LES COUVKNTS, LE COMMUNISME
était arrivé dans les églises primitives : la pauvreté n'y fut plus en honneur, ou, pour mieux dire, chacun de leurs membres parut pauvre, en ce sens qu'il ne possédait rien en propre; mais les communautés acquirent des richesses qui allèrent croissant. En Occident, plus encore qu'en Orient, les couvents furent des associations communistes, exploitant des terres et des industries. L'apport de leurs membres constituait ou grossissait le capital social ; à cet avoir, les rois et les seigneurs ajoutaient des donations, des legs, des bénéfices. Les couvents devinrent personnes légales, pouvant acheter, vendre, hériter, ester en justice, rendre la justice, tenir des écoles, délivrer des brevets. Leur avoir alla croissant; plusieurs devinrent possesseurs de propriétés immenses, sur lesquelles travaillaient non-seulement des moines, mais aussi des manants et des villages entiers. Les plus grands seigneurs briguèrent l'honneur d'être mis à la tète de ces établissements ; beaucoup d'abbesses furent des dames issues des premières familles féodales. Quoique l'église et les couvents eussent suivi des voies différentes et que le clergé séculier se fût en grande partie dégagé des principes antisociaux sur lesquels se basaient les associations m nacales, les couvents ne formèrent pas unenou-
velle jsociété chrétienne en antagonisme avec Téglise. Depuis que saint Benoit, au commencement du neuvième siècle, avait réformé les ordres monastiques, leurs relations avec le clergé se trouvaient régularisées. Les couvents devenaient des centres d'étude, où se préparaient les recrues du clergé séculier. C'est eux qui fournissaient les prêtres, les curés, la plupart des dignitaires de l'Église et jusqu'à des papes.
En Orient, les relations du clergé et des couvents furent autrement conçues. En se mariant, en devenant pères de famille, les prêtres grecs répudiaient par cela même toute idée de communauté, vivaient de la vie ordinaire des citoyens et remplissaient simplement au milieu d'eux la fonction sacerdotale. On trouva toutefois des inconvénients pour l'église à remettre entre les mains d'hommes mariés une autorité aussi importante que celle d'évêqùe et l'usage s'établit de choisir les évêques, les archevêques et les patriarches parmi les moines. Les couvents de l'église orthodoxe sont encore en possession de ce privilège. Mais l'élément communiste, qui règne aussi bien dans les monastères de l'Orient que dans les communautés latines, est fort atténué dans celte église par le mariage des prêtres. Ce dernier usage a pour effet
LES COUVENTS, LE COMMUNISME. lOt
immédiat qu'aucune rupture ne se produit entre la société laïque et le clergé : le prêtre y est laïque par plus de la moitié de son existence et n'a aucun intérêt à soutenir des doctrines dont il serait victime au même titre que ses concitoyens; de plus il fait partie du monde par ses plus chères affections; enfin les laïques voient en lui un des leurs et non un étranger ou un ennemi, L'évêque, quoique sorti de monastères où l'idée de communauté est mise en pratique, n'aurait ni le pouvoir ni Toccasion de la transporter dans la société civile ou dans son clergé. De cette manière, Téglise grecque ne s'est point séparée de la nation ; elle fait corps avec elle et les influences communistes ne peuvent jouer dans l'une et l'autre qu'un rôle fort effacé.
Il n'en a pas été de même dans l'église latine. Le célibat n'est pas par lui-même un fait de communisme bien caractérisé ; la doctrine communiste moderne ne le recommande pas, mais, poussée dans ses conséquences, elle admet la communauté des femmes, qui est la destruction de la famille . D'autre part, entre le célibat et la promiscuité la distance est petite : supposons en effet que la loi institue le célibat comme doctrine d'État; comme il y a une force des choses qui empêche l'espèce
Digitizad by VjOOQIC
humaine de s'anéantir, la nature aura bientôt repris ses droits et, le mariage proscrit, la société tombera fatalement dans la promiscuité. Je veux croire que, malgré tant de voix accusatrices, les couvents d'hommes et de femmes n'en sont point venus à cette criminelle extrémité. Je veux croire que, malgré le trop fréquent voisinage et les communications faciles des couvents d'hommes et de femmes pendant des siècles, les uns et les autres sont toujours restés fidèles à la prescription de saint Paul: ne pouvant se marier, ils ont brûlé avec patience et enduré chastement leur brûlure. La nature a toujours été vaincue par la piété.
Mais le célibat a séparé nettement le prêtre séculier de la société laïque, a déplacé ses intérêts mondains, a éteint en lui, s'il est bon prêtre, les plus naturelles affections. Il l'a donc placé moralement et socialement dans des conditions analogues à celles où sont les mi)ines. Ainsi le célibat par une demi-communauté de principes et de situation, a ouvert le clergé- aux idées communistes, qui régnent dans les couvents, et l'a mis en antagonisme avec la société civile. C'est pourquoi il n'est pas nécessaire chez nous que les couvents fournirent au clergé ses évêques, ses archevêques et son chef suprême : le clergé est lui-même une