‹ Le catholicisme contemporainChapitre 8 sur 94 · LA' RÉFOBME DE JÉSUS · texte numérisé non relu

LA' RÉFOBME DE JÉSUS

pensez pas, disait-il, que je sois venu apporter la paix sur la terre; je suis venu apporter, non la paix, mais Tépée; je suis venu mettre la division entre le fils et le père, entre la fille et la mère, entre la belle-mère et la bru ; on aura pour ennemis ses propres domestiques; » (Matth., x, 34). Et il terminait par cette doctrine qui donnait singulièrement à réfléchir : « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n'est pas digne de moi ; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n'est pas digne de moi. » Ainsi ce que Jésus demandait de ceux qui voulaient collaborer avec lui à la réforme sociale, c'était non-seulement le mépris de tout ce que les hommes d'alors recherchaient, la richesse, le bien-être, la puissance, la supériorité par rapport à leurs concitoyens, c'était encore le renoncement aux sentiments les plus forts et les plus légitimes de la nature.

La philosophie épicurienne, qui dominait dans l'empire et qui occupait le trône impérial, ne proposait après la mort que l'anéantissement des biens et des maux : mortem œrumnarum requiem^ ce sont les paroles mêmes que César avait prononcées en plein sénat. Jésus lui opposa la doctrine qui s'en éloignait le plus, celle de la résurrection. S'il n'avait pas laissé voir, par delà la mort, cette vie

complète et glorieuse dans ce qu'il appelait le « royaume du Père », comment aurait-il pu exiger de ses sectateurs le sacrifice de leurs affections et de leur vie? Socrate, Platon et une partie de leurs successeurs avaient sans doute enseigné la vie future et le sacrifice de soi-même à la vertu. Mais la philosophie platonicienne n'était plus qu'un enseignement d'école et cette vie à venir était la conception la plus indécise, la plus imaginaire. Jésus, au contraire, offrait de la vie future un tableau tracé d'après les traditions et exposait clairement les conditions du salut et de la résurrection. (Matth., xxii, 31.) Au-dessus d'elles planaient en quelque sorte deux vertus qui contenaient toutes les autres et qui étaient comme un édît de condamnation en face de la société tout entière : l'amour de Dieu et, après Dieu, l'amour du prochain ou la charité universelle.

A la vérité Jésus, surtout dans l'Évangile de saint Matthieu, où le caractère moral est plus marqué que dans les trois autres, semble se mouvoir uniquement dans un milieu Israélite et ne prêcher que pour les Juifs. Mais la. mission qu'il donnait à ses disciples de prendre le rôle d'apôtres et d'aller prêcher par toutes les nations ne peut laisser aucun doute sur la portée de sa prédication et sur l'exten-

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