LES PERSECUTIONS
Les écrivains ecclésiastiques de nos jours donnent pour motifs aux persécutions la jalousie des empe* reurs contre les descendants de David, dont plusieurs étaient chrétiens et parmi lesquels on plaçait Jésus; la haine des puissants et des jurisconsultes, qui agissaient même sans ordre impérial ; les passions populaires, qui attribuaient tous les malheurs publics aux chrétiens ; les menées des philosophes, parmi lesquels on cite Gelse, Porphyre, Arrien, Fronton, Lucien, Philostrate; la dignité pontificale attribuée aux empereurs, qui leur imposait le de** voir de défendre le culte de TÉtat contre toute re* ligion non reconnue» Tous ces motifs, qui peuvent avoir existé en effet, sont secondaires* L'État romain ti*était point animé d'une aveugle rage contre
les chrétiens et les Juifs. La lettre de Pline le Jeune à Trajan prouve au contraire que l'administration romaine se tenait au courant de ce que faisaient les sectes nouvelles et comprenait leurs intentions. Je ne crois pas non plus qu'un personnage tel que l'empereur se préoccupât beaucoup des descendants de David, qui vivait dix siècles avant Auguste, et s'en montrât jaloux. Mais toute la société antique sentait que les doctrines nouvelles attaquaient les religions nationales, la propriété, la constitution romaine de la famille, tout cet ensemble de choses qu'on appelle l'ordre public et duquel dépend la sécurité des individus. Le zèle outré de quelques néophytes, prêchant ouvertement dans des lieux publics, bravant la police impériale et allant jusqu'à renverser les statues des dieux, venait de temps en temps soulever les vengeances populaires et abaisser sur les chrétiens le bras de la justice. Si de nos jours, sous prétexte d'idolâtrie, un homme appartenant à une secte même pure de mœurs et pleine de piété pénétrait dans une église, y troublait les cérémonies, renversait les statues du Christ, de la YiergO) de saint Joseph, des anges ou des saints, brisait les vases sacrés et jetait l'hostie aux vents, la justice ne le livrerait peut-être pas à la mort, mais elle lui infligerait les plus sévères punitions.