‹ Le catholicisme contemporainChapitre 31 sur 94 · L EDUCATION DU PRÊTRE · texte numérisé non relu

L EDUCATION DU PRÊTRE

Deux caractères dominent dans Téducation deà séminaires et des autres écoles de cléricature : la préparation au célibat et l'exclusion de toute connaissance, de toute idée capable d'ébranler la foi catholique. Pour obtenir le premier résultat, l'étudiant est autant que possible séparé du monde extérieur, surtout de la société des femmes; toute relation avec l'autre sexe est présentée comme une souillure ; les sentiments^ les tentations, que la nature éveille à cet âge avec tant d'énergie, ne pouvant être totalement éteints, sont détournés de leur voie naturelle et portés vers des êtres idéaux, vers des conceptions d'une nature mythologique, au moyen desquelles le mysticisme est mis à la place des instincts sociaux, le rêve à la place de la réalité.

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Quant à la foi catholique, elle a été définie par les conciles, notamment par le concile de Trente au seizième siècle, et son esprit a été dévoilé sans détour par les deux écrits pontificaux de i^6^. L'enseignement ecclésiastique est conçu comme une préparation à la lutte contre Tesprit de recherche et d'examen, c'est-à-dire contre la science. Déjà les premiers promoteurs du christianisme, Jésus, ses disciples immédiats et Paul, avaient représenté les productions de l'esprit humain comme inutiles et puériles, sinon comme pernicieuses. Cependant, à mesure que les églises avaient grandi, ce dédain systématique avait été en diminuant. On avait compris que , pour tenir tête à la science et aux lettres grecques et latines, il était bon den^ être pas étranger; à* la philosophie alexandrine les docteurs de l'église avaient opposé une autre philosophie; au quatrième siècle, saint Basire avaît jugé que l'étude des auteurs profanes était une utile préparation aux études chrétiennes. Pendaiït tout le moyen âge, l'enseignement de ce qu'on nommait encore les sciences et les lettres fût, en Occident, presque tout entier entre les mains du clergé, au point que le mot clerc devint synonyme de savant.

Mais les temps modernes ont vu naître des scien-

ces nouvelles que les anciens avaient ignorées et dont l'enseignement ecclésiastique ne fournissait ni la base ni la méthode. Il s'établit entre elles et la doctrine catholique un antagonisme qui éclata dès le premier jour et se manifesta par des excommunications et des actes de violence, tant que réglise fut assez puissante pour les exercer. La décadence de la papauté, le progrès dés connaissances nouvelles et les avantages de tout genre qu'elles procuraient aux hommes, ôlèrent ce pouvoir à Téglise et la forcèrent à se contenir. Toutefois ni les tendances générales du catholicisme, ni les conditions de son existence, ni les obligations imposées au prêtre n'avaient changé. L'instruction donnée dans les séminaires fut donc, après nos révolutions, ce qu'elle avait été auparavant,' c'est-à-dire scolastique, étrangère à l'esprit du siècle et, dans son ensemble comme dans ses principes, hostile au développement spontané des connaissances humaines.

Le SyllabuSy qui en est. désormais la base, anathématise la raison humaine (3), lui interdit l'étude, môme historique, des dogmes religieux (9) et lui ordonne de n'emprunter ses principes et ses méthodes qu'à la scolastique (13). En même temps il impose aux professeurs et aux écrivains

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catholiques une entière soumission aux définitions, de l'église, c'est-à-dire du pape, maintenant infaillible, non-seulement en matière de foi, mais en toute autre matière (12). Il attribue au pouvoir ecclésiastique le droit exclusif de diriger les études théologiques (33). Il refuse à l'autorité civile le droit de s'immiscer dans la direction ou la discipline des écoles publiques, même autres que les séminaires ; il revendique, au contraire, pour l'autorité ecclésiastique, l'intervention dans ces écoles, leur direction, leur discipline, le choix des maîtres et la collation des grades (45). Enfin, après avoir affirmé l'origine divine du pouvoir temporel de l'église et son indépendance vis-à-vis des États, il déclare anathème quiconque admet, dans un État une autre religion que la religion catholique et ne fait pas profession d'intolérance (77).

Voilà quelques-unes des doctrines que les derniers écrits de la cour de Rome ont proclamées et ont données pour fondement à l'éducation du prêtre. Il en est nourri pendant le cours de ses études. L'hiver dernier au cours de théologie de la Sorbone, j'ai entendu professer que l'église a nonseulement le droit, mais aussi le devoir d'être intolérante. Ainsi ce fils du peuple, que la naïveté de ses impressions enfantines avait amené au sé-

. minaire, y entre avec la pensée de devenir un ministre de Dieu et un interprète admiré des vérités divines. Il en sort avec un ensemble d*idées qui sont le contre-^ied de ce qu'admettent les sociétés modernes, la négation des faits historiques les plus avérés et des droits les mieux établis.

Il devient sous-diacre, puis diacre, puis enfin prêtre; quand les mains de l'évoque ont été imposées sur lui, quand les siennes ont été frottées avec l'huile de l'onction, ce n'est plus un simple apôtre de morale et de paix, c'est un athlète enduit pour le combat. Au temps où le prêtre avait devant lui la vieille société gréco-romainç, tombée en décadence et assez semblable au portrait de hauts tons qu'en a tracé l'auteur de l'Apocalypse, on comprend que des pensées belliqueuses exaltassent son intelligence et son cœur : c'était cette « guerre » et ces coups «d'épée, » qu'avait annoncés Jésus.

Mais notre société n'est ni païenne ni corrompue ; nos lois ne sont ni injustes ni oppressives ; elles n'empêchent aucun homme d'exercer sa religion, de la défendre par la parole et par la plume; et quand une d'elles ne répond plus aux besoins légitimes du temps, elle peut être améliorée ou abolie. Nos lois n'ont rien plus à cœur que d'assurer à chacun la jouissance de sa propriété,.

l'éducation du prêtre. \ki

de protéger la sainteté de la vie domestique, de maintenir la paix dans les âmes et le repos dans les cités. Pourquoi donc cette mission de guerre à tous les points de contact, donnée aux prêtres de l'église romaine? Pourquoi cette expédition d'une armée en pays ami? La suite des choses explique assez comment cette guerre a pu naître dans l'église latine, tandis que l'église d'Orient jouit de la paix la plus profonde. Mais nous verrons tout à l'heure comment le mal a pu passer, en quelque sorte, à l'état aigu où nous le voyons et quel est le principe morbide qui l'a si foi*t envenimé avec le temps.

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L ULTRAMONTANISMîT.

Ce qui vient d'être dit montre déjà combien la condition du prêtre catholique est fâcheuse, au temps où nous vivons. S'il avait quelque initiative possible, s'il lui était donné d'échapper, au moins pour une part, aux injonctions de la cour de Rome ou plutôt du pape, maître absolu de l'église, il aurait peut-être quelque moyen de faire sa paix avec la société laïque. Autr'efois la Sorbonne, en France, était un point d'appui contre l'absolutisme romain ; en général, les facultés de théologie exerçaient sur le clergé français une influence libératrice, due à l'indépendance de leur situation, au savoir de leurs docteurs, aux doctrines gallicanes qu'elles enseignaient et à la part qu'elles prenaient dans la préparation des jeunes prêtres. Elles ont

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presque tout perdu depuis le rétablissement du clergé dissous par la Révolution. Les périls que TégUse avait courus lui firent penser qu'elle devait concentrer ses forces et donner à tous ses représentants Tunité d'esprit qui leur avait manqué. Les efforts de la cour de Rome se portèrent d'abord sur répiscopat. Elle profita des facilités que lui donnait la Restauration pour multiplier le nombre des évêques ultramontains. La faiblesse du gouvernement de Louis-Philippe lui permit de poursuivre le même système. Elle compléta sous le second Empire son personnel épiscopal. A l'époque où fut tenu le concile de Rome, il n'y avait plus en France qu'un ou deux évêques qui n'eussent pas compris ou qui n'admissent pas la politique romaine : ils en ont depuis lors été punis.

Il n'y avait plus en France, eh dehors de l'épiscopat, que les facultés de théologie, où d'anciens docteurs tinssent encore pour lès libertés gallicanes. Il ne fut pas difficile de les réduire à l'impuissance. Pour nommer de nouveaux prêtres aux fonctions ecclésiastiques, tout en se conformant aux règles du Concordat, les évêques n'attribuèrent plus aucune valeur aux diplômes des Facultés ; ils les virent au contraire d'un mauvais œil et les tinrent pour une fâcheuse recommandation. En même

KV LE GATUQLI.QLS1GE CONTEMPORAIN.

lesnp») il» créèrent auprès de leur propre personne des commisfiionad^axamen formées par eux et qui n'admirent aux fonctions^ ecclésiastiques que les candidats* ultramontains. Ceux qui ne parurent poii^t assez soumis owqui montrèrent quelque tendance à penser par euKrmèmes furent éliminés. Les lettres) délivrées parles commissions remplaoèrentles^diplômes^ des Facultés. Ainsi les vicariats et les cures se Remplirent promptement de prêtres uUramontainS'^ dévoués* à Tautorité pontificale et par oela même en antagonisme avec la société laïque; Les évoques furent maîtres de leur clergé, qpi leur obéit conune des capitaines obéissent à leur colonels. On trouFeraitI difficilement, aujourd'hui^, un pnètoe, sau^out parmi les plus jeunes, pour qui. l8& articles' dki Syllabus et les doctrines de l'encyclique, ne soient pas^ autant de vérités et qui, eni entranttda séminmre dans la vie réelle, ne s'é^ tonnaidelËB^y voir partout contredits et repousséta».

lp: prêtre da.xs Lk mondh.

C'est alors seulement que ses yeux commencent à s'ouvrir et que la triste réalité fait pla^e aux rêves dont son mysticisme juvénile s'était bercé. Il a fait le sacrifice de ses plus légitimes affections; il a renoncé aux joies de la famille; il a fait taire en lui le désir qu'a tout homme de revivre dans ses enfants. Il a pris la résolution de ne plus penser par lui-même, d'éteindre dans son esprit toute aspiration vers ces vérités qae dévoile à l'homme de science l'étude de la nature et de la philosophie. Gomme il a mis à l'écart ces études fécondes, qui ont tant contribué à l'élévation de la pensée moderne et à l'amélioration de la vie, de ce côté encore il s'est condamné à la stérilité. Et par quoi tous ces sacrifices sont-ils récompensés? Par une

lutte aussi stérile que ces sacrifices eux-mêmes, par une action morale qui va diminuant de jour en jour, souvent par un état de suspicion, où les doctrines de ses chefs suprêmes Tout placé. Gepen^ dant il voit à ses côtés, souvent dans le môme village, ses compagnons. d*enfance devenus hommes, mariés, pères de famille, vivant heureusement etsans contrainte dans la société des femmes, pratiquant les vertus qui font l'honnête homme et le bon citoyen, estimés de tous et exempts de péché, quoique repoussant loin d'eux les doctrines romaines que lui seul au village est chargé de défendre. La vue de sa solitude lui est à charge. Et si quelqu'un, arrivant de pays éloignés, lui raconte qu'il y a vu des églises chrétiennes, où les prêtres sont d'honnêtes chefs de famille, libres, dans leurs pensées comme dans ieur condition, aimés de leurs concitoyens, et participant à la vie commune^ les plus sombres réflexions envahis* sent cette âme que les illusions déçues ont dévastée. 11 ne lui reste plus pour employer les forces de son esprit, pour satisfaire le besoin d'action engendré par l'étude, qu'à soutenir la lutte à la* quelle l'autorité dont il dépend l'a condamné. Beaucoup de prêtres, surtout parmi les jeunes, sont entraînés à lancer des paroles de blâme con-

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