‹ Le catholicisme considéré dans ses rapports avec la sociétéChapitre 22 sur 35 · DE LA VIERGE MARIE · texte numérisé non relu

DE LA VIERGE MARIE

ET DE LA VIRGINITÉ

Le culte de la Vierge Marie occupe une place trop importante dans la religion catholique, et son influence morale est trop considérable pour que nous ayons pu le confondre dans les coîisidérations précédentes sur le culte en général . C'est une étude toute particulière qu'il faut lui consacrer; et les développements que nous allons lui donner soulèveront tout d'abord une des plus graves questions morales que l'on puisse agiter dans la société, la question de la virginité.

La virginité ! Il faudrait être un ange et parler à des anges, pour en parler comme il convient. Disons cependant ce que l'homme en peut dire, tout en se maintenant dans les limites des plus sages convenances .

Nous constaterons, d'abord, qu'une portion très-considérable de l'humanité est destinée à vivre et vit, par le fait, dans le célibat. Tous n'y sont pas, il s'en faut bien, dans les mêmes dispositions : les uns y vivent volontairement et de leur propre choix; et les autres, au contraire, y sont forcés par les conditions physiques, sociales ou professionnelles dans lesquelles ils se trouvent.

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Ces derniers sont nombreux dans la société. On y voit, d'abord, ceux qui sont condamnés au célibat par les infirmités originelles ou accidentelles de leur constitution physique. La condition de ces infirmes est souvent une occasion de murmures et de blasphèmes contre la Providence : si l'on savait pourtant toute la part et toute la faute de l'homme dans ces infirmités de la nature! Il y a, ensuite, les déclassés de la fortune et de la société, cette multitude d'hommes, et de femmes surtout, qui ne peuvent contracter que des mariages socialement impossibles, sous le rapport des convenances. Enfin, il est encore un très-grand nombre d'adultes que leurs emplois et leurs professions condamnent au célibat : les militaires, par exemple, et beaucoup d'autres qui vivent dans des situations analogues. On a souvent discuté sur la moralité de ces situations : c'est inutile, car c'est un fait qui s'impose; et quand il n'existerait point de par la loi, il existerait toujours fatalement, ou plutôt providentiellement, comme un fait nécessaire.

En parlant de ceux qui vivent dans le célibat volontairement et par leur propre choix , nous n'entendons point parler, évidemment, de ceux qui choisissent cette condition par un calcul d'égoïsme et d'immoralité: cette honteuse spéculation révolte la nature, et la législation romaine, toute païenne qu'elle était, avait fini par la poursuivre par des peines sévères. Mais, à côté de ces natures perverses, il en est d'autres qui se vouent généreusement et spontanément au célibat, afin de se sacrifier plus librement au service des autres. En dehors du christianisme, ces dévouements sont trèsrares ; et cependant on les trouve, à l'honneur de l'humanité. Mais, parmi nous, ils sont vulgaires à force d'être multipliés, et l'on n'y pense pas plus qu'aux rayons du soleil qui fécondent la terre.

Librement ou involontairement, voilà donc des mil-

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liers d'hommes et de femmes qui demeurent dans le célibat; mais quelle y sera leur vie intime? Pour ceuxmêmes qui se sont fait volontairement cette condition dans un but généreux, iJ y aura d'héroïques sacrifices à s'imposer, afin de demeurer fidèles aux lois de la conscience : de quel poids ces lois ne pèseront-elles donc pas sur des natures rebelles et qui portent malgré elles le joug du célibat? Nous connaissons bien l'antique philosophie, qui prescrivait magistralement de s'abstenir : la recommandation n'était pas bien difficile à formuler ; mais elle n'avait qu'un inconvénient, c'est qu'elle était impraticable. Non, ce n'est pas avec de belles maximes qu'on dompte les passions fougueuses du cœur humain. Semblables , à ces coursiers sauvages du désert qu'on retient avec un frein trop faible, elles broient, jusqu'à le briser, le mors de la raison, et elles s'élancent ensuite, plus emportées que jamais, dans le champ libre de la volupté.

Mais, s'il en est ainsi , que deviendra donc la moralité dans les multitudes forcées au célibat? oq plutôt quelle ne sera pas la honte de leur immoralité? A l'extérieur, jusque dans les rues et sur nos places publiques, ces natures désordonnées se produiront avec tant d'effronterie, qu'on ne croira pas pouvoir s'empêcher de leur abandonner des victimes légales. On affirme que, sans cette concession, la police la mieux organisée ne répondrait plus de l'honneur pubhc. Mais, à l'intérieur, peut-on bien imaginer les turpitudes et les ignominies du célibataire dans la dégradation des sens ? Et voilà pourtant la situation fatale à laquelle se trouvent soumis des milliers d'hommes retenus dans le célibat, et d'ailleurs incapables de s'y conserver dans la vertu ! Evidemment, ce n'est pas Dieu qui, dans ses desseins primitifs, aurait jamais placé sa créature dans une si cruelle situation. Et, quand la révélation ne nous ferait pas connaître la chute originelle, qui explique le désordre des sens, ce désordre lui-même porterait à la conscience

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humaine un témoignage irréfragable de cette primitive dégradation. Enfin, et quoi qu'il en soit d'ailleurs du principe, voici la conséquence : c'est que des hommes et des femmes sont voués par miniers au célibat, et que, généralement, ils ne sont pas naturellement capables d'y demeurer toujours fidèles aux lois de la conscience et de la vertu.

Cette impossibilité était si fatalement admise dans l'antiquité païenne la plus civilisée, qu'on ne songeait même pas à y échapper par quelques tentatives généreuses. Il y avait bien comme un vague pressentiment d'une certaine supériorité idéale inhérente à la virginité perpétuelle et spontanée ; mais ce n'était là qu'une conception purement spéculative, et, par une inconséquence pratique toute naturelle, on flétrissait le célibat dans l'opinion comme une faiblesse, quand on ne le punissait pas comme une faute devant la loi. Il semble cependant qu'il devait y avoir une exception, sans contredit, pour une classe d'hommes chargés plus particulièrement du culte public de la divinité, pour la classe des prêtres. On sentait bien, jusque dans les religions les plus corrompues, qu'il fallait au moins une certaine pureté pour sacrifier aux dieux ; et de là les ablutions prescrites dans les cérémonies ; mais on n'osait pas demander davantage : on se défiait trop des penchants de la nature jusque sous la robe du prêtre, et on n'aurait pas voulu l'exposer aux trahisons et aux lâchetés trop certaines de ses passions frustrées. La législation juive elle-même, malgré toute sa pureté, n'imposa point le célibat à ses prêtres : il n'était pas temps encore ; la loi mosaïque ne conférait pas la grâce qui produit la virginité, et cette fleur ne devait s'épanouir au cœur du sacerdoce cathohque qu'avec le sang du Fils de la Vierge Marie répandu sur la croix.

Et cependant, soyons justes, au milieu même des turpitudes du paganisme, une institution fut créée qui

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rendait un éclatant hommage à la virginité : c'était le Collège des Yestales. Pour se faire pardonner la dépravation de son culte et la licence de ses prêtres, il semble que le paganisme ait voulu interposer, entre la divinité et lui, des créatures d'élite qui protestassent par leur virginité contre les souillures qui le flétrissaient. Mais que faire pour trouver des Vestales? Les demander à la générosité spontanée et au sacrifice volontaire? Non : car on savait bien que l'âme humaine n'était pas naturellement capable d'une si héroïque vertu. Et cependant, on voulait, il fallait des Vestales. Voici donc comment, à Rome, on formait leur Collège.

Un certain nombre de petites filles, de six à dix ans, étaient amenées par leurs parents devant l'empereur, revêtu du costume de Pontife Maxime. Leurs noms étaient inscrits et jetés dans une urne ; l'empereur en tirait lui-même une tablette, et le nom était aussitôt proclamé. A cette annonce, les parents de l'enfant éclataient en sanglots, mais on les éloignait; et l'empereur, s'adressant à la victime du sort : <^ Enfant, lui disait-il, je te prends pour être la prêtresse de Vesta, pour accomplir les rites sacrés et pour avoir droit d'agir religieusement en faveur du peuple romain : que mon choix soit consacré par une loi favorable. »

Aussitôt l'enfant était remise aux pontifes ; ses cheveux tombaient sous le tranchant des ciseaux, et voilà qu'elle était devenue Vestale, sans savoir à quoi elle était engagée, sans pouvoir même comprendre sa nouvelle condition. Elle pleurait quand on l'arrachait à ses parents ; et cependant elle ignorait que, dès cet instant, ils ne lui étaient plus rien, et que, de leur vivant même, elle devenait orpheline. Le Pontife avait parlé, son arrêt était irrévocable. La Vestale désignée par le sort était prise d'autorité, exactement comme le citoyen qu'on enrôlait pour l'armée; mais il y avait ici quelque chose de cruel qui ne se trouvait pas dans la milice : car c'était

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pour toute une vie, pour trente ans, que de malheureuses jeunes filles étaient consacrées à Yesta. Elles commençaient par faire un noviciat de dix années; elles exerçaient ensuite le ministère pendant dix autres années; et ce n'était qu'après une période de dix années encore, employées à l'instruction des novices, qu'elles redevenaient libres. On leur permettait de rentrer dans le monde alors qu'elles ne pouvaient plus s'y marier convenablement : aussi usaient-elles rarement de la liberté presque dérisoire qui leur était rendue; et, pour l'ordinaire, elles passaient le reste de leur vie dans les fonctions religieuses auxquelles leur jeunesse avait été consacrée.

Le €ollége des Vestales ne se composait que de six vierges. Elles habitaient V Atrium qui formait l'enceinte du temple de Testa, et elles ne pouvaient loger ailleurs qu'en cas de maladie et avec l'autorisation des Pontifes, qui les confiaient alors à la garde de quelques matrones. Le Pontife Maxime veillait à la discipline des Vestales. En cas d'infraction à leurs devoirs, il les jugeait, assisté du collège pontifical; et alors elles étaient condamnées à une rigoureuse flagellation pour l'extinction du feu sacré, et à la peine de mort pour la violation du vœu de chasteté.

Voilà donc, sous le rapport de la virginité, le chefd'œuvre de l'antiquité la plus civilisée : une Vestale. Une Vestale, c'est-à-dire une faible créature arrachée violemment et tout en larmes aux embrassements de sa famille, retenue pendant trente ans dans les entraves d'un célibat forcé, pour être fouettée ou enterrée toute vive, au cas où elle avait le malheur ou la faiblesse de faillir à ses obligations.

Du reste, une vierge devenue Vestale acquérait aussitôt des droits presque égaux à ceux des citoyens : elle se trouvait affranchie du pouvoir paternel et de la tutelle à laquelle toutes les autres femmes étaient soumises. De

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plus, en retour de la vie sévère et des devoirs austères qui lui étaient imposés, la république pourvoyait à son entretien; sa personne était vénérable et sacrée, un licteur la précédait, et les magistrats faisaient abaisser leurs faisceaux devant elle.

Dans ces rigueurs et ces respects dont les Yestales étaient l'objet, il est aisé de reconnaître l'estime que l'on portait à la virginité et les bonneurs dont on la jugeait digne. Oui, en dépit de la dépravation publique, en dépit d'un culte qui admettait des abominations, en dépit même des dieux qai, eux aussi, étaient des adultères et des infâmes, les prêtresses de Yesta subsistaient à Rome, au centre même de la civilisation, comme un témoignage public et solennel en faveur et à la gloire de la virginité. Cependant, il faut bien s'en souvenir : il n'y avait que six Yestales. Six vierges de force dans toute l'étendue du monde romain : voilà tout ce que le paganisme avait pu produire avant la venue de Jésus-Gbrist.

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Mais voici qu'il paraît enfin, ce Régénérateur du monde. Ainsi que l'avait annoncé un de ses prophètes, il naît de la virginité; il vit ensuite lui-même dans une virginité perpétuelle; il choisit pour son ami le plus tendrement aimé un homme vierge comme lui, et il meurt au Calvaire avec la robe intacte de la virginité. Tant qu'il fut sur la terre, voilà ce qu'il fit en faveur de la virginité. C'était beaucoup sans doute, et cependant on ne voit pas que, du vivant de Jésus-Christ, cet exemple ait eu beaucoup d'imitateurs. Mais le Fils de la Yierge Marie avait prédit qu'une fois élevé de terre, il attirerait tout à lui; et voici qu'en effet, presque aussitôt après, une race de créatures toute nouvelle fait son apparition dans le monde : c'est la race des

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vierges. Ce sont des hommes et des femmes dans toute la force de l'âge, avec tout le charme de l'innocence et de la beauté, qui meurent en foule martyrs de la virginité. Ce sont, plus tard, des miUiers d'hommes et de femmes, qui renoncent aux jouissances du monde, qui fuient les délices des villes , et qui vont abriter dans le désert une vie consacrée à la prière dans la virginité. Enfin, ce sont, plus tard encore, des multitudes qui se réunissent en commun, soit pour se consumer au pied des autels à la gloire de Dieu, soit pour se consacrer au service de toutes les souffrances, et toujours dans la virginité. Dans cet état de choses, il était naturel que la continence devint inséparable du sacerdoce; c'est ce que l'on vit, et tout prêtre accepta désormais le célibat comme une condition nécessaire des fonctions saintes qu'il aurait à remplir.

Ainsi, dès l'origine même du Christianisme, en face du paganisme qui n'avait pu produire que six vestales , voilà que nous trouvons des multitudes d'hommes et de femmes vivant dans une virginité spontanément choisie et conservée dans un honneur sans tache. D'où vient ce phénomène nouveau? Évidemment, le Fils de la Vierge avait laissé sur la terre, en la quittant, une semence virginale qui s'était multipliée avec une prodigieuse fécondité. C'était au pied de la croix que la virginité avait germé, et la grâce qui en découlait par les canaux des sacrements rendait désormais praticable à l'homme ce qu'on avait traité d'utopie jusqu'alors.

Assurément Jésus-Christ est l'incomparable modèle, et, dans un sens très-véritable. Tunique principe de la virginité : car il n'y a que sa grâce qui la rende possible ; et, cependant, il était dans les desseins providentiels de Dieu que la Vierge mère de Jésus serait, après son Fils, comme la principale tige sur laquelle s'épanouirait la fleur de la virginité. Elle devait être proposée comme un type virginal et glorieux aux généra-

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tions futures ; et sa virginité devait exercer sur ses imitateurs une influence capable de les élever, par son énergie, au-dessus de toutes les faiblesses de leur nature. Marie, si j'ose le dire, devait être comme un sacrement destiné à produire la grâce de la virginité dans toute âme qui lui rendrait un culte de confiance et d'amour. Dans ce plan providentiel, les âmes virginales devaient former comme un grand peuple par leur nombre; et la Vierge Marie devait être leur Reine. Enfin, comme la virginité est une fleur dont la fraîcheur et l'éclat peuvent trop facilement disparaître au soufiûe impur du monde, Marie devait en être comme la protectrice et la gardienne : c'est elle qu'on saluerait comme la Vierge des vierges.

Hâtons-nous de le dire, ce plan providentiel a été merveilleusement exécuté. Il n'est pas nécessaire de recourir à l'histoire pour en constater les résultats. Il suffit d'ouvrir les yeux et de regarder autour de soi. Oui, aujourd'hui, comme aux premiers siècles du Christianisme, la virginité de Marie fait éclore des multitudes de vierges; elle en produit dans tous les rangs et dans toutes les classes; et quand, après dix-huit siècles, elle a pu conserver une telle fécondité jusque dans le sensualisme de notre époque, certes, il n'y a pas de témérité à préjuger que c'est désormais pour toujours que la virginité doit régner dans le monde.

Les hommes qui ne connaissent pas le travail de l'âme sous l'action de la grâce , se demandent sans doute de quelle manière peut s'exercer l'influence efficace du culte de Marie, pour arriver à produire la virginité dans un si grand nombre d'hommes, et depuis si longtemps. Or, jamais ils ne pourront se l'expliquer complètement en dehors de cette vertu intime et surnaturelle qu'on appelle la grâce. Nous voudrions pouvoir leur révéler quelque chose de cette influence mystérieuse et vraiment surhumaine : essayons-le.

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Indépendamment de l'action directe de Dieu sur l'âme, action surnaturelle et qui l'élève au-dessus de ses faiblesses, le culte de la Vierge Marie agit subsidiairement et subordonnément dans le même sens; et c'est ainsi qu'il exerce une action énergiquement efficace sur l'esprit, sur le cœur, et même sur les sens de l'homme.

Sur son esprit d'abord. Oui, quand le serviteur de Marie pense, dans sa foi, que la Mère de Jésus, qui est aussi sa mère, doit surtout à sa virginité la prérogative de sa maternité divine, il se dit que la virginité est donc un état bien excellent et bien méritoire aux yeux de Dieu lui-même; et il se sent pris du désir d'y participer, s'il peut surmonter ses inclinations naturelles avec le secours divin. De plus, il sait que Marie est la créature la plus innocente qui soit sortie des mains de Dieu, qu'elle a été immaculée jusque dans sa conception, et qu'aucune souillure n'est venue depuis ternir la beauté de son âme. Dans cet état d'incomparable pureté, il comprend que Marie doive accepter surtout comme agréables les hommages des cœurs innocents, et il en conclut pour lui-même qu'il doit se rapprocher le plus possible, par la chasteté, du type virginal de la Mère de Jésus. Assurément, cette conclusion spéculative ne suffirait pas seule pour conduire à la chasteté pratique, et surtout à la virginité, ceux mêmes qui en auraient la plus intime conviction; mais c'est dqjà beaucoup que cette prise de possession dans l'esprit humain par une énergique persuasion. Ce n'est encore que la chasteté et la virginité en théorie; mais le culte de Marie s'adresse au cœur encore plus efficacement qu'à l'esprit de l'homme, et c'est là qu'il fait aimer ce qui n'aurait peut-être excité sans cela qu'une stérile admiration.

Le serviteur de Marie porte un nom qui lui est encore plus doux : c'est l'enfant de Marie. Cette appellation n'est point l'expression de quelque idée vaguement

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mystique; non, elle répond à une réalité incontestable et qui repose sur la divine autorité de Jésus-Christ luimême. Nous sommes les enfants de Marie, parce que, du haut de sa croix, le Sauveur nous l'a donnée pour mère, dans la personne de son disciple bien- aimé. « Fili, ecce Mater tua : Mon fils, voilà votre Mère. » Si cette parole n'était sortie que de la bouche d'un homme, sans doute, elle serait toujours généreuse, quand on se rappellerait les sentiments qui l'auraient inspirée; et pourtant, maintenant, après dix-huit siècles, ce ne serait plus qu'une parole touchante. Mais il n'en doit pas être ainsi de la parole de Dieu. Elle porte avec elle une vertu qui produit la réalité dont elle est l'expression; c'est comme un ordre que cette parole divine; et comme rien ne peut s'opposer à l'exécution de sa toute-puissance, tout lui obéit naturellement. En conséquence, quand le Sauveur nous a donné Marie pour mère, il a mis certainement dans son cœur, par rapport à nous, les sentiments et les dispositions d'une véritable mère ; et, réciproquement aussi, il a suscité dans le cœur des chrétiens les inclinations et les dispositions les plus réelles des enfants pour leurs mères. Or, le sentiment le plus naturel d'un enfant pour sa mère, c'est l'amour; et c'est pourquoi nous aimons la Vierge sainte d'un véritable et sincère amour. Seulement, comme il s'agissait ici d'une mère dans l'ordre de la grâce, d'une mère que nos yeux n'ont jamais vue sur la terre , et qu'ils ne ,pourront contempler que dans les ravissements de l'éternité, il fallait à nos cœurs, pour Marie, un amour supérieur à celui de la nature, et qui suppléât, par son intensité divine, à ce qui manquerait d'ailleurs pour le soutenir extérieurement. Eh bien oui, cet amour existe au plus intime de notre cœur. Nous qui avons aimé, et qui aimons encore d'une si vive tendresse nos mères selon l'ordre de la nature , nous sentons que nous aimons du même amour, mais plus émi-

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nemment encore, notre Mère du ciel. Gomment cela se fait-il? Nous ne le savons pas; tout ce que nous pouvons dire en vérité, c'est que nous aimons la Vierge Marie comme jamais enfant ne put aimer sa mère.

Mais, s'il en est ainsi, en vertu de la loi la plus naturelle au cœur humain, nous devons chercher à reproduire en nous la ressemblance de celle que nous aimons. « Amicitia pares invenit vel facit^ » a dit un philosophe de l'antiquité ; oui, « l'amitié trouve l'égalité dans les cœurs qu'elle unit, ou elle la fait. >> Cette ressemblance n'existant donc pas tout d'abord entre Marie et nous, c'est-àdire entre la Mère immaculée et ses enfants souillés de toutes les taches du péché, il faut qu'elle se fasse par un travail réciproque qui rapproche les distances. Pour cela, Marie se présente à nos cœurs avec tous les charmes de ses ravissantes beautés et de ses tendresses incomparables pour nous , et elle y produit le plus sincère amour. Par son intercession toute-puissante auprès de Dieu, elle nous obtient ensuite les secours dont nous avons besoin pour nous rendre dignes d'elle par l'imitation de ses vertus; et voilà quelle est la part de son intervention. Pour nous , de notre côté, sous l'influence de cet amour qui nous soulève au-dessus de nos faiblesses, et par la grâce divine qui nous fait triompher de toutes les difficultés, nous nous élevons plus haut que les instincts de la concupiscence, nous contemplons avec avidité cette pureté et même cette virginité qui nous ravissent dans notre Mère du ciel; et, dans le désir de nous rapprocher de ce modèle que nous aimons encore plus que nous l'admirons, nous sommes chastes par la grâce et vierges par l'amour.

Enfin, j'ai dit que le culte de Marie agit efficacement jusque sur les sens de l'homme, en les élevant, par la chasteté, jusqu'au sacrifice de la virginité. Cette action serait sans doute beaucoup plus efficace, si, comme

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autrefois saint Jean, nous pouvions voir des yeux du corps, sur les traits célestes de Marie, les charmes épanouis de sa virginité. Nous en serions si divinement ravis que nous ne voudrions plus vivre que de la vie des vierges ; mais ce n'est qu'au ciel que nos regards se rassasieront de cette suave contemplation. Et pourtant il existe, dès maintenant, comme un rayonnement lointain de ces virginales beautés qui tombe jusqu'à nos sens. A défaut de la présence réelle de la Vierge Marie parmi nous, nous avons ses images; et, bien qu'elles ne soient que l'œuvre d'un art purement humain, elles revêtent cependant je ne sais quel beau idéal qui captive nos cœurs. Et cet idéal, ce n'est pas tant le pinceau ni le ciseau de l'artiste qui le répandent sur l'image ou la statue de la Vierge Marie ; non, c'est notre imagination, c'est notre foi, ou plutôt c'est notre amour qui l'y attache. Nous faisons là ce qui nous est si facile quand il s'agit d'un portrait qui nous rappelle des traits chéris, si imparfaitement qu'ils soient exprimés; nous y renfermons, pour ainsi dire, tout entier celui qu'il représente, nous l'embellissons de tous les charmes que lui donne notre amour, et nous l'aimons de toute la tendresse que nous prodiguerions à l'original luimême, s'il était devant nous. Regardez ce portrait qui vous rappelle un père mort dans l'honneur d'une probité sans tache, et sa vue seule vous arrêtera devant la tentation qui sollicite votre faiblesse. Contemplez ce visage doux et pur d'une mère qui vécut dans la pratique des plus touchantes vertus ; et vous vous sentirez pressé du désir démarcher sur ses traces. Eh bien, voilà ce que produisent sur un serviteur, sur un enfant de Marie, les images qui représentent cette Vierge sainte, mère de Jésus. Ces images nous rappellent l'innocence, la pureté, la virginité de notre Mère du ciel; et, quand nous les contemplons des yeux de notre amour, insensiblement et comme à notre insu, nous nous sentons

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portés à rimiter jusque dans la pratique des plus héroïques vertus.

' Nous comprenons très-bien ici l'incrédulité de ceux qui vivent dans l'éloignement et l'antipathie de ces pieuses choses; mais ceux qui les pratiquent savent bien que nous n'exagérons pas. Il y a quelques années, au jour de son départ pour la guerre de Grimée, un des officiers les plus braves et les plus chrétiens de notre armée recevait de nos mains une image de la Vierge ; et, à la fin de la campagne, il nous remerciait avec effusion de cette petite médaille qui l'avait préservé de bien des dangers. « Je ne parle pas tant des dangers du combat, nous disait-il : vous savez bien que ceux-là ne m'effrayent pas; mais les dangers des tentations qui menaçaient ma vertu, ah! c'est à ceux-là que je craignais de succomber; votre médaille m'en a préservé. J'ai souvent regardé cette image de Marie, je l'ai portée sur mon cœur, j'ai réclamé sa protection; et c'est ainsi qu'elle m'a préservé. « Combien d'autres qui pourraient rendre le même témoignage!

C'était une jeune fille à laquelle tout souriait dans la vie. Déjà le monde la conviait au festin de ses plaisirs, et comme les dons de la fortune relevaient en elle les charmes delà jeunesse, la tentation était grande pour l'inexpérience et la candeur de cette enfant. Mais voici qu'un jour, après avoir longtemps prié devant une statue de la Yierge Marie, ses regards se sont fixés sur la Mère et sur l'enfant Jésus, qu'elle porte entre ses bras. Tout à coup, dans le silence de cette contemplation, une révélation et comme une illumination soudaine sont venues frapper à la fois l'esprit, le cœur et les sens de la jeune fille. Elle voit, elle sent, elle pense qu'il est une virginité qui n'exclut pas les joies de la maternité ; elle se demande si, elle aussi, en sacrifiant à Dieu, dans la virginité, les avantages de sa jeunesse et de sa fortune, elle ne pourrait pas de-

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venir mère d'une nombreuse famille. La perspective de cette maternité virginale sollicite sa générosité; et la charité, lui découvrant alors, dans les sacrifices de la virginité, cette postérité nombreuse que lui créera son dévouement, elle se relève, en déposant aux pieds de la Yierge cette parole qui va décider de sa vie : « Et moi aussi, je vivrai dans la virginité, et je ne veux être la mère que des petits orphelins. »

Avec la vertu qui découle de la croix, et sous l'influence de cette triple action exercée sur l'esprit, sur le cœur et sur les sens de l'homme par le culte de Marie, on comprend bien que des multitudes d'âmes se soient laissé gagner par les séductions de la virginité. Maintenant encore, sous le règne delà cupidité, de l'égoïsme et de la sensualité, voyez avec quelle prodigieuse fécondité la grande famille des vierges se multiplie. Depuis les premiers siècles chrétiens, où les cités étaient abandonnées par des foules que l'amour de la virginité poussait dans la solitude; depuis cette autre époque du moyen âge, où toutes les villes avaient leurs monastères et où chaque monastère était peuplé de vierges, avaiton jamais vu les âmes se porter en si grand nombre aux sacrifices de la virginité? C'est la virginité qui conduit dans les hôpitaux des milliers de femmes, pour les mettre au service de toutes les infortunes; c'est la virginité qui donne à la multitude des enfants pauvres et ignorants une instruction sufîisante et une éducation chrétienne, qu'ils n'auraient pas sans elle; c'est la virginité qui retient dans leurs cellules des milliers d'âmes qui s'y consacrent à la prière et à la mortification, en faveur de tant d'autres qui ne prient pas et qui lassent la patience de Dieu par les crimes de leur vie; c'est la virginité, enfin, qui donne au sacerdoce ses légions de ministres. Et maintenant, comptez, si vous le pouvez, cette postérité virginale de la Vierge Marie : elle est aussi nombreuse que la postérité de Jacob, nombreuse

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comme les étoiles du firmament et comme les grains de sable aux rivages de la mer.

Eh bien, c'est un abus, ont dit des hommes que Ton appelle économistes, et qui paraissent se montrer trèssoucieux des intérêts et de l'avenir de la société ; oui, c'est un abus fanatique : car, enfin, ces multitudes d'hommes et de femmes qui se vouent à la virginité, ce sont autant de souches stériles qui refusent au corps social les membres qu'elles lui doivent; c'est, de leur part, de l'injustice et de l'égoïsme.

Nous avouerons que nous n'avons jamais pris au sérieux cette apparente inquiétude sur l'avenir social en présence de la virginité, et nous sommes bien tenté de ne voir là qu'un masque jeté sur une corruption jalouse de la vertu portée jusqu'à l'héroïsme. Car enfin, ceux qui s'occupent sérieusement et de bonne foi de l'économie sociale, savent très-bien que la grande préoccupation doit se diriger, au contraire, vers l'accroisment continu de la population. En face des besoins sans cesse croissants de cette population, et des ressources nécessairement bornées de la nature, on se demande avec anxiété comment il sera possible, un jour, de satisfaire à tant de nouvelles exigences, malgré tous les progrès des arts et de l'industrie. Et c'est dans ces conditions qu'on ferait un crime à une portion du genre humain de ne pas contribuer pour sa part à augmenter les embarras qui menacent l'avenir de la société !

Mais de plus, il y a, dans la virginité chrétienne, une sorte de fécondité morale et même physique qui la rend plus précieuse, dans l'intérêt social, que la paternité et la maternité elles-mêmes suivant l'ordre na- ^ turel de la génération. Non, ce n'est pas l'égoïsme qui porte à la virginité; c'est, au contraire, la charité qui vient de Dieu : or, rien n'est plus fécond que cette charité. Sous son influence, la virginité possède d'abord une fécondité morale, avons-nous dit : c'est vrai, car elle

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s'élève comme une éclatante protestation en face de la corruption des mœurs, et elle y suscite des vertus par sa généreuse attraction. Physiquement ensuite, tandis qu'un père et une mère sacrifient tout ce qu'ils ont de force, de temps et d'argent à deux ou trois enfants qui leur doivent la vie, le prêtre et la religieuse donneront, de leur côté, tout ce qu'ils possèdent pour nourrir, vêtir et instruire des centaines d'enfants qui n'ont plus de père ni de mère, ou qui en sont abandonnés. Et l'on ne trouverait point là une compensation sufEsante pour leur faire pardonner l'abnégation de leur vie!

Alors, soit, ont dit à leur tour les hommes de la science physiologique; mais vous ne ferez pas que la virginité ne soit un état contre nature. Toute créature humaine a reçu de son auteur des aptitudes et des facultés qui ne doivent pas être frustrées de leur usage; aussi, n'est-ce pas impunément pour la santé qu'on les condamne à l'inaction : la nature est là qui réclame ses droits, et elle se venge par des infirmités du mépris qu'on en fait.

Nous conviendrons, d'abord, que ceux qui se consacrent à la virginité se placent dans une situation qui est, sans doute, une exception aux lois générales de la nature, et qu'il faut des raisons d'un ordre supérieur pour motiver cette exception. Mais le désir de s'élever, par vertu, au-dessus de certaines exigences de la nature physique, mais la passion généreuse de se consacrer avec une pleine indépendance au service de tous, sont des motifs assurément bien suffisants pour justifier cette condition exceptionnelle. Nous ajouterons ensuite que, dans l'hypothèse où la virginité serait réellement, pour quelques-uns de ceux qui la pratiquent, une occasion de souffrances physiques, on ne voit pas contre quelle loi de la nature ils se rendraient coupables, en les supportant volontairement, par l'héroïque passion du dévouement et de la vertu. Quand il serait vrai que la virginité fût un martyre pour ceux qui s'y consacrent ,

DE LA VIRGINITÉ

est-ce qu'on ne devrait pas le trouver sublime, en comparaison de tant d'autres martyres qui dévorent leurs victimes dans l'ardeur des plus honteuses passions, dans les tortures de l'ambition ou dans la soif inextinguible de l'or? Comment ! vous tolérez les martyrs du vice et de la cupidité, et vous n'auriez pas la coDscience de respecter les martyrs de la vertu et de l'abnégation?...

Mais nous sommes loin d'admettre que la virginité chrétienne soit une torture pour ceux qui s'y dévouent. Nous ne savons pas ce qu'il en serait pour ceux qui n'y seraient soumis que par la force, à la manière des vestales, et qui n'auraient, pour se maintenir dans l'honneur de la vertu, que les seules forces de la nature. Pour ceux-là, en effet, en supposant que la chasteté absolue leur fût possible moralement, ce qui n'est pas certain, nous ne serions pas surpris qu'ils en souffrissent pour le moins physiquement. Mais ce n'est point ici le cas dont il s'agit. Ceux qui pratiquent la virginité, dans le Christianisme, vivent dans un état qu'ils ont choisi spontanément, et auquel ils sont pré-

- parés par la méditation et par la pratique des plus chastes vertus. D'ailleurs, il est une réponse qui nous dispense de toutes les autres, et la voici. C'est Dieu qui a donné à l'homme son organisation physique, avec les lois qui la constituent; et, bien qu'il les ait établies avec une régularité générale, il a toujours le droit et la possibilité d'y déroger dans des circonstances exceptionnelles dont il est juge et maître. Or ici, pour conserver le corps et l'âme dans un équihbre normal et sans souffrance, il n'est pas nécessaire que Dieu fasse

, des miracles toutes les fois qu'une de ses créatures veut demeurer fidèle à la vertu dans la virginité ; l'âme possède par elle-même une énergie capable de s'imposer au corps. « C'est l'âme qui fait son corps, » a dit un célèbre physiologiste; et, quand cette âme

^ est énergiquement attirée vers la virginité, on com-

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prend bien qu'elle se fasse un corps vierge. Après cela, si, dans des cas plus exceptionnels, il fallait réellement une sorte de miracle pour élever le corps au niveau de 1 ame dans ses héroïques aspirations vers la virginité chétienne, pourquoi Dieu ne le ferait-il pas?

Du reste, et quelle que soit la force qui la soutienne, la virginité subsiste dans des conditions physiques qui répondent victorieusement aux sollicitudes de ses détracteurs. Nous demanderions volontiers qu'on produisît, en face de ceux qui la pratiquent, les hommes et les femmes du monde qui les prennent en pitié ; et l'on verrait si les traits doux, calmes et purs des prétendus martyrs de la virginité n'attestent pas généralement un état physique plus prospère que les figures pâles, flétries et fatiguées par les plaisirs et les passions du siècle. Une chose frappante à première vue, quand on pénètre dans les asiles où la virginité s'abrite, c'est la physionomie de leurs habitants. On se figurait entrer dans des sépulcres, et l'on croyait n'y voir que des fantômes ; et voici qu'on y trouve la vie dans toute sa force et dans toute sa beauté. Nous le demandons : quel est celui qui n'a rencontré parfois dans le cloître quelqu'un de ces types qui rappellent les plus belles têtes sorties du pinceau de Fiésole ou de Raphaël? A la fraîcheur, à la pureté, à la douceur, aux charmes de leurs traits, on se serait cru devant quelque ange du ciel descendu sur la terre. C'était une expression de la virginité chrétienne.

Oui; mais cependant, si Jésus-Christ n'était pas Dieu, la maternité virginale de Marie ne serait plus qu'une fiction; et il n'y aurait plus dans le Fils ni dans la Mère aucune de ces vertus surnaturelles capables d'élever l'homme jusqu'à la hauteur de la virginité chrétienne. Et, parce que l'homme ne trouve pas, d'ailleurs, en lui-même une force sufîisante pour se maintenir naturellement dans cet état, la négation de la divi-

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nité de Jésus-Christ nous placerait fatalement en face d'un phénomène inexplicable dans le passé et dans le présent, en même temps qu'elle entraînerait, dans l'avenir, une nouvelle ruine irréparable. Le phénomène, c'est celui-ci : La virginité ayant été considérée comme impraticable et n'ayant point été pratiquée dans les temps anciens, comment une fausse croyance aurait-elle pu produire et conserver une si grande multitude de vierges depuis dix-huit cents ans ? et comment l'aurait-elle fait malgré toutes les révoltes si naturelles des sens et de la raison? Nous défions la science, l'histoire et la philosophie de résoudre jamais un pareil problème.

Et quant à la ruine qui menacerait, elle n'est pas difficile à prophétiser. Du jour où l'on persuaderait que Jésus-Christ n'est pas Dieu, que sa Mère ne l'a pas conçu dans la virginité, et que le monde a été dupe, depuis dix-huit siècles, d'une grossière erreur, alors la virginité, ainsi qu'une colombe chassée par l'ouragan, s'envolerait au bruit des mauvaises passions ; elle s'enfuirait des temples où vit le sacerdoce et des cloîtres où se réfugient le dévouement et l'innocence, et elle ne laisserait plus après elle à ses victimes que le regret et la honte d'avoir été trompées. En ce temps-là, le repentir n'irait plus déverser le fardeau de ses fautes dans le cœur du prêtre, parce qu'il n'y trouverait plus la virginité comme garantie de la sainteté sacerdotale. L'orphelin ne demanderait plus une mère, ni le malade une sœur à la Fille de la Charité : car, sans la virginité, il n'y aurait plus de ces admirables créatures. Ainsi, devant la négation de la divinité de Jésus-Christ, la virginité de Marie tomberait comme une grande ruine ; elle entraînerait après elle le sacerdoce et toutes les autres virginités avec leurs dévouements; et elle ne laisserait debout, sur leurs débris, qu'un prêtre de la raison, et, peut-être, une vestale.

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