INTRODUCTION. XV
de l'Eglise est contestée, et quand l'autorité de Jésus- Christ lui-même est attaquée par la négation de sa divinité, quelle est, sur la terre, l'autorité humaine assez puissante pour rétablir l'ordre dans les idées des individus et dans les mœurs de la société? La force est donc maintenant la principale autorité entre les mains du pouvoir civil ; et l'autorité de Dieu lui-même n'a plus toute son efficacité sociale, parce que, d'abord, elle est récusée dans l'intermédiaire qui doit la manifester j et que chacun la place, ensuite, dans ses fantaisies et même dans ses passions.
Voilà pourtant la situation qui tend à se généraliser de plus en plus dans les sociétés de notre époque, et voilà l'abîme vers lequel elles descendent. Faut-il désespérer? Non, certes^ nous ne désespérons pas ; nous portons, au contraire, nos regards vers le ciel, et nous disons avec saint Paul : « Dieu n'a pas rejeté son peuple qu'il a connu dans sa prescience. Ne savezvous pas ce qui est rapporté d'Elie dans l'Écriture, et de quelle sorte il demande à Dieu justice contre Israël? Seigneur, dit-il, ils ont tué vos prophètes, ils ont renversé vos autels, je suis demeuré seul, et ils me cherchent pour m'ôter la vie. Mais qu'est-ce que Dieu lui répond? Je me suis réservé sept mille hommes qui n'ont point fléchi le genou devant Baal. Ainsi Dieu a sauvé, en ce temps-ci, par un choix tout gratuit, un petit nombre qu'il s'est réservé (1). »
Grâce à ce petit nombre que Dieu s'est conservé pour en faire le dépositaire des mérites, des vérités et
(1) Ad Rom. cap. ii, vers. 2, 3, 4 et 5.