LÀ RECONCILIATION, CONSTANTIN
Gomment néanmoins Téglise romaine parvintelle à se réconcilier avec Tempire, dont elle était un si redoutable adversaire? Ce qui avait mis les chrétiens en suspicion et suscité contre eux tant de poursuites judiciaires, c'était leur hostilité envers les cultes de TÉtat et en même temps les principes communistes qui avaient présidé à leur organisation. A mesure que leurs églises s'accrurent, ils eurent moins besoin et par conséquent moins envie de lutter contre des dieux « qui s'en allaient; » d'autre part, comme nous l'avons observé, la communauté des biens disparaissait peu à peu de leurs associations. En même temps le mystère dont ils s'étaient entourés 3e laissait de mieux en mieux pénétrer ; on les trouvait chaque
jour moins dangereux. 11 leur fut possible de plaider publiquement leur cause et d'écrire des apologies. Après trois siècles de persévérance, de propagande secrète et de transformations intimes, ils -semblèrent réconciliés avec la société romaine. Un grand nombre de familles distinguées comptaient plusieurs membres parmi les chrétiens : telle était celle des Scipions; on vit que ni dans leurs biens, ni dans leur personne, elles n'avaient à souffrir de cette affiliation et que souvent la moralité et la dignité humaine s'en trouvaient mieux. Au quatrième siècle, les chrétiens remplissaient toutes les fonctions publiques. La révolution fut accomplie, le jour où un empereur chrétien monta sur le trône.
Nous n'avons pas à exposer ici ce que Constantin fit pour l'église chrétienne. Ce personnage à courte vue crut acquérir une grande force et consolider puissamment ses successeurs en la comblant de privilèges. 11 ne vit pas que Tévêque de Rome, une fois reconnu chef suprême de l'église latine, supérieur à tous les évoques, aurait entre les mains un pouvoir égal à celui de l'empereur et qu'un jour il couperait en deux les nations latines. 11 ne vit pas que le pape deviendrait le rival de l'empereur et manierait une arme plus redoutable que les autres
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dans les temps de foi, une arme spirituelle, invisible et présente partout.
A cette première faute Constantin en ajouta une autre, celle de conférer à l'église un pouvoir temporel légalement reconnu. Avec Constantin l'église romaine apparut au grand jour et Ton put voir quelles richesses elle avait accumulées durant trois siècles. Cependant cet empereur y ajouta des pensions impériales pour les membres du clergé et notamment pour révoque de Rome. Le trésor ecclésiastique s'accrut des biens des martyrs et confesseurs morts sans parents, biens qui avaient fait retour à l'État. Il s'enrichissait en outre des offrandes volontaires et des quêtes, qui constituaient la sportule ou la corbona ecclesiœ, des revenus produits par les immeubles et, bientôt après, des prémices des fruits et des dîmes.
A ces avantages d^éjà exorbitants d'une association, qui jadis avait été pauvre et secrète, s'ajoutèrent des privilèges : l'immunité des fonctions et honneurs publics, laquelle fut octroyée par Constantin, celle des charges onéreuses, qui le fut par Constance, Valentinien et Théodose, une juridiction spéciale indépendaïite de la justice séculière. C'est par là que Constantin et ses successeurs créèrent en réalité ce pouvoir temporel et privilégié
de Téglise latine, qui fut non-seulement maintenu, mais accru par les rois carlovingiens. Il faut bien entendre que le clergé en était le seul bénéficiaire direct et que les chrétiens laïques n'en retiraient que peu d'avantages apparents, si ce n'est celui d'exercer sans crainte leur religion. C'eût été beaucoup pour eux, sans doute, d*être civilement traités comme les payens; mais en réalité, du moment où l'empereur, qui était souverain pontife d'après la législation, fut un chrétien, le prosélytisme, qui n'a pas quitté un instant l'église romaine, le poussa à renverser Tancienne coutume, à remplir de chré- . tiens tous les postes de l'Étati à en exclure les payens, à délaisser les temples des dieux, qui peu à peu tombèrent en ruine, à entourer, le nouveau culte de pompe et splendeur. « Ydus êtes des dieux, disait Constantin aux évoques du concile de Nicée, et vous être constitués par le vrai Dieu. »
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