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LA PRÉDICATION

lièrement dans toutes les églises paroissiales aux jours de dimanche et de fêtes. On fait en outre des instructions orales à certaines classes de personnes, aux hommes mariés, aux femmes^ aux jeunes filles, aux étudiants des nouvelles universités. On prêche aussi dans les couvents, soit pour les religieux des deux sexes qui les habitent, soit pour le public. Les cérémonies extraordinaires ou privées^ comme la première communion, les mariages, quelquefois même les funérailles, sont autant d'occasions de prendre la parole et d'attirer les âmes à làfoî. *

Une matière extrêmement variée est offerte à l'orateur : outre les préceptes de morale dont les évangiles^ ont donné les formules, il peut interpréter et utiliser toute la légende de Jésus et de sa famille, dont le rite annuel est le développement dramatique. L'histoire des apôtres, celle des saints, des docteurs, des fondateurs d'ordres religieux, de ces ordres eux-mêmes et d'une foule de per- • sonnages fameux qui ont été les soutiens ou les ennemis de l'Église, est une mine inépuisable pour le prédicateur ; elle lui fournit les prétextes les plus naturels de parler en faveur de, la religion, et de rappeler à elle, par des exemples, lésâmes qui s'en éloignent.

La métaphysique offrirait aux orateurs de la chaire un vaste champ, qui pourrait être exploité ; mais ce terrain est devenu dangereux, depuis que la philososophie s'y est exercée, et surtout depuis que les sciences positives fournissent aux théories abstraites des éléments nouveaux, que les religions peuvent difficilement s'incorporer. Aussi n'est-il presque jamais question de métaphysique dans les discours et les instructioire ecclésiastiques.

L'histoire au contraire peut fournir des matériaux abondants, dont les orateurs, catholiques essaient souvent de tirer parti. En effet, depuis bientôt dix-neuf siècles, l'église est mêlée aux événements liumains : elle a traversé des périodes de luttes; elle a eu ses triomphes, elle a exercé sur les chefs des États, sur des classes entières de la société et sur la marche des faits, une influence, qu'il est possible de faire ressortir. En outre, l'histoire a l'avantage d'être un procès toujours ouvert, où les parties adverses trouvent toujours des avocats pour les défendre. Ce procès, nous y sommes nous-mêmes engagés et nous le .continuons. Un plaideur habile, qui sait interpréter les faits à son avantage, peut donner à sa cause un air de vraisemblance, qui nous séduit et nous range de son côté. On en vient aux temps modernes et à l'his-

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toire contemporaine ; on montre combien, de nos jours, la foi catholique a d'ennemis à vaincre et d'assauts à repousser; on dépeint les sociétés modernes, renonçant à toute religion quand elles se séparent de l'Église, et, par la voie de l'impiété, courant aux abîmes. On dénonce la fausseté de leurs principes, le vice de leurs institutions. On fait sentir le mal qu'elles se font à elles-mêmes et tes dangers auxquels elles s'exposent, en se séparant de 1 eur guide légitime, qui est l'Église, en ne la défendant pas, en la livrant en proie à ses ennemis. Ainsi la prédication prend une forme militante, qui partage les laïques en deux camps; et si elle n'augmente pas le nombre des partisans de l'église romaine, elle a du moins pour effet de ranimer le zèle et la confiance de ses défenseurs.

T.T:S FRICREv'^ PUl^CHEURS.

La prédication, qui, dès le temps des apôtres et même de Jésus, recrutait des amis pour l'église parmi ceux que l'état présent des choses ne satisfaisait pas, emploie de nouveau ks mômes moyens et en attend d'heureux effets. Toutefois le prêtre séculier, le curé ou son vicaire, surtout dans les petites villes et les campagnes, n'est pas toujours orateur, et souvent n'a pas le loisir nécessaire pour cultiver avec fruit l'éloquence et préparer la matière de longs discours. G'jest pourquoi les papes ont approuvé, à diverses époques, la formation d'ordres prêcheurs, tels que les Franciscains, les Dominicains, les Jésuites. Ces religieux ne prêchent pas tous ; mais, comme ils sont nombreux, que leurs communautés sont riches, puissantes dans l'église et répandues dans le monde, ceux qui

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ont le don de la parole et qui peuvent discourir avec autorité ou sympathie, reçoivent des autres tout le temps, tous les moyens d*étude et tous les renseignements pratiques dont ils ont besoin. Leurs relations avec les familles attirent autour de leurs chaires des laïques personnellement connus d'eux, qui en entraînent d'autres à leur suite. Ils se forment ainsi un auditoire bienveillant, et, pour peu qu'ils ne soient pas dépourvus de lalent et de savoir-faire, ils acquièrent promptement un certain renom. Dès ce moment, la curiosité complète l'œuvre de la foi et l'on a vu quelquefois l'assistance grossir autour de religieux prêcheurs, au point de remplirde grandes nefs avec les bas-côtés. Si l'on prenait tous ces assistants pour des partisans des doctrines romaines, on commettrait une erreur singulière. Déjà Bossuet, parlant sur Anne de Gonzague, reprochait à ses auditeurs de venir à Téglise pour l'entendre et pour le juger; c'est un crime dont aujourd'hui beaucoup plus de chrétiens qu'au temps de Louis XlV ne craignent pas de se rendre « coupables ». Mais l'église connaît la puissance de la parole ; elle sait, pour employer la métaphore de Jésus, que beaucoup de poissons se rassemblent autour du filet et que sur le nombre plusieurs vont à Tappât et deviennent la proie du

pêcheur. Enfin, lors môme que le prédicateur n'intéresserait qu'à son éloquence et ne convertirait personne, il aurait du moins fait ce bénéfice, de prouver que les laïques attachent de Timportance aux doctrines de l'Église, d'en imposer à ceux qui gouvernent et de faire illusion. Dans les affaires humaines, la valeur de la personne et la vérité de la doctrine ne font pas toujours le succès ; il faut savoir exciter un certain bruit autour de soi ; on prouve ainsi que Ton existe et que l'on est quelque chose. C'est l'ava ntage de ceux qui peuvent parle» en public : leur succès est d'autant plus assuré, que leurs i4ées sont plus en désaccord avec celles de leur temps et que toute mesure qui mettrait des bornes à la liberté de leur parole ressemblerait à une persécution. C'est précisément ce qui arrive en Allemagne depuis quelques années. C'est ce qui arrive aussi en Italie, oîi l'un des deux pouvoirs législatifs, entraîné par la crainte de paraître tyrannique, arrête les mesures restrictives adoptées par l'autre. C'est en pratiquant, quelquefois jusqu'à la licence, la liberté de la parole, que les prédicateurs italiens sont parvenus à se la faire maintenir. L'audace peut quelquefois prendre les apparences de la force, surtout quand elle défend une cause que bien des gens regardent comme sacrée.

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