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I. — Une première question se présente tout naturel

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lement à l'esprit au sujet du pouvoir social, et c'est celleci : le pouvoir était absolu, despotique, tyrannique et souvent inhumain dans les sociétés anciennes; Jésus- Christ, par sa doctrine et par ses actes, lui avait donné le caractère de la paternité et du service public dans le monde chrétien : quel est actuellement son caractère, après l'épreuve de dix-huit siècles?

Disons-le tout d'abord : non, le pouvoir n'est point aujourd'hui tout ce qu'il devrait être. Il est plus maître que père, et il est souvent plus préoccupé d'être servi que de se consacrer au service public. Gomment pourrait-il en être autrement , dans un oubli si général de l'Évangile? Et cependant, que nous sommes loin de l'absolutisme et de la tyrannie des antiques pouvoirs ! Conçoit -on qu'il soit maintenant possible de renouveler les excès des empereurs romains, par exemple? Nous savons bien que des pouvoirs aveugles l'ont essayé à différentes reprises et dans plusieurs pays ; mais, aussitôt, il s'est élevé de toutes parts contre eux des tempêtes révolutionnaires qui les ont emportés, et la foudre a pulvérisé leurs trônes, leurs couronnes et leurs sceptres .

Il y a plus, c'est que l'autocratie n'est plus possible que pour un certain temps et dans une certaine mesure. Quel que soit d'ailleurs leur caractère personnel, on ne veut plus d'autocrates absolus, il n'y en a plus réguhèrement; non, pas même à Saint-Pétersbourg : car, depuis Pierre le Grand, quand un empereur russe a tenté de régner en despote, tout le monde sait de quelle manière on a mis fin à son autocratie .

De nos jours, comme dans Fantiquité, le pouvoir se produit sous deux formes principales : la monarchie et la démocratie. La démocratie est la forme théorique qui semble le mieux répondre aux aspirations libérales de notre époque ; aussi, les nations qui commencent leur existence politique et celles qui rentrent dans leur indépendance, essayent-elles d'abord, presque toutes, la

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forme républicaine. On se rappelle les grandes et belles époques de certaines républiques célèbres, et l'on croit assez volontiers que rien n'est plus heureux ni plus glorieux que ces types de gouvernement.

A côté de ces théories attrayantes, l'expérience contemporaine s'accorde pourtant avec l'histoire, pour démontrer qu'en fait la république ne subsiste pas longtemps sans défaillance dans les grandes nations; et qu'elle ne s'harmonise régulièrement qu'avec le caractère et la nature des peuples moins considérables sous le rapport du nombre. Depuis plus d'un siècle, l'Amérique semblait une exception à cette conclusion générale, et des économistes politiques persistaient à demander si cette exception de fait n'était point assez éclatante pour démentir les prétentions contraires de l'expérience et de l'histoire. Mais hélas ! aujourd'hui, l'Amérique elle-même ne fait qu'ajouter son témoignage à ceux des siècles précédents ! Malgré la défaite du Sud, après plus de trois ans d'une lutte gigantesque, il n'est pas téméraire d'affirmer que si la république américaine demeure tout entière dans les États-Unis, elle ne sera cependant plus ce qu elle fut autrefois. Elle n'aura pas duré aussi longtemps que la république romaine; et, sans passer, comme elle, par un empire unique qui continuerait du moins ses conquêtes et sa gloire, elle finira par se diviser, tôt ou tard, en plusieurs fractions.

En vain essayerait-on de se faire illusion : maintenant, plus que jamais, le tempérament des grandes nations est essentiellement monarchique; et ce n'est, encore une fois, que par exception et pour un certain temps qu'elles s'accommodent aux formes républicaines. Aujourd'hui, comme toujours, les défenseurs de la démocratie accusent l'Éghse d'être hostile, par principe, à toute forme républicaine de gouvernement : nous le répétons, c'est faux. L'Éghse n'a point cessé de redire, après son divin Fondateur, que « son royaume n'est pas de ce monde ; »

ses enfants acceptent tous les régimes, quand ils sont légitimes; et leur sympathie se donne toujours, dans la pratique, au gouvernement qui convient le mieux au bonheur et au progrès de chaque peuple.

Après le travail libre des siècles sous l'influence chrétienne, on paraît donc en droit d'affirmer que la monarchie est, en général, le régime qui s'harmonise le plus naturellement avec la constitution sociale des peuples à notre époque. En fait, et depuis longtemps, c'est le régime dominant chez les nations civilisées; et les instincts libéraux et démocratiques des peuples ne semblent pas devoir encore le compromettre sérieusement dans l'avenir . Seulement, la monarchie- n'est plus et ne peut plus être ce qu'elle était dans l'antiquité, ni même ce qu'elle était depuis l'ère chrétienne jusqu'au siècle dernier. Ce n'est point assez qu'un seul homme ne puisse plus gouverner au gré de ses caprices et de ses passions : on se défie de ses lumières exclusives, de son bon vouloir personnel et de ses capacités isolées, et l'on demande que son gouvernement soit représentatif, et que la responsabilité soit partagée avec des ministres dépositaires de son aatorité. De plus, le peuple ne veut point être exclu de toute ingérance dans le gouvernement; et, parce qu'il ne peut pas y participer directement, il tient à ce qu'il y ait des hommes de son choix qui soient ses représentants à lui; des hommes qui éclairent le pouvoir de leurs lumières personnelles et de leurs discussions collectives; des hommes qui contrôlent ses actes et qui les flétrissent quand ils déshonorent la nation; des hommes, enfin, qui aient la force et le courage de s'opposer à ses mauvaises tendances, dès qu'elles commencent à se manifester. Et puis, comme le pouvoir pourrait être facilement tenté de manquer à ses devoirs dans l'exercice du gouvernement, on demande encore qu'il y ait, entre les peuples et lui, une constitution solennellement acceptée par leurs représentants,

une constitution qui lie le pouvoir devant les hommes et devant Dieu, et qu'il ne puisse violer sans être parjure à la conscience et à l'honneur. Gouvernement représentatif, parlementaire et constitutionnel, telles paraissent devoir être, généralement, et telles sont, en effet, les conditions du pouvoir à notre époque. Ainsi se trouve satisfaite la double aspiration des peuples vers l'unité et vers la liberté. Le pouvoir peut avoir des raisons plus ou moins légitimes de s'en écarter pour un temps; mais, tôt ou tard, il lui faut y revenir : trop heureux quand le peuple impatient ne se venge point de ses délais !

Dans ces conditions, le caractère qui distingue avant tout le pouvoir gouvernant, c'est la modération. Quelles que soient d'ailleurs ses tendances secrètes, il est obligé de compter, non-seulement avec l'opinion, mais avec la force; et l'une et l'autre lui font un devoir de n'user de son droit que dans une sage mesure. Les mauvais princes le comprennent si bien, qu'ils cachent toujours sous le masque de la modération l'ambition de leurs projets et la cupidité de leurs empiétements: toutes les combinaisons de leur politique tendent à ce but : de telle sorte qu'à leurs yeux les souverains les plus illustres ne sont pas surtout les plus vertueux ni les plus forts, mais bien les plus habiles, les plus prudents, pour ne pas dire les plus dissimulés.

Quant aux dispositions des peuples à l'égard du pouvoir, elles s'expriment, en général, par le respect et par l'obéissance; mais sous certaines réserves franchement avouées. Le temps n'est plus où les peuples se faisaient une idole du pouvoir; ils le respectent, mais surtout quand il est respectable; et, lorsqu'il fait monter sur le trône le parjure ou le vice, on l'y poursuit d'épigrammes et de satires qui le déconsidèrent dans l'opinion et qui présagent sa ruine. Le pouvoir peut compter sur l'obéissance de ses sujets, mais sur une obéissance vigilante et attentive à la conservation des droits et au

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respect des libertés , et non pas sur une soumission aveugle, indolente et passive. Du reste, malgré toute la splendeur dont il est environné, les peuples n'en sont plus éblouis. Non, ce n'est plus possible, depuis qu'ils l'ont vu de si près, aux jours de ses sollicitations et de ses promesses. Ainsi, on est toujours prêt à donner au pouvoir : l'obéissance quand il est légitime, le respect tant qu'il ne s'avilit pas lui-même; on lui donne jusqu'à l'amour quand il est bon et vraiment paternel; mais, quel que soit le trône sur lequel il gouverne, on le regarde sans faiblesse, et l'on ne tremble plus devant lui.

Un grand défaut des peuples, par rapport à leur gouvernement, c'est de s'abandonner parfois à sa direction avec une insouciance qui ne s'intéresse à rien de ce qui s'y fait. A la condition de n'être pas trop heurtés dans leurs principes et dans leurs opinions, ils s'accommodent trop bien d'un régime qui fait toutes leurs affaires pour eux, à l'intérieur comme à l'extérieur ; et, se confinant dans les détails de sa vie privée, de son commerce ou de son industrie;, le citoyen devient trop souvent un étranger au milieu des grands intérêts de la patrie. Cette absence de vie publique, dans les conditions actuelles des peuples, est d'autant plus inexplicable qu'elle n'a plus sa raison dans l'ignorance. Aujourd'hui, plus que jamais, au moyen des journaux, tout est connu dans le monde; et il n'est plus un seul acte du pouvoir qui puisse échapper à la publicité. D'un autre côté, jamais des intérêts plus graves n'avaient été mis en présence dans la société civile et politique. D'oii vient donc cette insouciance de la chose pubhque? Les uns en font remonter la faute au pouvoir lui-même ; et ils l'expliquent par ses tendances vers une centralisation toujours plus resserrée dans l'exercice du gouvernement. D'autres l'attribuent à un abaissement général des caractères et des intelhgences, qui ne leur permet plus de s'élever jusqu'à la hauteur des intérêts publics. Mais, quoi qu'il en soit de la cause, l'effet est

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d'une évidence qui ne laisse plus de place au doute : non vraiment, il n'y a point assez de vie publique dans les manifestations des peuples à notre époque ; on n'en connaît plus assez ni la sollicitude ni le besoin ; il semble qu'on en ait perdu jusqu'à l'instinct, pourtant si naturel avec la liberté !

Et pourtant non, ou du moins ce n'est pas pour toujours. Quand un pouvoir infidèle a profité de cet assoupissement contre nature pour sacrifier les intérêts généraux et publics à ses intérêts propres, l'histoire le dit : un jour, le réveil s'est fait, mais un réveil terrible; c'était celui du lion. Le peuple a eu honte de son insouciance passée, il a demandé compte avec colère de l'administration de ses finances , de l'emploi de ses armées et de la conservation de son honneur; et, comme le pouvoir ne se trouvait pas en mesure de lui répondre, et qu'il n'était point assez fort pour étouffer ses justes mais trop tardives réclamations, le peuple s'est levé comme un seul homme pour secouer son joug : c'était l'heure vengeresse, destructive, souvent criminelle et toujours malheureuse de la révolution.

Et maintenant, en reprenant les grands traits du tableau que nous venons de tracer de la société, considérée dans les rapports des sujets avec le pouvoir, et en comparant ce résultat avec le type chrétien que nous admirions plus haut, ah! c'est vrai, nous sommes loin de ce modèle donné par Jésus-Christ; et nous devons le regretter. Mais cependant, aussi, reconnaissons que nous n'en sommes plus aux excès des temps du paganisme ; il s'en faut bien. Cette modération dans l'exercice de l'autorité, cette intelligence et cette dignité dans la subordination des sujets, cette force morale dans la revendication des libertés outragées et des droits violés, d'où viennent-elles donc, puisque l'antiquité païenne ne les connaissait pas?... Du progrès, ont répondu des philosophes; oui, du progrès naturel

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des peuples et des siècles. Mais alors, pourquoi donc les siècles et les peuples civilisés ne sont-ils jamais entrés dans cette voie de progrès avant le Christianisme? Pourquoi donc a-t-il fallu à ce progrès un si long espace de temps pour se produire dans le monde? Par quel hasard inexplicable a-t-il précisément coïncidé avec l'apparition et la promulgation de l'Évangile? Et comment se fait-il que, depuis Père chrétienne, ce progrès ait précisément disparu chez les nations qui ont abandonné le Christianisme? A moins de se fermer volontairement les yeux pour ne point voir, il faut bien le reconnaître : c'est le Christianisme qui a inauguré le premier l'ère de la liberté sous la monarchie, Père de la modération dans l'exercice du pouvoir, et Père de la dignité dans la subordination.

Mais, s'il en est ainsi, si le Christianisme est la raison de la transformation sociale que nous venons de constater, et si c'est lui qui la maintient dans le monde au milieu des secousses et des perturbations qui le travaillent sans cesse, comment ne pas voir ce que produirait la négation de la divinité de Jésus-Christ, qui est la base du Christianisme?...

On dit que Pœuvre, une fois commencée sous sa généreuse influence^ continuerait tout naturellement à se développer à travers les siècles. Mais, pour répondre ainsi, il faut avoir oublié les enseignements de l'histoire. Nous rappelions, dans notre Introduction, les peuples d'Asie et des côtes d'Afrique qui vivaient autrefois sous le bénéfice de la civilisation chrétienne : eh bien, que sont-ils devenus, depuis qu'ils ont renoncé à la religion du Christ pour embrasser la doctrine du Coran? Il en est d'autres, à notre époque, qui n'ont fait que mutiler le Christianisme, sans l'abdiquer dans son intégrité : voyez ce qu'ils deviennent.

Non, il n'est pas possible d'étouffer, avec la divinité de Jésus-Christ, les principes évangéhques qui ont ré-

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généré le monde. Gela n'est pas possible, parce que l'homme ne peut rien contre la force et la vertu de Dieu ; et parce que, d'ailleurs, l'esprit général du Christianisme est si profondément enraciné dans l'humanité, qu'il est maintenant inséparable de son existence et de sa constitution. Mais si, par hypothèse, les rêves impies de quelques idéologues venaient à se réaliser, et si l'œuvre du Christ finissait par s'écrouler, comme tout édifice construit de main d'homme, n'en doutons pas, les ruines et le cahos se feraient bientôt, dans la société, entre les peuples et ceux qui les gouvernent.

Alors, les princes rejetteraient bien loin toutes les maximes de l'Evangile, qui ne contiendrait plus pour eux que la doctrine d'un imposteur. La théorie chrétienne, qui ne fait de la royauté qu'un service généreux et un dévouement paternel, cette théorie redeviendrait le comble de l'absurdité, et le pouvoir ne prendrait plus pour règle que son propre intérêt. Pourquoi consacrer péniblement sa vie au service des autres, lorsqu'on est leur maître et qu'on peut exiger d'eux, parla force, tout ce que l'on veut ? L'amour des peuples s'acquiert à trop grand prix, et, d'ailleurs, il est sujet à trop d'inconstance, pour que les princes songent à le prendre comme but principal de leur conduite : ce serait une folie. Il y aurait bien la perspective de se faire un nom célèbre dans l'histoire ; mais il n'est pas besoin de tant de vertu pour cela : est-ce qu'il ne suffirait pas, le plus souvent, d'être le plus heureux ou le plus fort? Enfin, quand le pouvoir serait tenté de se livrer aux vexations, à l'injustice et à la tyrannie, et qu'il n'y aurait plus dans le monde aucun frein religieux pour l'arrêter, croyez-vous qu'il reculerait devant la morale de la philosophie? Il n'y aurait plus que la colère et les vengeances du peuple qui fussent capables de l'intimider ; mais, tant qu'il serait sûr de les comprimer parla force du glaive, il poursuivrait hardiment le cours de ses iniquités et de ses crimes. Ce serait le temps où

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l'on verrait reparaître les monstruosités de l'empire des Césars avec les turpitudes du Bas-Empire. L'aigle des empereurs romains ne représenterait plus assez exactement la voracité du pouvoir: il faudrait mettre le vautour sur ses enseignes; et l'on pourrait voir le poignard maçonnique remplacer ostensiblement, sur la poitrine et sur le front des princes, le signe auguste qui a sauvé le monde.

Mais ce n'est pas tout. Quand le pouvoir aurait perdu tous les bons sentiments que le Christianisme lui avait inspirés pour ses sujets, il ne faut pas croire que le peuple conserverait, de son côté, le respect, la soumission, la fidélité, l'amour et la confiance que l'Evangile lui avait enseignés envers l'autorité. A la place de ces dispositions, qui faisaient la sécurité du pouvoir aussi bien que le bonheur de ses sujets, il n'y aurait plus, dans ces derniers, que la défiance et que la haine, x^ors, le respect pour l'autorité deviendrait une bassesse, la soumission serait un esclavage, l'amour s'avilirait jusqu'à la prostitution des âmes, et la confiance ne serait plus que de la stupidité. Or, s'il est vrai que le peuple soit toujours susceptible de ces abaissements, ce ne peut plus être cependant sa condition normale et régulière. La servitude est un état contre nature pour son organisation , depuis que le Christianisme l'a initié aux nobles destinées qui lui sont réservées dans le temps et dans l'éternité : il ne peut plus vivre avec honneur qu'à l'air pur et généreux de la liberté.

Sous le règne de la force, la société ressemblerait vraiment à ces contrées d'Afrique où d'habiles tireurs vont à la chasse des lions qui peuplent les forêts. A force d'adresse et de ruse, ils les attirent isolément dans des embuscades où ils les tuent l'un après l'autre. Mais, un jour que les chasseurs rentrent au foyer tout fiers de leurs dépouilles, voici qu'une bande de lions descend de la montagne, attirée par les rugissements et par Todeur du sang; ils se précipitent d'un bond sur leurs

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ennemis; et, après les avoir mis en pièces, ils répandent au loin dans la campagne la terreur et la désolation.

II. — Nous n'avons pas tout dit sur la condition des personnes dans l'exposé que nous venons de faire. Après les avoir considérées dans leurs rapports avec le pouvoir, il nous faut encore les envisager ici, non pas dans leur vie individuelle, parce que nous l'avons fait déjà par notre étude sur l'homme, mais dans leur vie sociale et civile. Or, deux mots suQisent pour caractériser leur situation actuelle sous ce rappoiH : liberté, égalité.

Oui, les personnes sont libres. Nous ne le disons pas seulement en ce sens qu'elles ne sont plus esclaves du pouvoir ni de quelque autre maître que ce soit ; mais elles sont libres par la loi dans la possession et dans la jouissance de leurs droits et de leurs biens. Sous la réserve des droits qui obligent naturellement à l'égard de l'État, quelle est aujourd'hui la société au sein de laquelle les personnes ne soient pas libres dans l'usage de tout ce qui leur appartient ?

Ici, cependant, nous entendons des réclamations qui s'élèvent dans plusieurs grandes sociétés. Eh quoil nous dit-on, vous nous parlez de liberté, lorsqu'il ne nous est même pas permis d'écrire ou de dire tout haut ce que nous pensons en politique, en morale et en religion ! Est-ce qu'on est libre, quand on doit étouffer dans son cœur et bâillonner dans sa bouche ce que l'on estime la vérité ? Est-ce qu'on est libre, quand c'est un devoir de soumettre sa parole et sa pensée au contrôle du pouvoir?

Disons d'abord, pour répondre à ces plaintes, qu'elles ne sont justifiées, en fait, que dans un certain nombre de sociétés. Il en est d'autres, et qui ne sont pas des moins considérables, oii la liberté de dire et d'écrire ne s'apphque pas seulement à la vérité et sans limites, mais où l'erreur et le mensonge sont en possession du même droit. En principe, cette liberté sans mesure

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n'est pas bonne, et l'Église la condamne ; mais elle existe pourtant. Nous ferons remarquer, ensuite, que, dans la plupart des sociétés où cette liberté ne se trouve pas dans toute sa plénitude, il ne serait certainement pas juste de crier si baut àla tyrannie et à la servitude. Non, sans doute, il n'est pas permis de tout dire ni de tout écrire dans certains pays de l'Europe, et nous serons des premiers à regretter que des vérités , pourtant bien utiles, ne puissent y arriver à la pubbcité, tandis qu'un champ si large est trop souvent ouvert au mensonge et à l'hypocrisie. Mais avouons cependant que, même sous ce régime et dans ces exceptions, il existe, généralement, une liberté d'écrire et de parler qui n'est guère entravée que pour les perturbateurs et les malhonnêtes gens : et pourquoi tant maudire alors ce frein qui les arrête ? Enfin, s'il y a réellement des pays où la parole et l'écriture publiques ne peuvent plus se produire que comme les instruments et les complices du despotisme, il faut bien reconnaître que ce n'est point là l'état normal ni ordinaire ; c'est une époque de crise et de tourmente que celle où se produisent ces abus du pouvoir. Mais quand l'équilibre est une fois rétabli entre les droits et les devoirs sociaux, la liberté reprend son empire d'ellemême et tout naturellement, et la parole comme la presse redeviennent libres dans une sage mesure.

Il y aurait, du reste, beaucoup à dire sur cet important sujet, et nous n'avons assurément pas la prétention de le traiter à fond par les considérations que nous venons d'exposer. Au milieu des opinions contraires qui partagent les esprits dans ces questions, et dans la lutte des exagérations qui s'y produisent, il doit y avoir une solution pratique capable de donner satisfaction aux aspirations raisonnables et légitimes des partis opposés, et peut-être devrions-nous chercher à l'indiquer ici ; mais la carrière s'étend encore si vaste devant nous, dans cette étude, qu'il faut bien nous hâter. Résumons-nous donc

sur la liberté des personnes, en affirmant qu'en définitive elle est aujourd'hui ce qu'elle n'avait jamais été dans l'antiquité. En général, tout citoyen est libre au sein de sa patrie ; et cette liberté, nous le rappelons, est d'origine chrétienne.

L'égalité est le second caractère que le Christianisme conserve aux personnes dans la société civile de notre époque. Sans doute, il y a toujours eu, et il y aura toujours les inégalités qui proviennent de la supériorité naturelle, soit intellectuelle, soit physique; et ce serait une utopie ridicule que celle qui aurait la prétention de les effacer. De même donc qu'il y a toujours des riches et des pauvres, il y a toujours aussi des grands et des petits, des puissants et des faibles. Il y a toujours des grands et des petits, parce qu'il y a toujours des hommes plus ou moins favorisés par la naissance et par ce que l'on appelle la fortune. Il y a toujours des puissants et des faibles, parce qu'il y a des hommes plus ou moins forts naturellement, par l'esprit, par le cœur, comme aussi par le corps. Pour coucher l'humanité tout entière dans le lit de Procuste, il ne faudrait pas seulement la mutiler, il faudrait n'en plus faire qu'un monstre horrible et difforme. Mais, ces inégalités naturelles une fois admises dans la société, il n'y en a plus d'autres dans la civilisation et la législation de notre époque. C'est une formule à peu près générale, qu'en principe, les citoyens sont égaux devant la loi, et, en fait, ils ont les mêmes droits et les mêmes devoirs. Ils sont astreints aux mêmes charges, quand il s'agit des intérêts et de la défense de la patrie; mais aussi tous y onl des droits à la même protection ; et, pourvu qu'ils aient les capacités suffisantes, ils peuvent encore aspirer tous aux plus hauts emplois et aux plus honorables distinctions. Parcourons tel pays que nous voudrons, voyons quels sont les hommes qui le gouvernent; et, à côté des noms de la plus haute noblesse, nous y trouverons des hommes sor-

tis des rangs du peuple, et qui se sont élevés au-dessus des autres par la seule énergie de leurs talents, de leur courage et de leurs services exceptionnels.

Voilà l'égalité civile, l'égalité sociale; voilà l'égalité que le monde ne soupçonnait même pas avant le Christianisme, et qui est aujourd'hui si profondément enracinée, qu'on ne songe plus à la mettre en question. Elle s'est tellement naturalisée dans le monde, qu'on a fini par la considérer comme un épanouissement régulier et comme une conquête delà civilisation moderne : étrange oubli de l'histoire, qui donne pourtant à ces idées un si formel démenti !

Les citoyens sont donc égaux et libres ; et tel est le double caractère social sous lequel se présente la condition des personnes au temps où nous vivons. Mais, à côté de la liberté et de l'égalité, on prononçait, on inscrivait, il y a quelques années, un troisième mot qui paraissait les compléter : fraternité. Si ce mot signifiait que, par la liberté et par l'égalité, les hommes doivent tout naturellement s'efforcer de tendre à la ù^aternité, c'était, du moins, un enseignement utile, quoique bien suranné après l'ancienne doctrine de la fraternité chrétienne. Mais si l'on voulait dire, par là, que la fraternité sociale est un fruit de l'émeute et de la révolution, quelle amère dérision ! On a plaisanté sur ces trois mots, choisis par la dernière répubhque française pour la légende de ses pièces de monnaie : mais comment rire du mensonge, quand il fait le malheur et le déshonneur d'un peuple? Oui, nous venons de le dire, la liberté et l'égalité sont deux privilèges dont notre civilisation moderne a le droit d'être fière, à la condition d'en être reconnaissante envers le Christianisme. Oui encore, et grâce à Dieu, la fraternité n'a pas cessé de régner parmi les âmes qui vivent de la doctrine de Jésus-Christ; mais la fraternité humanitaire, mais la fraternité philosophique et purement rationnelle, ô sages, ô politiques, ô philanthropes

du monde, montrez-nous-la donc dans son action sociale et civilisatrice ! Pour moi, je la cherche, et je ne la trouve nulle part .

On dit bien, cependant, qu'elle existe entre les membres de certaines sociétés mystérieuses et secrètes; mais qu'est-ce donc qu'une fraternité qui a peur du grand jour, qui ne s'exerce que dans l'ombre, qui ne se manifeste que par des secousses révolutionnaires, et qui ne peut produire, à l'extérieur, aucun bénéfice social? Non, certes, il n'y a point de fraternité parmi nous en dehors du Christianisme : les citoyens sont libres, ils sont égaux devant la loi, mais ils ne sont pas frères ; et toutes les législations et toutes les théories du monde ne seront jamais capables de les amener aux résultats de la fraternité chrétienne.

Après cela, quand on pense à la condition des personnes dans une société où Jésus-Christ ne serait plus Dieu, on recule épouvanté. Ce n'est pas seulement la fraternité qui s'envolerait comme la colombe chassée par la tempête; mais que deviendrait la liberté personnelle et sociale, quand elle n'aurait plus d'autres garanties que celles de la raison, de la philosophie, de la loi et de la force armée ; et quand il n'y aurait plus, dans la conscience humaine, aucun priocipe chrétien capable de la guider, de la relever et de la diriger ? Avec le bénéfice de la civilisation moderne, et sous la sauvegarde de la loi, la liberté personnelle est encore obligée de se défendre à chaque instant contre les envahissements des libertés rivales et jalouses, et elle succombe souvent dans cette lutte incessante: que serait-ce donc, quand elle serait livrée seule et comme une proie à la merci des passions déchaînées et sans frein? Alors, le plus libre, ce serait le plus fort; et un asservissement honteux deviendrait fatalement le partage de la faiblesse et du malheur.

L'égalité serait encore moins respectée dans une société oii la divinité de Jésus-Christ viendrait à dis-

paraître. Il est bien vrai qu'en théorie, la raison naturelle suffirait seule pour rétablir; mais en fait, mais en réalité, qui ne sait que la raison n'a pu rien faire pour elle? L'histoire à la main, nous le constatons: il n'y a que le Christianisme qui ait été capable de la rendre pratique dans le monde. Mais, dès lors qu'on en saperait la base par la négation de la divinité de Jésus-Christ, dès lors que l'humanité ne formerait plus une seule et même famille, dans laquelle tous les enfants sont frères, parce qu'ils sont tous également rachetés par Jésus-Christ, le Fils de Dieu fait homme, nous le demandons : que deviendrait l'égalité, dans le conflit et la mêlée de toutes les cupidités ambitieuses et rivales ? Dans la pratique, elle n'aurait plus sa raison d'être, lorsque chacun ne serait plus justiciable que de ses propres intérêts. La loi, d'ailleurs, qui deviendrait alors le principal fondement de l'égalité civile, la loi n'aurait plus assez de force pour arrêter les prétentions et les empiétements de chacun, et elle finirait certainement par céder devant le torrent envahisseur qui menacerait de la submerger. Alors, l'humanité redeviendrait ce qu'elle fut autrefois : elle se partagerait naturellement en catégories diverses, proportionnées uniquement au degré de force et au degré de faiblesse physiques de ceux qui les composeraient. Ainsi, la loi purement rationnelle remplacerait d'abord le principe chrétien, et c'est elle qui déciderait de l'égalité. Mais, comme elle serait trop faible pour comprimer longtemps les passions, ce serait, définitivement, la force physique qui deviendrait la règle de l'égalité sociale. S'ils pouvaient être encore égaux, les hommes ne le seraient plus que par la force brutale, après l'avoir été d'abord par la loi, et surtout, avec plus d'honneur, par le Christ Jésus.

Dans ces conditions, est-il besoin de dire que la fraternité ne serait plus qu'un vain mot? Comme ils seraient frères, ces hommes dont les plus forts ne son-

géraient plus qu'à dévorer les plus faibles, pour s'engraisser de leur substance ! Oui, ce seraient encore des frères, si l'on veut le dire, mais à la manière des poissons qui nagent dans les mêmes eaux, et dont les plus gros ne vivent qu'aux dépens des plus petits. Sous le règne toujours vivant d'un Christianisme affaibli, nous avons prêté l'oreille aux bruits qui s'élèvent autour de nous; et, en entendant les sourds murmures de l'humanité tourmentée dans ses aspirations vers une égalité tout à fait libre et vraiment fraternelle, nous nous sommes dit que le monde ne serait plus qu'une image de l'enfer, sans la divinité de Jésus-Christ.

III. — La liberté et l'égalité dans la condition des personnes imphquent nécessairement la libre possession des choses qui leur appartiennent. A notre époque, on peut même dire que ce résultat est plus frappant encore que les principes qui l'ont produit : jamais, en effet, la propriété ne fut assise sur une base plus ferme dans sa possession. Ce fait est d'autant plus remarquable, que jamais la propriété territoriale n'avait été autant divisée qu'elle l'est actuelleinent. Et cependant, malgré ces innombrables fractions, les propriétés n'ont rien perdu de leur stabilité; et le propriétaire de la moindre parcelle est aussi libre dans sa possession que le possesseur des plus vastes domaines. Dans l'esprit et dans la conscience de ceux-mêmes qui n'ont plus foi aux idées rehgieuses, le droit de propriété conserve encore quelque chose d'inviolable et de sacré. On borne toujours son champ pour en déterminer les limites; mais c'est dans la conscience humaine, autant que dans la loi, que se trouve le dieu Terme qui doit le protéger.

Et pourtant, nous ne l'avons pas oublié : il y a quelques années à peine, des cris sauvages se sont fait entendre au milieu de nous, qui demandaient, avec menaces, le partage brutal delà propriété. Mais nous savons quels étaient les hommes qui les poussaient, ces

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cris. Nous nous rappelons très-bien quels étaient ceux qui osaient dire, à la face du monde civilisé, que la propriété est un vol. C'étaient ceux qui avaient dit, d'abord, qu'il n'y a point de Dieu; ou que, s'il y en a un, c'est le mal : c'était le Communisme.

Mais, pour en arriver à la conclusion qui ravage ainsi le droit de propriété, il n'est pas nécessaire de commencer par un si horrible blasphème. Niez la divinité de Jésus-Christ; osez dire que l'auteur de la civilisation moderne, du droit pubhc moderne, que celui-là était un imposteur quand il s'affirmait Dieu; et alors, quelle garantie vous restera- t-il dans la jouissance de vos propriétés ?

On nous répondra, sans doute encore, que le monde étant une fois en possession des garanties qu'il tient des législations actuelles, il ne peut plus les perdre, et que c'est désormais une conquête à jamais inaliénable. C'est une erreur. La législation n'étant qu'une expression de la civilisation, et la civilisation moderne n'étant elle-même qu'un résultat produit par la religion du Christ dans la société, c'en serait bientôt fini des garanties qui assurent les droits de la propriété, quand le Christianisme croulerait par la base. Il ne faudrait pas des siècles pour amener la perturbation dans la possession de ces droits : les mauvais instincts qui minent sans cesse une société sans principes, et qui cherchaient naguère à se faire jour, ces instincts se produiraient bientôt avec plus d'audace; et rien ne serait capable de les arrêter. Alors, on ne se bornerait plus à dire, en théorie, que la propriété est un vol ; les plus puissants en prendraient possession par la force, et ils en feraient le partage suivant leurs caprices, comme le lion de la fable.

Une société dans laquelle les citoyens sont égaux et libres, et où celui qui possède n'est point inquiété dans la possession de ses biens, cette société suppose une législation bien établie et une justice régulièrement

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administrée. Et, en effet, issue, comme nous l'avons yu, de la morale et de l'esprit de l'Evangile, la législation des premiers âges chrétiens est allée se perfectionnant à travers les siècles, et elle est arrivée jusqu'à nous, capable de répondre à toutes les exigences de la civilisation contemporaine. Nous n'avons pas à examiner ici si cette législation ne pécherait point par la complication et le trop grand nombre de lois qui la composent : c'est un détail au point de vue que nous envisageons. Mais, ce qui est positif, c'est que l'esprit, la justice et la moralité de ces lois, considérées dans leur ensemble, forment une législation qui semble être le chef-d'œuvre de la conscience humaine. Ne soyons pas ingrats envers le Christianisme : c'est encore lui qu'il faut saluer dans ce chef-d'œuvre social.

Quant à l'administration pratique de la justice, dans les principes de cette législation, elle est toujours chrétienne, malgré le dépérissement de la foi chez un trop grand nombre de peuples. Le serment qu'on y exige est chrétien dans l'idée générale qu'on y attache, comme dans la conscience de celui qui l'exprime ; et le Christ devant lequel on le prononce, et qui préside généralement aux délibérations de la justice, le Christ est là pour en inspirer les arrêts et les faire respecter.

Oui, mais du jour où l'on détacherait ce Christ de la place d'honneur qu'il occupe au tribunal des hommes, du jour où l'on pourrait lui dire qu'il n'est plus rien pour la justice humaine, parce qu'il a trompé la conscience par le prestige d'une fausse divinité, qui ne voit alors les nouvelles ruines qui viendraient fondre encore sur la société ? Dépouillées de l'autorité divine qui était leur principe et leur gardienne, les lois perdraient leur énergie sociale; elles n'auraient plus qu'une valeur purement humaine. Les pages du code qui les contient se détacheraient l'une après l'autre ; et, comme les feuilles de la sibylle, on les verrait s'envoler et disparaître au

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souffle de la raison trompée par les passions. Quelle serait donc, après cela, l'autorité qu'on invoquerait dans le serment? L'autorité du Christ? mais non, puisque luimême il nous aurait trompés. L'autorité d'un Dieu purement abstrait et métaphysique? mais la conscience humaine ne se dirige point par la puissance de T abstraction ni de la métaphysique. La seule autorité de la raison et de la conscience elle-même? Ah! je me délie de cette autorité, quand elle est au service de l'égoïsme, de l'intérêt, de l'orgueil et d'une cupidité jalouse; et je suis sûr que ces passions parleraient, bien souvent, plus haut que la conscience et la raison. Ici donc encore, la vérité serait remplacée par le mensonge, la justice par la fantaisie, et le droit par la force. Comment n'être pas effrayé par la seule perspective de semblables conséquences?

IV. — Quand on a étudié la société, comme nous venons de le faire : dans le pouvoir qui la gouverne, dans la condition des sujets qui lui sont soumis, dans celle des propriétés qui leur appartiennent et dans l'administration de la justice, on a déjà parcouru une vaste carrière; et pourtant tout n'est pas dit. Il reste encore un dernier droit, sans l'appréciation duquel on ne peut juger complètement de cette société : c'est le droit international, avec la guerre qui le fait respecter.

Pour caractériser en un mot le droit international, tel qu'il existe à notre époque, nous dirons qu'il est généralement chrétien en théorie et pour la forme ; mais qu'il s'exerce, au fond et pratiquement, à la manière des temps où régnait le paganisme. ,Gette affirmation parait d'abord exagérée ; et pourtant nous la maintenons tout entière, après l'explication et les développements que nous allons lui donner.

Interrogeons la diplomatie des cabinets qui règlent aujourd'hui les droits internationaux des peuples civilisés ; que nous répondra-t-elle ?

En Angleterre, c'est une politique qui se glorifie

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d'aller partout favoriser l'émancipation des peuples, au premier signal qui lui en est donné. Cette protection est généreuse et cette mission est belle en apparence : voilà ce que nous appellerions le côté chrétien de cette diplomatie. Malheureusement, ce n'est là qu'un prétexte, et il n'y a plus que les simples qui s'y laissent prendre. Au fond de cette politique britannique, tout le monde le sait, et on ne peut trop le redire, ce qu'il y a vraiment, c'est le secret désir d'agiter les peuples, de les mettre aux prises les uns contre les autres, afin de profiter de leur division et de les surprendre aux jours de leur détresse. Voilà ce qui est immoral et païen.

En Allemagne, c'est la Prusse et l'Autriche qui envoient leurs armées pour soustraire au Danemark des duchés, dans lesquels la majorité semble vouloir faire partie de la Confédération Germanique. C'est beaucoup moins glorieux qu'on ne l'a dit à Vienne et à Berlin, parce qu'il n'y a jamais une grande gloire à cent cinquante mille hommes d'en écraser quarante à cinquante mille. Mais enfin, ce serait généreux encore de tendre ainsi la main à des peuples qui cherchent une existence politique plus conforme à leur nature et à leurs goûts, ce serait presque chrétien. Oui, mais quand, ensuite, on voit les vainqueurs se faire une proie de ces pays conquis, et procéder au partage sous le regard indigné de TAllemagne et de l'Europe entière, alors on se dit qu'il y a, dans leur manière d'interpréter le droit international, une politique vraiment digne des anciens conquérants païens de leur pays.

En Itahe, c'est un gouvernement qui se vante d'avoir rendu, et de rendre encore à l'indépendance, des populations courbées sous le joug d'un despotisme odieux, pour ne plus faire de toutes ensemble qu'une seule nation, qui devra faire revivre les gloires de l'ancien empire romain : c'est grand et beau, si c'était vrai ! J'oserais même dire que cette politique serait éminemment chré-

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tienne, puisque la véritable indépendance des peuples a son principe dans le Christianisme. Mais la vérité qui se trouve au fond de ces fallacieuses promesses, c'est que le pouvoir qui gouverne à Florence cherche à satisfaire, avant toutes choses, son ambition et sa cupidité ; c'est que tous les moyens lui sont bons pour arriver à ce but, et qu'il ne recule ni devant la persécution, ni devant la déprédation , ni même devant le sacrilège. Oui, voilà quel est le régime qui s'étend actuellement depuis Flo* rence jusqu'à Turin, jusqu'à Milan, jusqu'à Parme, jusqu'à Modène, jusqu'à Bologne, jusqu'à Naples, et qui voudrait bien s'étendre aussi jusqu'à Venise et jusqu'à Rome. Et l'on appelle encore chrétien un droit international qui accapare ainsi des nationalités entières au mépris des droits les plus sacrés! Quelle insolente dérision ! mais quelle honte aussi !

En Russie, c'est un pouvoir qui daigne associer la Pologne aux réformes libérales qu'il veut bien octroyer à ses fidèles sujets. Pour cela, il va relever le paysan de son abaissement vis-à-vis des seigneurs, et il lui fera une plus large part dans la propriété comme dans les droits de citoyen . C'était un proj et magnanime pour le cœur d 'un czar ! Un moment, on avait cru réellement à un changement de politique, et l'on se demandait si des jours plus heureux n'allaient pas luire enfin, aux bords de la Yistule, sur ce peuple martyr. Mais voilà que tout à coup le masque tombe, pour laisser voir le plus abominable despotisme. Alors sont lancés des édits de proscription qui rappellent ceux des temps les plus odieux dans l'histoire du monde ; les forteresses et les cachots regorgent de prisonniers dont le seul crime est de demeurer fidèles à la patrie ; et la Sibérie est couverte d'exilés qui souffrent et meurent dans une détresse inexprimable. Ce n'est pas tout encore. Dans l'embarras d'un si grand nombre de victimes, on en a fusillé en secret, loin des champs de bataille et après le combat; on en a pendu

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d'autres, et on les a laissés au gibet pour apprendre aux survivants le sort qui les attendait, s'ils persistaient dans leur fidélité. Pour mettre le comble aux horreurs et à la barbarie de cette persécution, il ne restait plus qu'une chose à faire : c'était d'outrager les femmes dans leur douleur; et les bourreaux n'ont pas reculé devant ce lâche attentat.

Après cela, il a été défendu de pleurer en public sur tant d'atrocités ; les larmes ont été condamnées comme une insubordination et ]e deuil interdit comme un crime. Et, quand le prêtre a voulu se permettre d'implorer publiquement la miséricorde d'en haut, on lui a répondu par le knout, par l'exil, et même par la mort. Yoilà ce que tout le monde a pu lire dans les feuilles pubhques, pendant plus de deux ans ; et l'on aurait cru, en vérité, lire des fragments de l'histoire romaine aux temps de Tibère, de Néron et de Caligula!

Ah! c'est vrai, nous ne sommes point calme en écrivant ces lignes ! mais le calme est-il possible devant de semblables horreurs? Quand, par une nuit d'hiver, les ours descendent par bandes des monts Ourals et qu'ils se précipitent dans la plaine, nous nous sentirions émus de compassion si nous les voyions ravager des troupeaux sans défense. Mais quand ce sont des Cosaques qui accourent du fond de leurs steppes, et qu'ils se ruent, comme les ours, à la voix de leurs chefs, sur la Pologne palpitante ; quand, après avoir accompli leurs scènes de carnage, nous n'entendons plus que le cri des blessés et le râle des mourants ; quand les maisons des cités sont désertes et que les campagnes sont dépouillées et brûlées ; quand les temples sont fermés et que leurs ministres sont emprisonnés ou bannis ; quand le silence de la mort commence à se faire dans ce pays ; quand la langue nationale n'a même plus le droit de se faire entendre librement à travers les tombeaux, et que les Russes armés qui les gardent voudraient imposer aux veuves et

aux orphelins leur idiome moscovite ; oh ! alors, oui, nous sentons notre âme se troubler, nos entrailles s'émeuvent d'indignation, et nous finissons par pleurer sur ce peuple égorgé et sur cette nation qui meurt dans l'héroïsme du martyre ! . . .

0 noble peuple de la Pologne! je ne sais si l'heure de l'agonie n'aurait pas vraiment sonné pour ta vie nationale ; mais ce que je sais bien, c'est que tu serais encore plus glorieux dans la tombe que tes bourreaux dans leurs palais; c'est que tu vivrais toujours dans la mémoire des hommes de cœur, et que l'histoire te conserverait, dans la postérité, d'immortels trophées !...

Au delà de l'Atlantique, c'était une belle et noble mission, pour l'Amérique du Nord, de sacrifier son argent et son sang pour l'afîranchissement des esclaves du Sud ; c'était glorieux pour elle, c'était vraiment chrétien. Oui, mais ce n'était encore là qu'un prétexte trompeur ; et, sous ces apparences, ce qui se cachait réellement, c'était toujours l'égoïsme et la cupidité.

Nous n'avons pas tout dit. Nous ne parlons ici que des faits éclatants comme le soleil qui nous éclaire ; mais si l'on venait à révéler ce qui se cache dans l'ombre, quel machiavélisme et quelle astuce, grand Dieu! sous le manteau de la politique et de la diplomatie qui gouvernent les nations! Et pourtant, tous ces gouvernements se déclarent chrétiens, et le langage de leurs protocoles, dans les négociations, est un langage chrétien. Après cela, nous le demandons, ne sommes-nous pas en droit de formuler notre appréciation sur le droit international, tel qu'il se pratique à notre époque, en répétant qu'il est sans doute généralement chrétien en théorie et pour la forme, mais qu'il s'exerce, au fond et pratiquement, à la manière des temps où régnait le paganisme?

Ce qui aggrave l'immoralité de cette politique internationale, c'est la comphcité, l'abstention et le silence des

gouvernements , qui laissent faire ou qui agissent ensemble dans le même but. Les uns s'engagent à favoriser directement par leurs armes les prétentions les plus injustes et les plus odieuses entreprises. D'autres, plus prudents ou plus timides, se contentent d'appuyer indirectement ces violences de leur politique ambiguë. Enfin, il en est d'autres encore, qui blâment ces machinations déloyales; mais ils ont peur de le dire tout haut, et ils se taisent. Or, dans la complicité faible ou coupable de ces gouvernements, l'esprit des peuples finit lui-même par s'égarer : on s'accoutume peu à peu à la violation de tous les droits ; et il suffit de quelques années, pour consacrer dans l'opinion des annexions et des conquêtes qui révoltaient tout d'abord la conscience publique.

Et pourtant, ils sont chrétiens, les peuples au milieu desquels on voit se produire ces grandes iniquités; et c'est pourquoi elles sont habilement dissimulées par ceux qui en sont les premiers coupables. Ces hommes ne sont plus assez chrétiens par la foi pour agir en disciples du Christ; mais ils le sont encore trop dans la forme pour oser, sans ménagements, se poser en païens.

Oui ; mais quand une fois il serait bien démontré que Jésus-Christ n'est plus qu'un de ces demi-dieux enfantés par la superstition et la crédulité des peuples, et que sa doctrine n'est plus en réahté que la doctrine d'un homme ; qu'on nous dise donc ce qui pourrait empêcher la politique de revenir sans gêne à toutes les abominations de l'antiquité païenne? Alors, en effet, le droit public actuel, qui n'a son origine et sa raison complète que dans le Christianisme, ce droit aurait bientôt disparu avec les principes qui le conservaient dans le monde; et il ferait place, encore ici, au règne de l'arbitraire et d'une violence sans frein.

Chose étonnante cependant! tandis que la politique tient les divers gouvernements dans un état d'hostilité

jalouse el de mutuelle défiance, la Providence, de son côté, tend à rapprocher les peuples, au moyen du commerce et de l'industrie, dans les liens d'une plus facile et plus étroite fraternité. En effet, par la vapeur sur le fer et sur l'eau , les distances diminuent , les communications deviennent plus fréquentes, et les relations plus profitables au bien public. Et ce n'est pas seulement sous le rapport industriel et commercial que le progrès se développe dans cet échange réciproque. Quand le monde ancien et le monde nouveau se donnent, pour ainsi dire, la main dans cette perpétuelle circulation qui les unit chaque jour; quand la France, l'Angleterre, l'Allemagne, la Russie, l'Espagne, l'Italie et tous les autres peuples de l'Europe se pénètrent plus fréquemment encore par ces longs et nombreux convois qui jettent les voyageurs par milliers dans leurs plus grandes cités, alors les hommes de toutes nations se voient , s'entendent, se comprennent; il se fait entre eux un échange de mœurs, de coutumes, d'idées; et ils se quittent en se sentant plus rapprochés par ces diverses communications : c'est la fraternité des peuples.

Le résultat de cette fraternité est tellement positif, qu'on a sérieusement conçu le projet d'une paix universelle. Un congrès européen a même été proposé pour arriver à ce but; mais plusieurs États l'ont refusé. Un autre, plus restreint, finit par avoir lieu, un peu plus tard, à Londres ; et il en est sorti la guerre, suivie d'une paix que l'on pourrait appeler aussi exactement, peutêtre, que celle de Paris pendant les troubles de la Fronde, la paix boHeubv ei mal assise.

La guerre ne se fait plus, d'ailleurs, comme elle s'était faite aui:e(o]s et jusque dans ces derniers siècles. Sans doute, c est toujours la même fureur et le même carnage sur le champ de bataille; mais ce n'est plus la même inhumanité dans les moyens employés pour arriver au succès; et surtout, ce n'est plus le même

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acharnement ni la même cruauté dans la victoire. Cette amélioration vient certainement des conditions nouvelles dans lesquelles toutes les guerres européennes s'engagent actuellement.

Matériellement d'abord, les moyens de destruction sont aujourd'hui plus puissants et plus terribles qu'ils ne l'avaient jamais été ; mais aussi, par là même, les batailles et les guerres sont moins longues, et l'on arrive ainsi plus vite au dénoûment définitif. La marine et l'artillerie ont eu la plus grande part à cette révolution dans l'art de la guerre. Par la rapidité de ses transports, la marine précipite des armées entières dans les contrées les plus lointaines; et maintenant voilà que, par les cuirasses de fer qui revêtent ses vaisseaux, elle peut aller impunément porter l'attaque jusque sous les murs et sous le feu de l'ennemi. L'artillerie, de son côté, avec les projectiles ailés qui sont lancés par les rayures de ses pièces, en est arrivée à répandre l'incendie, le désordre et la mort à des distances énormes et avec une précision prodigieuse. Avec de tels moyens de destruction, sans doute, les ravages sont terribles^ maintenant surtout que ces procédés sont connus et propagés partout; mais, encore une fois, ces ravages ne peuvent plus se prolonger aussi longtemps que dans les guerres anciennes. Il n'y aura plus de ces sièges qui duraient des années; les grandes guerres seront moins longues sans être plus meurtrières, et c'est l'artillerie qui frappera vite et fort ces coups terribles qui abrégeront les combats.

Une autre modification, plus importante et plus remarquable encore que celle de la marine et de l'artillerie, c'est le changement qui s'est opéré dans les idées et dans les sentiments par rapport aux ennemis qui doivent en venir aux mains. A l'exception des guerres civiles et sociales, qui engendrent et propagent des haines farouches et sauvages, les belligérants n'é-

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prouvent, généralement, les uns contre les autres, aucune aversion ni aucune colère; ils sont indifférents les uns pour les autres avant d'en venir aux armes, et ils redeviennent humains et même compatissants, aussitôt que le combat est terminé.

Les conséquences de cet adoucissement général dans les mœurs publiques n'avaient jamais été aussi frappantes que dans nos dernières guerres. Alors, en effet, on a vu des multitudes d'hommes se rendre sur les champs de bataille de la Grimée, de l'Itahe et du Mexique, sans porter dans leur cœur la moindre haine contre ceux qu'ils allaient combattre. Le plus grand nombre, peut-être, aurait même été dans l'impossibilité de bien déterminer le motif de la guerre. Aussi, quand ils s'étaient battus comme des lions et sans savoir pourquoi, aussitôt que la retraite avait sonné, on les voyait revenir avec l'émotion de la victoire ou de la défaite, mais toujours sans haine. Et, quand arrivait le moment de relever les blessés et d'enterrer les morts, il n'y avait plus d'ennemis; et tous étaient traités avec une fraternité presque égale. Pendant les suspensions d'armes et lorsque les besoins du service rapprochaient momentanément les soldats ennemis, on les surprenait même échangeant entre eux des procédés de camarades à camarades : c'était la fraternité qui protestait contre la politique jusque sur le champ de bataille. Après cela cependant, comment expliquer qu'au premier signal du combat, ces mêmes hommes se ruassent de nouveau les uns contre les autres pour s'entretuer avec un acharnement qui ne se possédait plus ? L'obéissance, le sentiment du devoir, l'ambition, la gloire du drapeau, l'honneur de la patrie, tous ces sentiments réunis ne suffisent pas pour répondre à la question : il y a là, comme dans beaucoup d'autres phénomènes du cœur humain, un mystère!

Disons seulement, ici encore, que, dans l'hypothèse

de la destruction du Christianisme par la négation de la divinité de Jésus-Christ, il ne paraît pas que l'adoucissement moral que nous constations tout à l'heure dût se conserver longtemps. Nous avons vu comment se faisait la guerre avant Jésus-Christ ; nous savons comment elle se fait encore aujourd'hui chez les peuples qui ne sont pas chrétiens, et nous avons reconnu que c'est au Christianisme que revient, le premier, l'honneur des sentiments humains et généreux jusque dans l'horreur des combats. Mais, une fois que le principe générateur de ce progrès social aurait disparu, les conséquences disparaîtraient bientôt elles-mêmes; et l'on en reviendrait certainement, après un temps plus ou moins long, aux atrocités et aux barbaries des anciennes guerres.

Et maintenant, en résumant tout ce que nous venons d'exposer sur l'état actuel de la société civile, nous pouvons conclure sommairement que, malgré le dépérissement de la foi et les ravages qu'il a déjà causés dans cette société, elle est encore implicitement chrétienne dans les principaux éléments qui la composent. Elle est chrétienne dans la constitution du pouvoir qui la gouverne, chrétienne dans la condition des personnes qui lui sont soumises et des propriétés qui leur appartiennent, chrétienne dans la législation et l'administration de la justice, chrétienne dans les apparences du droit public et international , chrétienne, enfin, jusque dans les guerres et les combats ; et l'esprit chrétien, qui se retrouve dans tous ces éléments, est incontestablement pour elle le principe du progrès et de la civilisation. Cette conclusion une fois bien établie, nous avons le droit de conclure, également, que toute tentative pour arriver à la destruction du Christianisme

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est incontestablement une tentative anti-sociale; que la négation de la divinité de Jésus-Christ, sur laquelle repose le Christianisme, est réellement une réaction rétrograde en face du progrès social opéré par l'Évangile ; et que si les ennemis du Christ parvenaient à triompher, ce serait pour nous ramener à la dégradation du paganisme, à travers les ruines accumulées par leurs fausses doctrines.

Et cependant, écoutez-les. Ce sept eux, à les en croire, qui tiennent entre leurs mains les rênes du progrès et de la civilisation; c'est par le règne des sens et de la raison pure qu'il faut remplacer désormais la domination du Christ et de son Évangile. Oui, voilà bien ce qu'affirment des hommes qui s'estiment les lumières du monde. Puis, après avoir fermé volontairement les yeux à l'évidence du progrès civil et social opéré par la doctrine de l'Évangile et la divinité de Jésus-Christ, ils calomnient la grande société religieuse qu'il a fondée, pour conserver dans le monde ses enseignements et son autorité. Ils ajoutent, donc, que l'Église catholique est en elle-même une institution antipathique à tout progrès ; qu'en fait, elle en a été, dans tous les siècles, l'ennemie la plus intolérante et la plus opiniâtre; et que, maintenant encore, c'est elle qui s'oppose à la marche progressive de la civilisation moderne. Il n'est pas difficile de montrer la fausseté de ces accusations : tout ce que nous avons déjà dit jusqu'ici les convainc indirectement d'injustice et de mensonge; mais elles vont trouver une réponse plus directe dans les études suivantes.

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