‹ Le catholicisme contemporainChapitre 62 sur 94 · PROCESSIONS^ PÈLERINAGES, MIRACLES · texte numérisé non relu

PROCESSIONS^ PÈLERINAGES, MIRACLES

Je ne ferai que signaler en passant certains moyens secondaires que TÉgUse emploie ou autorise et qui lui servent plutôt à manifester sa pensée qu'à faire des prosélytes : je veux parler des processions, des pèlerinages et des miracles. Les premières se faisaient d'abord en secret, à la lueur des flambeaux, dans les catacombes ; à partir de Constantin, elles ont été menées au dehors, à la façon des antiques théories^ auxquelles elles se sont substituées. Pendant le moyen âge et jusque dans les temps modernes, elles ont pris une grande extension ; des villes entières y participaient. En présence de la diversité des religions, la loi moderne les a confinées dans Tintérieur des églises ; cependant elles ont encore lieu au dehors dans la plupart des

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pays catholiques, même en France. Elles sont ordinairement paisibles, quelquefois recueillies et respirent, surtout dans les campagnes, une poésie naïve qui parle à l'imagination. Mais nous en avons vu aussi qui manquaient de décence et dont le but était de soulever le fanatisme et de pousser à des actes violents.

J'ai vu autrefois, dans Avignon, une immense procession de pénitents noirs, blancs et gris, suivis d'une grande foule -de peuple. Dans le cortège, il y avait des vendeurs de vin, de bière et d'autres rafraîchissements. Après avoir parcouru les rues de la ville papale, la procession montait sur le rocher^ et là un orateur, se tournant vers l'occident, lançait une virulente apostrophe et poussait le cri de guerre contre les Albigeois. Gela se passait en 1846.

Les pèlerinages ont pris dans ces derniers temps le caractère politique le plus évident et découvert l'église. S'ils avaient été, comme dans les premiers temps du christianisme, de simples actes de piété, accomplis pour honorer le tombeau de quelque martyr ou pour perpétuer un souvenir précieux, l'église romaine aurait pu en tirer profit; car la piété sincère a toujours été honorée, môme de ceux qui ne la partagent pas. Les pèlerinages d'au-

jourdTiui n'attirent que les hommes d'un certain parti ; les discours que l'on y tient et' les cantiques que l'on y chante sont des manifestes, qui n'ont presque rien de religieux. Ils dévoilent à la fois le but que l'on poursuit et la direction sous laquelle on s'est mis. Ce but, qui est le rétablissement du pouvoir temporel du pape, est désormais chimérique. Quant à la puissance occulte qui dirige et organise ces démonstrations parfois orageuses, c'est celle que nous avons déjà signalée et dont l'action antisociale conduit en ce moment l'église romaine à sa perte.

J'en dirai autant des miracles, que l'on suscite de temps en temps dans des lieux retirés, où s'établit ensuite quelque exploitation lucrative. Nous avons vu naguère la jiistice intervenir et mettre un terme à tel d'entre eux, oîi la crédulité était victime de la fourberie. Depuis lors, elle s'est tenue sur la réserve. Peut-êlre a-t-elle eu raison : car si le juge croit à ces miracles, sa conscience lui reprocherait de les condamner; s'il n'y croit pas, il doit penser que, dans l'état présent des esprits, ils produisent l'effet contraire à celui que l'on en attend et qu'ainsi l'Église se trahit elle-même. En réalité, ces mouvements, que l'on produit par des moyens surannés, se réduisent à une agitation stérile ; ils pré-

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sentent l'église romaine comme une puissance turbulente et la font accuser de complicité avec des partis politiques, ennemis de la civilisation et 4u progrès.

Les moyens d'action qui viennent d*être énumérés sont utilisés par Téglise romaine depuis des siècles ; ils sont restés les mômes et n*ont varié que dans IjBUr application et d'après le but qu'on se proposait en les employant. Il en est d'autres que la civilisation moderne a suggérés à l'Église ou que celle-ci a assez profondément altérés pour les faire paraître nouveaux. Comme ils sont empruntés à la société laïque, ils ont sur elle plus d'action que les autres et méritent d'être particulièrement signalés. Nous observions tout à l'heure que l'âge où la foi s'établit dans les âmes est l'enfance et que la seconde période de la vie est celle où elle est le plus ébranlée. C'est pourquoi l'église latine fait des efforts et des sacrifices pour s'emparer de l'éduca-

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