LE PAPK ET LA LOI
ordres, ses réprobations, ses condamnations et ses proscriptions, » il a le droit d'employer la force (24) et d'user de ce pouvoir temporel « direct ou indirect )) qu'il a reçu de Dieu. .
Gomme conséquence de ces principes, où le lecteur reconnaîtra facilement la théocratie, telle qu'elle a été dans tous les temps. Pie IX réclame la liberté absolue de ses relations avec les évêques et les fidèles, le rétablissement de la juridiction ecclésiastique, même pour les affairesJ,emporelles, autrement dit l'inquisition, la suppression de toute intervention de l'État dans les affaires de l'Église, la prohibition de toute Église nationale ou autre, l'exemption du service militaire pour les clercs, là où il existé, l'enseignement à tous les degrés, la réforme dans le sens clérical de tout enseignement laïque, le maintien du mariage indissoluble, la prédominance du mariage religieux sur le mariage civil, et il proclame de droit divin le célibat des prêtres et l'existence des ordres religieux.
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IMPUISSANCE DJU PAPE.
Nous n'avons pas besoin de faire remarquer que toutes ces revendications, ou peu s'en faut, sont en contradiction avec le droit public des nations modernes. Il a pu, il pourra encore se produire certains concours de circonstances, où la vigilance laïque semblera sommeiller et où quelque portion de ces privilèges sera recouvrée par le souverain pontife. Mais n'y â-t-il pas cent raisons de penser que ces reprises seront toujours de courte durée, et qu'à l'usage on se convaincra qu'elles doivent par prudence être arrêtées pour jamais? Les déclarations qiii viennent d'être résumées n'auront servi en réalité qu'à rapprocher ce moment suprême, qui ne paraît pas fort éloigné. Plus les laïques se sentiront atteints dans leurs droits naturels.
. IMPUISSANCE !)C PAPE. l79
dans leur dignité d'homme et dans l'avenir de leurs familles, par les doctrines de la cour de Rome, plus ils seront près de faire le nécessaire pour les rendre impuissantes.
En effet, peu de temps après avoir dénoncé sa propre politique, le pape perdait déjà sa capitale qui devenait celle de l'Italie ; réduit à son autorité spirituelle, il voyait fuir dans le pays des songes ce rétablissement d'une force aripée et d'une juridiction universelle, qu'il avait rêvé. En même temps, beaucoup de chrétiens, plus attachés à leur religion qu'à leur église, trouvaient fâcheux pour le christianisme que le clergé latin fût ainsi mis en suspicion par son chef et condamné par une autorité impeccable à soutenir des doctrines qu'ils réprouvaient. Ce lieiji que les déclarations de Rome s'efforçaient d'établir entre la religion et la théo;cratie, entraînait l'une à la suite de l'autre. Une foule d'àmes pieuses quittèrent la cause du pape et de l'Église, du moment où elles la virent indissolublement attachée à ce qu'on a nommé « le gouvernement des prêtres ». Ainsi l'exagération du principe produisait sur les esprits le contraire de ce qu'on avait attendu ; et, pour vouloir tout reprendre, on hâtait l'heure où l'on pourrait tout perdre.
La France est depuis longtemps armée par sa législation contre les empiétements de la cour de Rome; pour les arrêter et retourner Tarme contre ceux qui la lancent, il lui suffira d^appliquer ses lois ; elle les appliquera, quand elle jugera qu'il en est temps. L'Italie s'arme à son tour et fait la laides garanties, L'Autriche a manifesté depuis longtemps la volante qu'elle a de maintenir son indépendance. Quant à l'Espagne, elle n'est pas désarmée, mais elle vit en elle-même et se contente de répondre que « ce. sont des questions internationales et qu'elle ne se croit pas en droit de prendre à elle seule des décisions ».
Il est certain qu'au point de civilisation où l'Europe est.parvenue, si un des gouvernements catholiques venait à céder aux réclamations du pape et à s'acheminer ainsi vers la théocratie, le peuple ne le tolérerait pas longtemps et, soit par le suffrage, soit violemment, le renverserait. Il j a peu de chances que le pouvoii* du pape puisse profiter des révolutions ; car celles qui se sont faites depuis plusieurs siècles dans diverses contrées de l'Europe ont eu pour effet de le diminuer; ou bien elles ont été promptement suivies de retoiirs qui lui ont été défavorables. Une marche constante vefs l'affranchissement de la pensée est ce qui caractérise le