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LE BUDGET DES CULTES

mais si le clergé veut se donner la peine d*en chercher les motifs, il ne les trouvera pas dans une hostilité systématique contre la religion, car les laïques ne sont pas moins chrétiens que le clergé. Il s'assurera que la société civile veut uniquement se défendre contre les ordres religieux, dont Tesprit lui est funeste, et il verra dans celte exclusion le premier châtiment qu'ils auront attiré sur lui. Telle est la vérité de la situation présente.

Mais Topinion libérale va plus loin. Les modérés veulent retirer au clergé séculier des avantages qui lui étaient gratuitement concédés et une autorité qu'il a trop mise au service d'une mauvaise' cause. Ils se contentent pour cela de l'exclure des services publics, où on l'avait admis. D'autres, plus avancés, demandent la séparation absolue de rKglise et de l'État, et comme conséquence la. suppression du budget des cultes.. Il est certain que c'est le moyen le plus expédilif d'en finir avec toutes les églises : par là aussi, l'on rend au sacerdoce toute son autonomie; et'à la conscience toute sa liberté. 11 y a des prêtres qui ne reculent pas devant cette extrémité : « Lfe salariat, disent-ils, subordonne le sacerdoce au pouvoir politique ; il

lui ôte de sa dignité ; il renverse l'ordre naturel des choses, puisque Tidée religieuse est supérieure à ridée politique ; il vaudrait donc miei^x que TÉglise n*eût point de budget et qu'elle eût la liberté de s'administrer et de se payer elle-même. »

C'est là sans doute une théorie séduisante pour les âmes vraiment religieuses, autant que pour les esprits les plus libéraux. Mais ce n'est point la réalité. Le budget des cultes subordonne l'Église à l'État, mais c'est une subordination nécessaire, tant que l'Église sera sens l'empire des ordres militants ; car c'est la seule arme utile que l'État possède, pour lutter contre leur influence. Dans l'église grecque, les prêtres ne reçoivent pas de traitement; les évêques et les autres hauts* dignitaires sont seuls payés par l'État. Mais le clergé séculier n'y a pas à ses côtés les ordres militants qui ont envahi réglise' latine ; l'État n'y est pas en lutte avec lui. On ne saurait donc chez nous tirer de ce fait un argument en faveur de 1^ suppression du budget des cultes.

Cette suppression donnerait une liberté réciproque à l'Église et à l'État ; mais elle livrerait aux ordres religieux la seule position où, sous la protection de l'État, l'Église puisse enisore se défendre contre eux.

Ils l'ont déjà presque absorbée; ils parlent par la bouche du pape, des évoques et des conciles. Le clergé séculier n'a plus d'existence que par sa fonction dans l'État ; si on la supprime, il disparaît, et l'Église n'est plus qu'un corps énorme, composé de sociétés communistes, ennemies de la propriété individuelle, du . mariage et de la famille, de- la religion môme, qui pour elles est la voie par où l'on va, non à Dieu, mais à la richesse et à la domination. Elles possèdent à présent la richesse ; elles s'acheminent vers la domination. Elles ne l'atteindront peut-être pas, parce qu'il y a, dans la société laïque, des forces qui les arrêteront ; mais elles susciteront une effroyable guerre, dont nous voyons les premières marches et où le clergé séculier sera la première victime, si on l'abandonne. Gomment serait-il possible, comment serait-il prudent de supprimer dès aujourd'hui le budget des cultes?

Quand une loi vraiment utile sera faite, elle sera double : ce sera uuq loi défensive à la fois pour la société civile contre le communisme des ordres et pour le clergé séculier contre leur envahissement. Du jour où les prêtres seront affranchis de cette oppression, leur action deviendra purement religieuse ; l'État n'aura plus à se préoccuper de ce que l'on pense à Rome, et à se défendre contre

l'œuvre clandestine dont cette ville est le foyer. C'est alors seulement qu'il sera possible de rendre à laconscience religieuse la liberté que Ton réclame, en laissant les églises s'administrer et se payer elles-mêmes.

L'État, en attendant, fait des sacrifices considérables pour le traitement des prêtres, pour les frais du culte et pour l'entretien des édifices. A ce budget général il faut ajouter les sommes importantes payées par les départements et.les communes. Cependant toutes ensemble ne suffisent pas pour donner au clergé et au culte la splendeur qu'ils ont depuis Constantin et qui serait la manifestation d'une grande pensée religieuse et nationale, si la politique romaine nes^y mêlait pas. Aces ressources l'Église ajoute les quêtes, soit à l'office, soit à domicile, les dons et les legs que chaque semaine, que chaque jour lui apporte. Tl est vrai que ces bénéfices, à l'exception des quêtes, ne parviennent guère au clergé séculier, qui, pour les oh-

tenir, n'est pas assez répandu dans les familles. Ils sont interceptés par les congrégations : nous connaissons, dans Paris môme, des curés qui se plaignent de cette concurrence, mais qui s'y résignent, parce qu'ils ne peuvent lutter contre elle.

Les dons et les offrandes, faits de la main à la main, sont insaisissables : nul ne peut savoir, même par une enquête officielle, ce qui passe ainsi chaque année des fidèles au clergé. Mais on a eu tout dernièrement une preuve de- ce que celui-ci peulr obtenir, en cas de besoin; -c'est par millions que s'est comptée la souscription en faveur des universités catholiques. Avec ces fonds, les évoques ont pu construire ou aménager de grands établissements, les doter, fonder des chaires mieux rélribuées que celles de l'État et garantir aux nouveaux professeurs, non-seulement une retraite su^ périeure, mais même un-capital important, pour le cas où une loi nouvelle supprimerait ces universités. Par ces avantages que l'Élat ne procure pas à ses serviteurs, le clergé a pu séduire des professeurs laïques, éprouvés par un long enseignement dans les facultés, et créer des cours, qui seraient excellents, si les ordres religieux n'en étaient pas les inspirateurs.

Voilà ce qu'on a pu faire dans une circonstance

donnée et pour un but particulier. On peut juger par là de ce qui se fait en temps ordinaire pour les besoins courants de la cause. Que Ton prenne pour exemple les sommes considérables réalisées d'une manière <;ontinue par le « denier de saint Pierre, n G*est une contribution que les anciens rois de France n'auraient peut-être pas autorisée, si du moins on en juge par le recueil de Pithou. Les États modernes la tolèrent ; elle est ouverte partout où il y a des catholiques. Dans toute église, dans toute chapelle, existent des troncs, où les fidèles déposent leur offrande ; le denier de la veuve s'y glisse avec Tor du riche; à la fin de Tannée, cette contribution a rapporté au Saiiit-Père plusieurs millions.

L'Œuvre de la propagation de la Foi procède d'une autre manière : on peut voir ses statuts affichés dans toutes les églises. Fondée en 1822 pour des missionnaires, qui vont dan$ le monde entier « po'rter la foi et la civilisation », elle, s'est répandue de la France dans tout l'univers, par l'action des évoques et la protection du Saint- Siège. Elle comprend aujourd'hui un très-grand nombre de personnes, divisées en sections de dix membres-; chaque section a pour chef un « collecteur » ; celui-ci remet l'argent au « conseiller

paroissial », qui le verse à la caisse centrale de rŒuvre. C'est une organisation analogue à celle de notre perception des finances. Chaque membre ne paye « qu'un sou » , c'est-à-dire cinq centimes par semaine, ce qui fait par an 2,600,000 francs pour chaque million d'abonnés. La perception ne coûte rien ; les associés sont payés en indulgences.

Il en est de même de toutes les associations ou œuvres religieuses, l'Adoration perpétuelle, l'Association des âmes du purgatoire, la Confrérie 4u Saint Sacrement, celles du Sacré-Cûeur,dela Sainte Vierge, de saint Joseph, de saint François de Sales, de la Sainte Enfance, du Rosaire vivant, de l'a Doctrine chrétienne, de Notre-Dame des étudiants. Elles ne sont pas toujours payantes, mais on peut toujours suppléer /< par une bonne œuvre » à la non-exécution d'un article des statuts ^ et on n'en obtient pas moins, les indulgences promises. Une visite dans les églises catholiques permettra au lecteur de constater le nombre et la variété des «troncs» qui appellent Targent des laïques; il n'est pas nécessaire de les énumérer ici.

Quant aux legs, la loi. française exige qu'ils soient autorisés par le gouvernement, et que l'autorisation soit publiée au Bulletin des lois. Il esi donc possible de savoir à quelle valeur ce genre de

dons correspond chaque année : disons seulement qu'elle est très-considérable et que la plupart de ces donations sont faites à des congrégations reconnues ou à des établissements pieux. Quant aux sociétés religieuses qui ne sont point reconnues, et dont une au moins est sous le coup d'une loi d'expulsion, rien n'est plus facile que de leur transmettre un héritage. Car on peut toujours vendre une propriété et en donner le produit, de la main à la main. On peut aussi la léguer au chef ou à l'un des membres d'une communauté, qui la reçoit alors en son nom personnel et en devient le possesseur légal ; mais comme il a lui-môme des engagements avec son ordre et que le principe qui préside aux associations religieuses est ordinairement le communisme, cet héritier n'est en réalité qu'un prête -nom, car il verse aussitôt dans l'avoir commun son apparente propriété.

Les legs faits à des communautés ne sont pas toujours approuvés par les parents du donateur : on voit assez fréquemment ces derniers élever des réclamations. Il en résulte des procès en captation, qui tournent parfois à la confusion des ordres. L'odieux de ces causes criminelles retombe sur le clergé tout entier; c'est une conséquence de l'alliance faite par le sacerdoce, qui devrait re-

présenter uniquement le côté moral de la réforme chrétienne, avec les associations, qui en représentent le côté communiste. Ce que Ton gagne en ressources matérielles, on le perd en considération.

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