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LES DEUX ÉGLISES. III

vis de Rome. C'est ce que prouve l'histoire du patriarcat de Gonstantinople : Tévéque de Byzance dépendit pendant plus de trois siècles du métropolitain d'Héraclée en Thrace ; quand Constantin eut élevé Byzance au rôle de capitale et en eut fait Constantinople, cet évoque acquit une importance prépondérante. Au cinquième siècle, le concile de Chalcédoine le fît patriarche et lui donna juridiction sur TAsie, le Pont, la Thrace, avec soixantecinq métropoles et sept cents évêchés. Depuis ce temps, l'autorité du patriarche de Constantinople cessa de s'accroître, mais s'affirma définitivement au neuvième siècle, lors du schisme de Photius, A cette époque, l'église. romaine avait elle-même son organisation complète ; la papauté s'acheminait rapidement vers son point culminant, vers cette unité théocratique qui devait envelopper jusqu'aux royautés.

On peut dater, non pas seulement de Boniface VIII, mais d'Innocent III, la décadence de la papauté .temporelle ; car elle ne se maintint que bien peu d'années à.son point le plus élevé. Si, plus tard, les relations de l'église latine avec les souverains de l'Europe allèrent s'altérant de jour en jour, son état intérieur offrait toujours les mêmes éléments et c'est sa perpétuité d'organisation in-

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lia LE GATUOLIGISME CONTEMPORAIN.

lime qui a prolongé sa durée jusqu*à nous. Nous avons vu précédemment que cBs éléments essentiels étaient au nombre de trois : les fidèles, le clergé et les ordres monastiques. La distinction des fidèles et des prêtres datait de Torigine du christianisme et se rencontrait en Orient comme en Occident. L'église latine y avait seulement ajouté le célibat des prêtres, ce qui avait établi entre le clergé et les laïques une barrière plus haute et une véritable séparation. Les laïques renoncèrent-ils^ deux-mômes, par un désistement spontané, à Télection de leurs prêtres, ou en furent-ils dépouillés par Tautorité cléricale? 11 est certain du moins qu'à partir du jour oh le clergé se recruta librement et sans rintervention des fidèles, Téglise forma une oligarchie, d'oîi le .principe électif ne devait pas tarder à disparaître. C'est ce qui arriva quand les •évêques latins eurent reconnu la suprématie du pape et tinrent de lui leur double pouvoir ; Toligar- •chie des premiers siècles se transforma peu à peu «n monarchie. Cette monarchie théocratique prit à son. tour un caractère absolu, quand le pape revendiqua pour lui seul Tinvestiture des évêques et leur interdit de recevoir aucun bénéfice des mains d'un prince temporel. Cet acte fut accompli par Grégoire VII, dans la seconde moitié du onzième siècle.

Je laisse de côté pour un moment les orages dont cette exaltation de la puissance papale remplit TEurope pendant plusieurs centaines d'années et le moyen, devenu vulgaire, employé alors par les papes pour détourner l'attention des chrétiens vers le dehors. Cette politique n'était pas usée à cette époque comme elle l'est aujourd'hui : les croisades aidèrent la papauté à maintenir son absolutisme universel, tant que les rois, les seigneurs et les peuples ne se sentirent pas trop épuisés par ces expéditions ruineuses. La lutte entre la papauté et l'autorité temporelle des souverains recommença aussitôt après ; elle ne s'arrêta plus et nous en voyons le dernier acte se dérouler sous no& yeux.

ESPRIT ANTIDEMOCRATIQUE.

Jamais Téglise chrétienne n'a constitué une démocratie. Les disciples de Jésus s'étaient groupés autour de lui, attirés et retenus par son ascendant. Ils devinrent à leur tour chefs des associations chrétiennes, autorisés non par elles, mais par lui, et c'est eux qui, sur la présentation des laïques, conféraient aux évoques et aux prêtres un pouvoir ecclésiastique analogue au leur. A aucune époque, les laïques n'ont eu pour mission de faire des prêtres' ou des évoques, c'est-à-dire de leur donner une portion quelconque du pouvoir spirituel, qui constitue le sacerdoce chrétien. Dans les monarchies héréditaires, l'autorité laïque est représentée par le roi ou par les magistrats auxquels le roi délègue ses pouvoirs. Dans les États démocratiques,

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qui procèdent par Télection, Tinverse a lieu ; c'est le peuple qui délègue son autorité à ses chefs, afin qu'ils en usent suivant des règles déterminées par la loi. Or dans les monarchies, comme dans les républiques, l'église a pu reconnaître au souverain temporel le droit de lui présenter les évoques, mais non celui de les instituer. Le pape investit les évoques et les évoques investissent les prêtres. Il en résulte que, si le pape refuse d'investir un évêque nommé par l'autorité laïque, cet évêque ne peut exercer ses fonctions spirituelles. Si les deux pouvoirs persistent, l'évêché resté veuf, les prêtres manquants ne sont pas remplacés et une portion de l'église est privée des sacrements. Cette extrémité s'est présentée plusieurs fois dans la suite des siècles et récemment encore en Italie.

C'est une des preuves les plus évidentes que tout principe démocratique est banni de l'église romaine. Quoique Jésus ait dit : « partout oh vous serez plusieurs. réunis en mon nom, je serai avec vous, » l'église n'a jamais vu dans ces paroles un principe de cette nature, elle les a appliquées uniquement aux évêques et s'est fondée sur elles pour constituer ses conciles. Si, à un moment quelconque de Thistoire, la parole de Jésus eût été prise dans toute son extension, et que les laïques

eussent été admis à choisir eux-mêmes leurs chefs spirituels, jamais cette privation des sacrements n*eût pu se produire ; la fonction sacerdotale aurait toujours été remplie. Mais en même temps l'autorité des évêques, telle qu'elle est conçue aujourd'hui, aurait été annulée; celle du pape, qui est le premier parmi eux, se serait écroulée avec la leur: Tunité de Féglise aurait peut-être disparu, et une immense révolution se serait produite dans tout l'Occident. -

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