‹ Le catholicisme considéré dans ses rapports avec la sociétéChapitre 15 sur 35 · INTRODUCTION . XIX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION . XIX

moyens se présentent. D'abord^ on peut leur rappeler les preuves qui établissent la divinité de Jésus-Christ, de sa religion et de son Eglise : car, une fois admis ce principe^ c'est l'autorité de Dieu lui-même qui gouverne le monde, et il n'y a plus à craindre de s'égarer. Ce travail théologique a été cent fois renouvelé et mis à la portée de toutes les intelligences; on le continue même chaque jour par la parole et par les livres; mais cela ne suffit pas. L'esprit de notre époque n'est malheureusement plus assez touché des seuls arguments de la meilleure théologie. Tout entier aux choses extérieures et sensibles , il faut chercher à le convaincre par des raisons et des considérations proportionnées à ses dispositions actuelles. Telle est l'œuvre que nous avons entreprise. Pour cela nous nous sommes proposé la double tâche, premièrement^ d'exposer les harmonies du Christianisme avec les divers éléments qui composent la société ; et, secondement, de montrer les ruines qu'y entraînerait la destruction du Christianisme par la négation de la divinité de Jésus-Christ.

Le premier procédé est un travail de réconciliation qui nous paraît d'une très-grande importance. En effet, l'objection la plus répandue^ de nos jours, contre le Christianisme^ c'est qu'il n'est plus en accord avec les conditions actuelles de la société. S'il en était ainsi, évidemment il ne serait pas divin : car enfin, que seraitce donc qu'une religion établie par Dieu pour le bonheur et le salut du genre humain, et qui finirait , après un certain temps , par n'être plus pour lui qu'une pierre d'achoppement dans le progrès de la civilisation? Il est donc essentiel de montrer tout d'abord que.

XX IXTRODUCTION.

loin d'être en désaccord avec les conditions et les intérêts de la société, le Christianisme, au contraire, lui est harmonique dans les divers éléments qui la composent. C'est au moins une forte présomption en faveur de la divinité de Jésus-Christ et du Christianisme que cette vérité bien étabhe ; et ne peut-on même pas dire que c'est une preuve morale et convaincante? Il n'est pas possible, en effet, de s'arrêter à la pensée qu'un homme ait eu assez de génie, et qu'il conserve assez d'autorité pour donner au monde une rehgion qui demeure si parfaitement en harmonie avec les sociétés de tous les siècles et de tous les pays. En tous cas, il faut bien le reconnaître, cette harmonie ne repose que sur la certitude ou, du moins, sur l'hypothèse de la divinité de Jésus-Christ. Mais supposons que Jésus- Christ ne soit pas Dieu, supposons qu'on vienne à dém.ontrer incontestablement qu'il n'est qu'un homme, et que l'humanité tout entière en soit convaincue ; alors nous montrons que les avantages produits dans la société par la religion chrétienne s'évanouissent, que ses harmonies s'effacent, et que la destruction du Christianisme, par la négation de la divinité de Jésus- Christ, couvre le monde de ruines épouvantables. Comment donc les incrédules de bonne foi ne seraientils point frappés de cette conclusion ? et comment ne fortifierait-elle pas les esprits faibles et chancelants dans leurs croyances?

Pour donner à ces vérités toute la lumière dont elles sont susceptibles, il nous a semblé qu'il serait utile de mettre le Christianisme en regard de l'antiquité païenne dans chacune de nos études. Dans cette pen-

INTEODUCTION. XXI

sée, au risque de tomber dans une certaine monotonie, nous avons, presque toujours, commencé par examiner ce qu'était ia société dans le monde païen, sur la question particulière qui nous occupait. Ensuite, nous avons montré ce que Jésus-Christ en a fait par sa doctrine, par ses exemples et par ses institutions. En troisième lieu, nous avons étudié la société dans son état actuel; et nous avons constaté tout ce qu'elle conserve encore du Christianisme^ malgré l'affaiblissement général de la foi. Et puis enfin , nous avons montré les ruines qu'entraînerait après elle la destruction du Catholicisme par la négation complète et générale de la divinité de Jésus-Christ.

D'après cet exposé, il semble qu'un livre comme le nôtre pouvait s'intituler avec exactitude : Les Harmonies et les Ruines. Nous n'avons point adopté ce titre^ parce qu'il nous semblait trop annoncer un travail de poésie et d'imagination^ bien différent de celui que nous publions. En réalité, cet ouvrage est une série d'études historiques sur le CathoHcisme envisagé dans ses relations avec la société. N'est-ce point ce que l'on pourrait appeler, dans le langage de notre temps, la philosophie sociale de l'histoire du Catholicisme ? Mais nous n'avons pas la prétention d'aller si loin ni de nous élever si haut ; et nous avons cru résumer assez bien la pensée générale de notre hvre, en l'intitulant simplement : Le Catholicisme considéré dans ses rapports avec la société.

Reste maintenant à justifier le plan que nous avons suivi.

Nous avons commencé par le dogme, parce que la

Page 1