LA RÉFORME DE JÉSUS
Nous avons insisté suç cette démoralisation du monde ancien, parce que Jésus y apportait le véritable remède : du moins il le voulait. Toute sa prédication, dans les trois premiers Évangiles, n'a pas d'autre but que de contredire absolument les tendances générales de son temps ; non pas de les régler et dé les organiser en quelque sorte, comme le faisaient les sauveurs vulgaires, mais de les arrêter, de les supprimer et de les remplacer par des tendances opposées. « Personne, disait-il, ne met Une pièce de drap neuf à un vieil habit, parce que la pièce emporterait le morceau de Fhabit et la déchirure serait pire. » (Matth., x, 6.) Ce qu*il proposait, c'était la fuite des honneurs, le respect dédaigneux des puissants, l'insouciance
du boire et du manger, l'abandon des richesses, Fabsence de luxe, le pardon des injures et la réconciliation, Tinutilité de Téloquence et des tribunaux, la continence non-seulement en paroles, mais aussi en pensée ; à la place de ces divorces et de cet» échange de femmes, dont les plus célèbres Romains, tels que Caton, avaient donné l'exemple, il mettait la sainteté du mariage et la pureté des mœurs. La rupture avec la société du temps est fortement exprimée par sa réponse à l'un de ses disciples qui lui demandait quelques moments pour aller ensevelir son père : « Suis-moi, lui dit-il, et laisse les morts ensevelir leurs morts » ; et ailleurs : « Un riche entrera difficilement dans le royaume des cieux. »
Cette lutte qu'il entreprenait contre l'état social tout entier, il en avait une conscience très-claire. Il avertissait ses disciples qu'ils seraient livrés aux tribunaux, fouettés dans les synagogues, menés devant les gouverneurs, haïs de tous. Puis il ajoutait qu'ils n'eussent point peur de ceux qui ôtent la vie du corps et ne peuvent faire mourir l'âme. Il prévoyait donc un^ guerre à outrance contre les autorités impériales, du moins contre celles de Judée; et cependant il affirmait que te seul moyen de salut était de persévérer jusqu'à la fin. « Ne