‹ Le catholicisme contemporainChapitre 29 sur 94 · EXCLUSION DES LAÏQUES · texte numérisé non relu

EXCLUSION DES LAÏQUES

et censarés par le confesseur, conseillés par le directeur de conscience. Si le laïque accepte ces directions et se soumet en bon chrétien catholique à Tautorité que le clergé romain s'est attribuée dans la suite des temps,il perd toute initiative personnelle et tombe dans le plus entier asservissement. Ainsi le recrutement du clergé latin, en constituant dans réglise une oligarchie théocratique, a profondément divisé les chrétiens en deux classes, celle qui commande ou dirige et celle qui obéit. Le maintien exclusif de la langue latine dans la liturgie et même dans renseignement ecclésiastique a creusé davantage encore la démarcation. Dans les premiers temps de Téglise, le service divin se faisait dans la langue vulgaire pour chaque pays, en grec, en copte, en arménien, en langue besse, en langue éthiopienne ; le latin était employé dans la province romaine d'Afrique, dans les Gaules, l'Espagne et l'IUyrie; l'esclavon était encore en usage au neuvième siècle. Tant que dura la société romaine, les fidèles comprirent le langage de leurs pontifes, qui était le leur ou celui de leurs administrations. Mais quand les peuples du Nord eurent envahi l'Occident, supprimé les fonctionnaires impériaux, soumis ou détruit des populations accoutumées à la langue latine, .la

religion chrétienne, en s'imposant à eux, n'adopta point leurs langues et garda la sienne.

Nous n'avons pas à exposer ici le compromis qui se produisit spontanément entre le latin et les langues des peuples barbares, ni comment en sortirent les langues modernes. Disons seulement que le clergé romain résista moins qu*il ne Tavait voulu à l'influence des langues vulgaires et qu'il y eut un moment oh le latin dont il faisait usage était extrêmement défiguré. Toutefois deux causes principales contribuèrent à maintenir, dans les offices et dans les actes de l'autorité ecclésiastique, un latin moins éloigné de la langue des anciens Romains : la plus grande partie de la liturgie catholique est antérieure à la barbarie du moyen âge, et ce qui plus tard y fut ajouté ou changé fut l'œuvre des membres les plus instruits du clergé.

Tandis que ce dernier continuait d'officier, d'enseigner et de discuter en latin, les langues modernes se perfectionnaient çt devenaient à' la fois des langues populaires bien faites et des organes littéraires. Elles ne conservaient plus du latin que des racines et des formes profondément altérées; en outre, l'esprit analytique, qui est par excellence l'esprit moderne, présidait à toutes leurs transformations et les éloignait de plus en plus de

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leur origine. L'église romaine crut démontrer sa puissance et sa perpétuité en maintenant chez elle l'usage exclusif de la langue latine. Elle ne réussit réellement qu'à s'isoler davantage et à se rendre encore plus impénétrable au commun des fidèles.

Le cpntraste fut grand entre elle et les peuples de l'Europe; il le fut surtout pour les peuples germaniques, parvenus plus tard que les autres à la civilisation et dont les langues avaient à peine éprouvé l'influence du latin. Il vint un temps où le clergé parut si différent du peuple, que le nom même d'^^ftse ne désigna plus l'assemblée des fidèles, mais seulement le clergé sans les laïques.

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