‹ Le catholicisme considéré dans ses rapports avec la sociétéChapitre 8 sur 35 · INTRODUCTION. XI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XI

à démolir son autorité ; on s'y prend plus philosophiquement. On nie d'abord très-positivement le surnaturel ; et, partant de ce principe qu'il ne faut rien admettre au-dessus des forces de la nature et de la raison, on fait descendre Jésus-Christ du trône où il régnait en Dieu, et ou le place au niveau de ces sages auxquels on ne doit rien d'ailleurs qu'une stérile admiration.

Il est vrai qu'il reste toujours à exphquer comment le monde a pu croire à la divinité de cet homme extraordinaire, depuis dix-huit cents ans, et comment il lui a rendu, de siècle en siècle , un culte intérieur et un culte extérieur qui ne sont dus qu'à Dieu; mais on croit s'en tirer en jetant dédaigneusement à la face de l'humanité les mots de superstition et de crédulité ; et l'on ajoute magistralement que tout s'exphque par le progrès. D'ailleurs, on ne demande pas mieux que de passer avec indulgence sur cet étrange phénomène ; mais on va directement au cœur de la question : on s'arme d'abord du scalpel de l'histoire, de la critique, de la philosophie et de la science; on prend ensuite Jésus-Christ, l'Homme-Dieu de TEvangile ; et , disséquant sa vie au flambeau de la pure raison, on prononce avec assurance qu'il n'y a là rien de divin.

Un jour, sur son rocher de Sainte-Hélène, c'était le plus grand conquérant des temps modernes qui disait à l'un des généraux compagnons de son exil : « Ecoute; je me connais en hommes, et je te le dis : Jésus-Christ n'est pas un homme. » Aujourd'hui , ce sont des écrivains,des professeurs, des journahstes,qui en savent un peu plus que le vulgaire , et qui disent au monde , du haut de leur autorité : « Nous qui nous connaissons en

XII INTRODUCTIOX.

dieux, nous vous le disons : Jésus-Christ n'est pas Dieu. »

Voilà pourtant les hommes qui font aujourd'hui des conquêtes dans l'esprit et la conscience de la société. Et ce ne sont pas seulement des gens simples et crédules qui se laissent prendre aux pièges de leurs sophismes ; des esprits forts eux-mêmes paraissent les accepter comme des oracles ; et ils en font, dans la pratique, leur doctrine et leur foi. Jamais pareille confiance ne s'était vue; et, s'il n'y avait, pour l'expliquer, la double conspiration de l'ignorance et des passions, ce serait à désespérer du bon sens public.

Enfin , cette nouvelle levée de boucliers a produit sensation dans le camp des fidèles et dans celui des infidèles. Ceux-ci ont acclamé leurs chefs avec des cris d'enthousiasme ; et les premiers ont été saisis d'une stupeur douloureuse. Après un certain temps d'émotion générale et de vifs débats, les esprits se sont calmés à l'endroit de ces attaques contre la divinité de Jésus-Christ^ mais le mal était fait ; et, s'il est vrai qu'on en a exagéré les proportions, il n'est pas moins incontestable qu'il en reste de déplorables conséquences. On s'est famiharisé de plus en plus avec l'idée qu'on pouvait au moins discuter sur la question de savoir si Jésus-Christ ne serait pas un homme semblable aux autres. Un certain nombre d'esprits, mal disposés d'ailleurs, ont tranché cette question dans le sens de l'incrédulité ; beaucoup d'autres sont devenus chancelants ; et l'on entend, aujourd'hui^ des hommes qui s'estiment chrétiens et catholiques, et qui cependant portent froidement sur Jésus-Christ des

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