LA MORT
tous assisté et que Téglise désigne sous le nom « d'office des morts ». Us y verront qu'au jour du jugement, celui dont le corps est là, devant eux, sera réveillé par une trompette. L'effroi saisira les ressuscites ; suppliants et tremblants, ils balbutieront la fameuse prière qui commence par les mots : a Délivre-moi, Seigneur. » Alors on apportera, Rêvant ce roi de terreur, des livres d'après lesquels ils seront jugés. Leurs œuvres ne suffiront pas pour, les défendre, ceux-là seuls seront sauvés, «quiau-. ront porté le signe de la sainte Trinité », et ils le seront « gratis ». C'est ce que le prêtre annonce, au moment où il se tient debout à la tête du cercueil. Puis on entonne cet effroyable chant du Dies irœ^ composé au quinzième siècle par Thomas de Gelano, ce chant où est décrit dans toute son horreur le cérémonial du jugement, et où semblent s'être • concentrées toutes les terreurs du moyen âge. Le malheureux qui n'a pu obtenir sa grâce s'en va, pour ne plus revenir, sous là terre ténébreuse, dans un lieu nommé Tartare. Il y entre par une porte qui se referme sur lui. Perdu au milieu d'une éternelle horreur, il tombe dans un lac, dans un profond marais, qui l'engloutit. Ou bien; livré aux princes des ténèbres, il est consumer par des flammes et par une lumière dévorante.
Telles sont les paroles que Téglise prononce sur nous, en les entrecoupant de chants lugubres, au moment où elle va laisser notre dépouille à la terre. Du reste, pas un mot de consolation, ni d'espoir. Quiconque ne lui est pas fidèle est averti, sans ambages comme sans pitié, du sort qui l'attend à son dernier jour. Il y a certainement beaucoup de mythologie dans ces derniers tableaux du drame de la vie. Mais la certitude oîi nous sommes de finir et l'ignorance de ce qui suivra préviennent notre imagination. Les moins crédules sortent de ces cérémonies dans la disposition d'esprit où nous laisse un drame de Sophocle ou d'Eschyle, avec cette différence que, dans celui qui se joue, nous sommes nous-mêmes, non les acteurs, mais les personnages intéressés. On a donc raison de dire que la foi ne se compose pas seulement de notions théologiques et de règles de vie, mais aussi de terreur et d'espérance. L'église catholique n'a jamais rien négligé de ce qui peut inspirer l'une ou l'autre ; car c'est en s'adressant au sentiment, plutôt qu'à l'esprit, qu'elle parvient à maintenir la foi et à consolider son empire .