la portée de cet événement.
Il fut préparé de loin et fébrilement à la manière iméricaine. L'archevêque de Chicago avait envoyé ies invitations personnelles aux membres de la hiérarchie ecclésiastique du monde entier, des cardinaux, aux monsignors. Vingt -trois comités de 250 membres chacun, fonctionnaient pour organiser ies logements et recevoir les hôtes. Plus de 12.000
hôtels et maisons particulières de citoyens de toute] croyance, firent des offres de services pour les] congressistes. 50.000 autos furent mises à leur disposition. Le nombre des étrangers attendus dépassait dès le 20 mars, plus d'un million.
Je me trouvais à New- York le 14 juin quand y arrivèrent les sept cardinaux européens, avec le légat du pape à leur tête^ Ils défilèrent en auto pendant trois heures dans la 5® avenue^ l'une des grandes artères de la Cosmopolis. Plus de 500.000 personnes prirent part à cette imposante procession catholique, la première qu'ait vue les États- Unis. Elle se dirigea vers la cathédrale Saint-Patrick. Le cardinal Bonzano y fût reçu solennellement par le cardinal Hayes, archevêque de New- York, comme envoyé du Pontife romain à l'Amérique.
Le congrès se trouvait de fait commencé. Déjà 20.000 pèlerins étaient arrivés à Chicago de toutes les parties du monde, même de la Chine.
A la tête de la délégation de ce pays, se trouvait M. Joseph Lo Pa Hong, chevalier de Saint- Grégoire, connu comme le Rockfeller de l'Orient. De son immense fortune, il entretient 30.000 Chinois catholiques. Il fit cadeau au cardinal Mundelein d'une chasuble, de quatre dalmatiques, d'une chape, d'une étole, d'un manipule,, d'un voile brodé d'or, de perles, de jade et d'agate de diverses couleurs. Le dessin représentait le blé et la vigne, symboles de l'eucharistie. Ces ornements d'un prix inestimable, confectionnés par les religieuses d'un hospice chinois, avaient été offerts à l'archevêque de Chicago, à condition que le légat du pape
[les porterait à la messe dite par lui pendant le congrès, le Jour dés Enfants.
Le 15 juin, le légat, les cardinaux et leur suite, se mettaient en route pour Chicago, dans le « Train Rouge » que la Pullman C^<^ avait fait construire à leur intention. Il comprenait 7 wagons peints, même les roues et leurs essieux, en rouge cardinalice. Le premier, après la locomotive, formait belvédère et avait une bibliothèque avec des livres assortis pour distraire les éminents voyageurs fatigués de voir le pays parcouru. Après ce wagon, il y en avait trois autres somptueusement décorés avec six chambres et trois salons. L'edining-car avait des tables sculptées, couvertes de fine batiste. Son argenterie portait les armes du cardinal Bonzano.
Celui-ci disposait d'un wagon pour lui seul, avec cinq magnifiques chambres décorées des insignes de sa fonction. Des draperies et des tapisseries ornaient les plafonds et les côtés. Chacun des wagons portait un nom fameux dans l'histoire catholique. Le wagon restaurant s'appelait «Sainte- Marie du Lac », nom donné au séminaire de Mundelein près de Chicago. Les noms des autres wagons étaient : Pape Pie XI, Cardinal Bonzano, Cardinal Hayes, Évêque Quarter, premier évêque de Chicago, P. Marquette, (le premier Européen qui découATit les Grands Lacs et Chicago), Charles CarroU pf Garolton, parent du premier évêque de Baltimore, et le seul catholique qui signa la Constitution américaine après la défaite des Anglais.
Ce train somptueux dont la valeur représentait quelques millions de dollars, inspirait le 14 juin
à un rédacteur du New York Times, un article! remarquable, révélateur de l'âme américaine et' de ses sentiments à l'égard du catholicisme, en général, et du Congrès eucharistique, en particulier. N'oublions pas que le directeur de ce journal le plus influent de l'Est des États-Unis, est un juif, M. Ochs. On sera donc heureux de voir traduire ici cet article.
« Quel contraste entre la marche triomphale des cardinaux à Chicago par le « train Rouge » et la tentative du premier Européen connu, un prêtre français, pour atteindre l'endroit où s'étend maintenant l'immense cité. Près du sentier à porteurs entre les Grands lacs et la vallée du Mississipi, dans ces terres souvent inondées quand le fleuve débordait, la première habitation européenne fut construite. Elle abrita le P. .Marquette, prêtre jésuite, fils d'une vieille et honorable famille de Laon, en France, venu là pour évangéliser les Indiens. Où se trouvait cette hutte en 1673, s'élève maintenant une croix dont une inscription rappelle que le P. Marquette fut le premier blanc connu qui mit le pied en cette région. Il ne vit pas, même en rêve, qu'une puissante cité surgirait de cette glaise noire, et que les Princes de l'Eglise passeraient par où il avait passé. Sa pensée, avec sa passion d'explorateur, était concentrée sur le salut des âmes des sauvages. Ce qu'il écrit sur son expédition le prouve :
« Ce voyage n'eut-il apporté que le salut d'une « seule âme, je me serais cru bien payé de mes « fatigues. J'ai toutes raisons de croire que mon
( souhait a été réalisé. En retournant je visitai ï les Indiens du Peoria, et je restai chez eux trois [{ jours pour prêcher la foi, dans toutes leurs ;( cabanes. Après quoi, comme je m'embarquais, ( on m'apporta un enfant qui se mourait. Je le ( baptisai avant qu'il n'expirât, grâce à une ( admirable providence qui voulait sauver son âme ( innocente. »
« Quel que soit notre credo, nous devons applaudir sans arrière-pensée le sublime désintéressement, le zèle héroïque et le dévouement. Dans la personne iu P. Marquette, il s'impose à l'admiration de ceux qui, maintenant, habitent une région que Tocque- ^'ille appela « la plus magnifique demeure préparée ( par Dieu pour abriter l'homme, cette vallée ( destinée à donner un monde d'expériences pour ( la démocratie et à devenir le cœur de l'Amérique ». Marquette la rendit sacrée non seulement par son zèle pieux, mais par son martyr.
« D'après ce que raconte l'épitaphe de la croix aoire, on estime que le P. Marquette et son compagnon Joliet firent 2.500 milles (2.750 kilomètres) în canot en cent vingt jours. Ils avaient avancé 3ar eau, depuis le bas Saint-Laurent aux rives supérieures du Mississipi, qu'ils descendirent usqu'à l'embouchure de l'Arkansas. Ensuite, ils retournèrent aux Grands Lacs. Les cardinaux voyageront non seulement plus vite et plus confortablement, mais par un chemin plus court que celui {ue ces pionniers, messagers de la foi, suivirent ians leur course tortueuse et torturée par eau, près ies rapides et des effrayantes cataractes, sur des
Sentiers à porteurs, courant au milieu des solitudes « qui eussent lassé les ailes mêmes de la pensée ». Mfiis si ces Princes de l'Église,. environnés d'homniages et de luxe, oubliaient l'esprit de ces pionniers, leur mission serait vaine,
« Ils doivent retremper leurs mémoires et leurs digsseins dans l'esprit de ceux dont l'historien !^ancroft a écrit : « Pas de cap ne fut tourné, pas « de rivière ne fut explorée, dont un jésuite n'ait « . montré le chemin. » A la lettre, les chandelles 4p leurs autels primitifs éclairèrent les sentiers (|es premiers explorateurs de cette vallée, du golfe 4u Saint-Laurent au Mississipi et au delà. En 1642, Paisonnneuve, soldat et mystique, dressa un de qes autels à l'endroit où est aujourd'hui Montréal. Jl fut remplacé peu après, mais la plume fidèle et précise de Parkman nous en a conservé le souA^enir :
« Le jour touchait à sa fin, lé soleil s'éteignait « derrière les forêts de l'Ouest. Le crépuscule arrivait. « Les mouches phosphorescentes scintillaient sur « la plaine sombre. Ils en prirent quelques-unes et « les liant ensemble avec un fil, en brillants festons, « ils les suspendirent devant l'autel où l'hostie « était exposée.
« Le prêtre, le -P. Vincent, vêtu de ses riches « ornements, dit à la petite assistance qu'ils étaient « le petit grain de moutarde qui croîtrait et éten- « drait ses branches sur la terre. Sa prophétie était « plus vraie qu'il ne le croyait lui-même. En 1910, « en ce même endroit, plus de 10.000 personnes «s'agenouillèrent durant le Congrès eucharistique
« devant un autel dressé en plein air, éclairé par des « lampes puissantes au lieu de l'être par desmouches « phosphorescentes. » Des centaines de mille s'agenouilleront à l'endroit où le P. Marquette célébra la messe à Chicago, avec Pierre et Jacques, ses seuls compagnons et les seuls communiants. »
L'ouverture, officielle du Congrès devait avoir lieu le 20 juin, mais, en raison des foules énormes déjà présentes, on avait décidé de faire des réunions dès le 17. Le 18, eut lieu une démonstration civique à travers les rues. Le 20, à minuit, les messes commencèrent dans toutes les églises. Le matin, une messe solennelle fut célébrée à la cathédrale et dans les autres édifices du culte de la ville. Le lundi 21, 60.000 enfants chantèrent la messe au Soldiers' Field. C'est un immense, amphithéâtre en plein*^ air près du lac Michigan, où Chicago est à l'aise pour ses fêtes, et où devaient se dérouler les grandes cérémonies publiques du Congrès.
. Je n'avais quitté New- York que le 21 juin, à cinq heures du soir. Le train suit l'Hudson jusqu'à Albany. Le paysage qu'il traverse est l'un des plus beaux que j'aie vus en Amérique.
Je n'en excepte pas les rives du Mississipi que j avais eu le loisir d'admirer, pendant les quatre mois de séjour et de prédication à la Nouvelle-Orléans. Le Mississipi débordant parfois, on a dû contenir ses eaux entre de hautes « levées » qui, depuis Bâton-Rouge, capitale de la Louisiane, jusqu'à son embouchure, le dérobent aux yeux du promeneur et du voyageur, en automobile et ep chemin de
fer. L'Hudson, au contraire, enflé par la marée, étale ses eaux dans une large et verte vallée, que surplombent des collines en pente douce ou des rochers coupés droits qu'on appelle « palissades ».
On laisse l'Hudson à Albany qu^n atteint vers neuf heures. La nuit était déjà tombée. Dans mon pullman entrèrent deux prêtres qui me demandèrent en français si j'allais au Congrès eucharistique. Je les prispour deux Canadiens. L'un était un Suisse, d'origine italienne, aux cheveux blan€s, curé d'une paroisse trilingue du Vermont, et l'autre, un prêtre jeune et robuste, curé dans le même État de quatre missions disséminées, sur un territoire plus vaste qu'un arrondissement français. Nous parlâmes. Le jeune prêtre m'apprit qu'il était d'origine irlandaise, il avait fait ses études au Collège américain de Louvain. Il avait eu là comme professuer et directeur spirituel le P. Vermeersch, l'illustre jésuite belge, maintenant au Collège romain, dont il gardait un impérissable souvenir. Je lui dis que j'avais vu dans les journaux qu'il était au Congrès et que j'espérais le rencontrer. Il me fit promettre, de l'avertir et de lui donner son adresse. Le bon curé suisse, qui avait pris dans son petit sac pour se distraire les Pensées de Pascal, observa qu'il avait lu dans un journal italien des Etats- Unis, que le P. Vermeersch était. « le plus grand théologien de l'heure présente ».
Nous nous couchâmes dans nos «pullmann», aux couchettes « confortables », à onze heures. A huit heures, le lendemain, nous étions à Cleveland. Depuis Buffalo, le train suivait le lac Erié que nous
ne devions quitter qu'à Toledo. Là, nous entrâmes dans la région fertile et bien cultivée des farmers du Middle West. Prairies, champs de blé et de maïs s'étendent à perte de vue des deux côté» de la voie ferrée.
On arriva très exactement, à l'heure fixée, à Chicago, à 4 heures du soir. Je pris un taxi ,et me fis conduire au numéro 1517 du boulevard Logan, où est l'église Saint-Jean Berchmans, rendez-vous des Belges. Je sonnai à la porte du magnifique presbytère qui s'aligne sur une de ces vastes et longues avenues ombragées, qui sont la gloire de Chicago. Une house keeper, au bon sourire illuminant sa figure, vint m' ouvrir.. S' apercevant sans doute que mon anglais n'avait pas toute la pureté d'accent du terroir, elle me répondit en excellent français de la Flandre occidentale, d'où elle était. Elle me dit que le P. Devos, le curé qui m'attendait, se trouvait dans la salle des Œuvres, où les Belges et les Hollandais tenaient leur réunion. Je m'y rendis. L'archevêque d'Utrecht la présidait, entouré de Mgr Heylen, évêque de Namur, de Mgr Vuilstecke, évêque de Curaçao, et de quelques autres prélats. On y parlait flamand. Bien que connaissant l'allemand, il ne me fut pas possible de suivre l'exposé des idées. Le P. Devos m'en fit le résumé dans la soirée. Belges et Hollandais dirent la foi de leurs peuples et la pratique quotidienne ou hebdomadaire de la communion. Le curé de Saint-Jean Berchmans insista sur l'excellent effet produit par le Congrès
eucharistique en des âmes jusque-là indifférentes. Dans sa paroisse flamande, l'une des moindres^ de Chicago, qui compte environ un million et quart de catholiques, il avait eu, à cette occasion, ] 1.700 communions et 75 conversions.
Le soir de mon arrivée, après un banquet organisé par les prêtres belges et hollandais, et où je ; fus invité, une auto nous amena au Soldiers^ Field. Là, le matin, sur un autel dressé à l'endroit le plus élevé, sous un , baldaquin soutenu par quatre hautes et larges colonnes, avait été célébrée, le
21 juiiî, par le légat du pape, entouré des autres cardinaux, la messe pontificale. On a évalué à près de 700.000 le. nombre des assistants. La nuit du
22 juin, l'amphithéâtre était réservé aux hommes sétils, et la Société du Saint-Nom que dirigent lès dominicains, était chargée d'organiser la manifestation.
Nous entrâmes avec mes amis au Soldiers^Fjeld^ à 8 h. 30. Sous les lumières violentes des arcs électriques, nous pûmes apercevoir les grappes humaines étendues sur les gradins de l'amphithéâtre, à gauche et à droite. Sous le baldaquin de l'autel, étaient suspendus six haut-parleurs qui portaient la voix, des orateurs aux extrémités de cette fburmillière d'hommes qu'on a pu évaluer à 500.000. Sept orateurs, que le public ne voyait pas, se succédèrent devant le microphone. Ce que j'ouïs me parut banal. Ici, comme dans tout le Congrès, sauf deux ou trois exceptions, je n'ai pu entendre un discours, lire une adresse qui répondit aux sentiments qui s'agitaient dans le cœur des multitudes, accourues à
Chicago et de celles qui, dans tous les États-Unis, suivaient attentives les péripéties de ce grand événement. Il manqua l'âme d'un Gibbons, d'un Ireland ou d'un Spalding pour interpréter l'âme américaine et humaine devant ce grandiose spectacle de foi, de sympathie et-de tolérance, et pour la reposer de lassants lieux communs.
Après les discours qui s'allongèrent dans la nuit, les bougies que portaient les 500.000 auditeurs s'allumèrent dans tout l'amphithéâtre. Parmi le clair-obscur qui enveloppait les gradins, leur scintillement dormait l'impression de milliers de vers luisants, attachés aux brins d'herbe d'une prairie. A son tour, l'autel, dressé sur une élévation près de laquelle on avait disposé des trônes pour les cardinaux, s'illumina. Autour, l'immense cité, avec sa clameur de trains, de tramways, de bateaux; ici, le chant de l'adoration du Tantum ergo s'échappant du cœur et de la bouche de ces milliers de croyants, quand le cardinal Mundeleiu exposa le Sacrement du Pain, voile couvrant ici-bas le Christ ressuscité et immortel. Enfin, dans le silence des têtes inclinées et des étoiles témoins étonnés, la bénédiction fut donnée avec l'ostensoir. Tout près, sur le lac, les sirènes sifflaient; les elevated roulaient sur les rails et au-dessus des toits et des rues, leurs wagons de voyageurs couraient à leur travail ou à leur repos.
Nous eûmes toutes les peines du monde à délivrer notre, automobile de l'encombrement de la foule et des autres voitures. On rentra fort tard au presbytère. \
Le lendemain, 23 juin, nous voulûmes assister à une messe solennelle du rite uniate en l'église grecque catholique Saint-Nicolas de Chicago. Elle fut célébrée par un archevêque ukrainien dont le nom m'échappe. Au chœur assistaient plusieurs prélats de divers autres rites. L'église assez grande était remplie. On nous donna à l'entrée une brochure où La divine liturgie de saint Jean Chrysostome avait été traduite en anglais. Nous pûmes suivre là cérémonie dans ses divers détails. La caractéristique de la messe grecque est l'union intime, du célébrant avec les fidèles. Les assistants y paraissent des acteurs du drame associés au prêtre. « Quand verrons-nous cela dans le rite latin ? » disait un prêtre belge, curé d'une grosse paroisse du diocèse de Saint-Louis. Le chant du célébrant, un peu pleurard et monotone, éveillait les réparties ■ vivantes et riches d'harmonie d'un chœur puissant et souple. L'évêque uniate d'Antivari, siège fondé par saint Paul, adressa la parole - à l'audience en anglais et en slave. Il remercia les Américains de leur générosité et exposa les tribulations de son peuple.
Un trait montrera la bonne volonté et l'ignorance dés journaux américains. La plupart de leurs reporters sont de jeunes protestants. L'un d'eux, tout fier d'avoir pu obtenir pour son quotidien uji cliché de la cérémonie grecque uniate, avait mis cette indication sous la photo : « Les catholiques romains, qui ne sont séparés des grecs que par . l'obéissance au pape, se témoignent leur amitié en célébrant ensemble leurs rites. » ;
Le -23 juin, après le déjeuner dans la famille de M. Gustave Joseph, un Flamand de Gand enrichi dans le commerce des stores, on décida d'aller voir la cathédrale pour y faire adoration devant le Saint-Sacrement exposé depuis le dèl)utdu Congrès.
Chicago est sans doute la ville la plus étendue du monde. Les distances y sont « colossales », diraient les Allemands qui abondent ici plus qu'ailleurs aux États-Unis. Ils y forment un quart de la population et y ont amassé de jolies fortunes. Il nous fallut plus d'une heure pour atteindre le but de notre course en auto. En chemin, nous parcourûmes des parcs magnifiques et vastes, des avenues à perte de vue, le légitime orgueil de la cité. On rencontra la « Chicago River » à l'endi'oit où ses deux branches se soudent pour former une branche unique, qui se jetait auparavant dans le lac Miçhigan. On l'a détournée par un canal, pour la déverser dans l' Illinois qui va vers le Mississipi. Par elle, les grands navires pénètrent dans la ville et plus loin.
Les Iiidiens avaient donné à cette rivière, qui des côtés nord et sud court parallèle au lac, le nom de Chicago qui signifie skung ou animal puant, à cause de ces bêtes qui étaient là très nombreuses. Ce serait vers l'endroit ,où. se rejoignent les deux branches du Chicago, que le 15 décembre 1674, le p. Marquette, jésuite originaire de Laon, aurait dit « la messe de la Conception », la première bélébrée dans l' Illinois. Il arrivait du Canada et depuis plusieurs années cherchait, en suivant les grands lacs et les rivières qui s'y déversent ou en