LE PRÊTRE DANS LE MONDE
utile, il cesse d'être véritablement catholique romain ; car il n'accomplit pas les ordres du successeur de saint Pierre. Si cette tiédeur à l'égard de Rome n'était pas l'état d'esprit où un grand nombre de prêtres sont heureusement parvenus, la contradiction entre les principes romains et ceux de la société laïque est si grande, que la lutté entre le clergé et le peuple deviendrait une guerre acharnée et dépasserait en violence tout "ce que le moyen âge a souffert.
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Nous avons vu comment Vinterprétation étroite des paroles de Jésus avait suscité, dès l'origine, la séparation du clergé et des laïques. Nous avons aussi dégagé les causes qui firent naître de cette séparation une sorte d'oligarchie cléricale, devenue plus tard en Occident une monarchie théocratique. La force énorme et les moyens d'action dont disposait le clergé romain lui permirent longtemps de maintenir les laïques dans un état de sujétion. Quand le peuple eut acquis des richesses et des lumières et que l'esprit communal commença à se rafontrer en Europe, l'ancienne soumission ne tarda pas à décroître et l'on vit, sur un grand nombre de points, les laïques réagir contre l'autorité cléricale et aspirer à s'en affranchir. C'est alors que l'Église
SITUATION DE Ï^'ÉVÊQUE. l.'iS
dirigea contre Tesprit moderne, qui commençait h ' poindre, ces actes de répression violente et souvent sanglante, que l'histoire raconte ; ils ont duré des siècles ; ils ont laissé bien loin derrière eux les anciennes persécutions. Nous n'en parlons point ici^ à cause de l'odieux qui s'y attache et parce que nous avons la ferme résolution d'éviter tout ce qui, en soulevant des passions, même légitimes, pourrait offusquer la vérité. Je laisse aussi à l'écart les représailles exercées par lés révolutions, et je ne fais allusion à toutes ces anciennes calamités. que pour constater de nouveau l'antagonisme qui, dans l'église romaine^ sépare le clergé des laïques.
11 était né d'une pensée initiale, interprétée d'une certaine manière, puis, par des phases dir verses, il s'était propagé à travers les siècles et avait introduit dans les sociétés occidentales cette incohérence de principes et d'idées, dont elles souffrent encore aujourd'hui. A la naissance des religions, ce sont les initiateurs qui font l'institution; dans la suite, c'est l'institution qui fait les pontifes; le caractère qu'elle leur imprime net d'autant plus marqué qu'ils sont eux-mêmes plus haut placés dans la hiérarchie. C'est pourquoi l'antagonisme dont nous parlons se concenlre et se personnifie pour ainsi dire dans les évêques.
Comme le fait est patent, qu'il est avoué, qu'il est proclamé, nous n'avons aucun scrupule à le consigner ici, ni à décrire la situation où il place les dignitaires de l'Église, au milieu de la catholicité. Si les prêtres souffrent, l'évêque réunit en lui toutes leurs souffrances; si le clergé à des torts, l'évoque prend sur lui seul la responsabilité de tous. C'est donc aussi contre lui, bien plus que contre les curés et les prêtres, que les mesures prises par les souverains laïques ont été dirigées.
Il est à remarquer que ce sont uniquement des mesures de précaution, des moyens de défense, et que les législations modernes ne contiennent aucune attaque contre le clergé ou contre l'épiscopat. Il est arrivé de nos jours que des États ont revendiqué, même par la force, des droits que, selon eux, l'Église avait usurpés. Mais toute personne, regardant du dehors, c'est-à-dire comme un spectateur impartial et non comme un acteur du drame, reconnaîtra que la puissance séculière se tient toujours sur la défensive, et n'attente jamais auR droits conférés à l'Église par les conventions. Seulement il lui arrive quelquefois d'être forcée de défendre les siens contre les attaques de l'esprit clérical.