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CHAPITRE PREMIER

Depuis l'arrivée des catholiques aux États-Unis en 1684 à la mort du cardinal Gibbons en 1921.

Sommaihe : Incessante augmentation des catholiques. — Y - a-t-il eu déchet? — Gibbons et les prélats formés à son école acquièrent droit de cité au catholicisme.

C'est en 1684 que les deux petits navires VArk et la Dove amenaient aux rives atlantiques du Nouveau Monde, les premiers émigrants catholiques. Ils étaient seulement vingt-cinq des trois cents passagers qui débarquèrent sur les terres qui devinrent le Maryland, A leur tête, se trouvaient les frères Calvert. L'un d'eux, Lord Baltimore, donnera son nom à la capitale de l'État et établira avant tous autres, comme gouverneur, le principe de la tolérance religieuse, dont ne voulaient pas les protestants dans les colonies qu'ils fondaient.

Les catholiques prirent part à la guerre de l'Indépendance à côté de Washington qui, en une circonstance, les défendit ouvertement contre les sectaires, rendant justice aux éminents services qu'il en avait

reçus. Leur nombre total en 1776 ne dépassait pas 25.000, un sur 120 habitants.

Leur premier évêque, CarroU, d'une illustre famille anglo-saxonne du Maryland, dans un rapport envoyé à Rome en 1785, compte, dans les colonies existant déjà, 30.000 catholiques dont , 16.000 dans le Maryland, 7.000 en Pennsylvanie, les autres dispersés un peu partout. Pour leur service, ils n'avaient sur cet immense territoire que 25 prêtres. Les États-Unis comptaient alors 3 millions d'habitants.

En 1834, année de la naissance de Gibbons à Baltimore, il y avait dans l'État de Maryland, le plus peuplé de tous avec 500.000 habitants, 75.000 catholiques.

En 1861, quand Gibbons reçoit la consécration sacerdotale, les États-Unis ont 1.800.000 catholiques avec 48 archevêques et évêques, 2.046 prêtres, 1.042 églises.

En 1877, l'année où il est promu à l'archevêché de Baltimore, il y a en a 6 millions. En 1889, 9 millions, avec 13 archevêques, 71 évêques, 8.000 prêti^es, 10.500 églises, 650 collèges, 3.100 écoles, 520 hôpitaux. ,

Quand Gibbons meurt, en 1921, les États-Unis comptent 17.885.000 catholiques avec 3 cardinaux, 16 archevêques, 93 évêques, 16.580 églises, 21.543 prêtres, 6.048 écoles, 113 séminaires, 8.281 séminaristes. Dans ces chiffres n'est pas compris l'apport des colonies conquises en 1898 sur l'Espagne : Cuba et les Philippines.

Du CathoUc Directory de 1927, il ressort que sur

120.000.000 d'habitants, il y avait alors aux États-Unis 19.689.049 catholiques avec 4 cardinaux 17 archevêques, 104 évêques, 18.283 églises, 25.683 prêtres, 141 séminaires, 14.432 séminaristes, 7.061 écoles avec 2.201.837 élèves.

Parmi ces 19.689.049 catholiques, quelle part représentent les convertis-? Pour 1927, il y en avait 33.991. Mais je donne ici la parole à M. Marnix qui a traité ce sujet dans The ecclesiatical reçiewnd'&oût

Eiîr 1893, on comptait, sur une période de quatrevingts ans, dans la population américaine, 700.000 convertis ou descendants de convertiSj/T)epuis lors, la, moyenne annuelle a sans cesse augmenté. Avant le premier Congrès missionnaire à Chicago, en 1909, on annonçait que plus de 25.056 convertis avaient été reçus dans l'Église en 1906. D'après les rapports de 81 diocèses sur les convertis de 1917, 40.000 avaient fait," cette année-là, leur profession de foi catholique. Le Catholic Directory donne pour 73 diocèses un chiffre de 39.923 convertis en 1920. II manquerait au compte 28 diocèses. Sur cette base, et laissant de côté les convertis de l'Anglicanisme, dans les hôpitaux et d'autres endroits dont mention n'est pas faite, l'année 1920 doit compter 55.000 au moins, et plus probablement, 60.000 nouveaux venus à la foi catholique en Amérique. D'après les rapports annuels pour plusieurs années les plus proches de nous et d'après les chiffres acceptables de moyennes annuelles antérieures, environ 80.000 convertis ont été reçus durant les vingt-sept dernières années. Au début de cette période de vingtsept années, on comptait 700.000 convertis. En admettant l'augmentation moyenne de 25 p. 100 tous les dix

ans, sur la base des calculs de l'éyêque Canevin, et la même moyenne pour les enfants de convertis reçus depuis 1893, on est amené à conclure que le chiffre de 2.200.000 représenterait le nombre des convertis dans la population catholique des États-Unis à ce jour — chiffre d'ensemble suffisamment expressif, croyonsnous, du mouvement de conversion en Amérique ^,

Nous acceptons ces chiffres tels que M. Mafnix nous les donne.

Au premier abord; ils paraissent, comme celui de de l'ensemble des catholiques, très élevés. Quand on y regarde de près, on voit vite qu'ils ne correspondent pas à ce qu'ils pourraient être. Dans un livre publié, en 1902, par M. Henry Bargy, sur La Religion dans la Société aux États-Unis ^,-]e lis : « D'après le nombre des immigrants, les catholiques aux TÊtats-Unis devraient être plus de 25 millions; ils sont dix millions. » Le premier de ces chiffres est trop élevé et le second trop bas^/' ^ De 1821 à 1919, les immigrants sont au nombre de 32.600.000. De ces 32 millions, il n'est pas exagéré de dire que 27 millions étaient des catholiques, venant surtout de l'Irlande, de l'Allemagne, de; l'Autriche, de l'Italie, de l'Espagne et du Mexique/

Il y a donc eu un important déchet parmi eux. Beaucoup ont abandonné leur croyance pour devenir libres penseurs ou protestants. A quoi

1; The ecclesiasiical review, août 1921, p. 158.

2. Armand Colin, Paris. — Je dois dire que ce point de vue des pertes catholiques au cours du xix^ et du xx® siècle est nié dans un ouvrage consacré à discuter cette question par le Père mariste, Gerald Shanghnessy, Has the immigrant kept the Faith? — New-York, Me Millan, 1925.

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attribuet ce déchet ? Négligence dès autorités ecclésiastiques de leur pays d'origine; dispersions sur un vaste territoire où les villes se bâtissaient plus vite que les églises, et où il était difficile aux prêtres de prendre soin d'eux ; ignorance de la langue ^anglaise; manque de clergé spécialisé pour recevoir les groupes nationaux et les instruire, etc.

Le biographe du cardinal Gibbons nous raconte qu'en 1854 son héros, étant âgé de vingt ans et encore employé d'épicerie à la Nouvelle-Orléans, entendit une conférence d'Oreste D. Brownson qui, avec la mission des rédemptoristes Walworth et Hewit, contribua à lui faire embrasser la carrière ecclésiastique ^. Brownson s'était converti au catholicisme en 1844. Il avait passé par quatre sectes différentes et abouti à l'unitarisme où il fut disciple de Channing et d'Emerson. « L'expérience politique le prépara à la discipline catholique. Du conservatisme en politique, dit-il, j'allais passer au conservatisme en religion. Ce ne fut pas le dogme qui le convertit, ce fut la portée civique du principe d'autorité. Il ne rabattait rien de ses espérances réformatrices. Il complétait l'axiome : « Pas de liberté sans ordre », par l'axiome : « Pas de progrès sans liberté. » L'Église semble n'avoir été d'abord pour lui que la condition du progrès ^. »

. 1. Life of cardinal Gibbons, par Sinclair Will, t. i, p. 20 (New- York, 1922). — Une adaptation française de cé~travail, utile pour connaître le catholicisme américain, a paru par mes soins cher, l'éditeur Téqui, avec une Introduction de M. l'abbé Klein et une Préface de moi.

", 2. "Henry Bargy, La religion dans la Société aux États- Unis, p. 165.

Le P. Hecker, disciple et ami de Brownson, lai dut sa conversion. Elle eut lieu quelques mois après celle du philosophe qui lui écrivait pour calmer ses doutes : « Il ne faut pas vivre de rêves. Votre dévouement doit être réglé et dirigé par la discipline de l'Église. Vous ne pouvez être anglican. Il faut donc être un catholique ou un /mystique. Votre croix est de vaincre, en vous, la tendance au mysticisme ^. »

Le P. Hecker, comme Brownson, se convertit surtout pour des raisons sociales. « S'il commençait à oublier le christianisme, écrit le biographe du premier, c'est parce que le protestantisme orthodoxe, seule forme de religion qu'il connût, n'offrait rien qui correspon(^t aux prétentions et aux besoins de la société telle qu'il la concevait. Le Christ du protestantisme n'apportait aucun élément de cohésion à l'humanité : une religion antisociale et dissolvante par l'action de ses fins contraires ne pouvait contribuer à résoudre les problèmes sociaux ^. »

Le P. Hecker qui accompagnait rcs confrères Walworth- et Hewit à la Nouvelle-Orléans, où le jeune Gibbons suivit leur mission en 1854, fut arrêté en chemin par une pneumonie et ne les rejoignit qu'à la fin. Quatre ans après, ces trois rédemptoristes, avec deux autres compagnons, se séparaient de la Congrégation de Saint-Alphonse et fondaient, avec l'agrément de Rome, celle des

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