‹ Le catholicisme contemporainChapitre 33 sur 94 · LE PRETRE DANS LE MONDE · texte numérisé non relu

LE PRETRE DANS LE MONDE

convention était appliquée dans sa lettre, tous les prêtres seraient obligés de prononcer la formule du serment qu'elle renferme; mais, sans subir cette contrainte, ils n'ignorent pas que la loi oblige tous les citoyens, même ceux qui ne l'ont point jurée. Or l'écrit papal de 1864 est la négation la plus absolue des droits de l'État, énoncés dans les Concordats. C'est donc une déclaration de guerre à la puissance publique, c'est-à-dire à toute la partie laïque de la société chrétienne, aussi bien qu'aux églises dissidentes; L'organe immédiat du pape, c'est révêque, qui: est en même temps le supérieur immédiat du prêtre. Ainsi le prêtre est dans la nécessité d'obéir à la fois à deux autorités contradictoires. Beaucoup de raisons le poussent à suivre l'impulsion venue de Rome, plutôt que l'autre : son éducation cléricale, sa dépendance vis-à-vis de l'évêque, l'idée plus ou moins juste qu'il se fait de sa •mission, et, par-dessus tout, l'opinion que les fidèles ne sont pas les interprètes légitimes des paroles du Christ et que le clergé seul a autorité pour en définir le sens. •

Une autre cause accroît l'antagonisme que ces déclarations contraires et le point de vue exclusif où s'est placée l'Église ont suscité. Aujourd'hui les États catholiques ou du moins la plupart d'entre

eux ne fondent leurs constitutions et leurs lois ni sur les Concordats, ni sur les textes du Nouveau Testament; ils ne reconnaissent pas d'autre autorité que celle de la raison., autorité que le Syllabus a condamnée. Si le prêtre accepte la loi, il se déclare rationnàliste et se met en hostilité avec les chefs de TÉglise.. S'il obéit aux injonctions pontificales, il devient ennemi de la loi et ne peut plus que condamner la raison humaine, d'où elle émane. Mais comme tout le développement de la civilisation moderne est l'œuvre de la raison et n'emprunte rien à l'Église, le prêtre est mis par le rescrit pontifical dans un état de lutte avec toute la civilisation. Vainement l'auteur du Syllabus déclare-t-il que les principes de l'Église sont en harmonie avec les besoins de notre époque, et que sa doctrine est favorable au bien et à la prospérité de la société humaine : le seul article 40, par lequel il condamne l'autorité du suffrage, est' la négation de ce qu'il affirn^e et la preuve que la société humaine pense autrement que lui. 11 n'est donc pas un prêtre qui ne sente dans quelle alternative sa condition l'a placé : à moins que se contentant d'enseigner et de pratiquer la morale, il ne se retire, par un acte volontaire, d'un combat qu'il n'avait pas prévu. Mais alors, tout en restant chrétien respectable et

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