‹ Le catholicisme contemporainChapitre 77 sur 94 · SA POLITIQUE · texte numérisé non relu

SA POLITIQUE

' Le lècteut* n'attend pas qiië nous racontions ici rhistoiré politique de l'Église. Notre but est de 4nettre en lumière les causes qui ont placé cette institution dans la situation où elle est aujourd'hui et, si la situation est reconnue mauvaise, d'indiquer .les moyens d'en sortir. Nous n'avons donc pas non ' plus, la pensée de blâmer l'Église parce qu'elle a adopté telle politique plutôt que telle autre. S'il est démontré dans ce chapitre qu'elle y a été amenée :fatalement, le blânie ne changerait rien aux choses. Si les personnes qui la composent àè persuadent qu'elle n'est plus dans le mouvement des idées mo-

dernes, qu^en persistant dans sa politique présente elle court à sa perte et qu'elle n'en peut sortir qu'en admettantdes principes nouveaux, ce sera à chacun d'eux de faire le nécessaire pour la sauver ou de se retirer à temps d'une maison qui s'écroule.

L'Église ne diffère point en cela des autres organismes. Chacun d*eux ne peut donner que ce quHl contient et n'agit que selon sa constitution : on ne peut pas demander à une lionne de mettre bas des agneaux, ni au gland de produire un palmier. La politique de l'Église tient à sa constitution et non aux circonstances où elle est placée. Depuis dix-huit siècles qu'elle existe, l'église de Rome n'a pas dévié de sa voie naturelle. On ne saurait citer aucun État, aucune nation qui ait montré autant de suite et de persévérance dans sa conduite, soit au dedans, sdit au dehors, et qui ait été aussi conséquent avec soimême. On doit conclure de là qu'une pensée primordiale Ta toujours guidée et qu'elle a c^onstamtnent réglé ses actions .en vue d'un but invaridblei Ce but) elle a pu l'atteindre, elle a pu le dépasser et y revenir, oscillant autour de lui comme un pendule autour de sa verticale; Mais la nef de saint Pierre ii'a perdu dé vue ni son port d'attache, ni son port d'arrivée ; elle a dirigé sans relâche son long et souvent péilible voyagé entre ces deux points, s'é-

cariant le moiùs possible de la ligne droite et s*efforçant toujours d'y rentrer.

Seule dans le monde occidental, l'église de Rome s'est constituée en théocratie. Sa formule est dans tous les catéchismes. Elle se définit elle-même « la société des fidèles sous la conduite des pas- » teurs légitimes. Jésus-Ghristest son chef invisible; » son chefvisibleestlepape, vicaire de Jésus-Christ, » ayant au-dessous de lui comme ministres les évô- » ques, les curés et les prêtres. Les évêques, unis X) au pape, forment le corps des premiers pasteurs,, » qu'on appelle l'Église. L'Église est infaillible et » durera jusqu'à la fin du monde. Nos devoirs en- V vers l'Église sont de croire ce qu'elle nous en- )) seigne et de faire ce qu'elle nous commande. )> Hors de l'Église il n'y a point de salut : sont ex- » dus du salut, outre les païens, les hérétiques, » les schismatiques, les apostats et les excommu- » niés. La véritable Église est l'église catholique, » apostolique et romaine, une et sainte. »

Ce peu de mots que développent abondamment les catéchismes, que les actes des conciles ont longuement expliqués et qui forment la base de l'enseignement religieux, contient les éléments essentiels de la constitution romaine. Quand une société a pour chef un dieu et que ce dieu absent est sup-

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pléé visiblement par un homme à titre de vicaire, cette société est appelée théocratique. Car si elle reste fidèle à son principe, elle ne verra jamais s'élever dans son sein un personnage qui ne soit infé< rieur au représentant de Dieu, son chef unique et véritable. Ce personnage, roi, empereur, président de république ou consul, le reconnaîtrapour maître et seigneur, ou bien il se mettra en état de révolte contre lui. Saint Louis fut un roi soumis, Philippe le Bel fut un révolté ; Victor-Emmanuel, banni de rÉglise, est mort sans avoir été relevé de son excommunication, quoiqu'il eût grandement contribué à la renaissance de sa patrie ; Louis XYI fut presque un saint, quoiqu'il eût trahi la sienne. Le principe théocratique donne à lui seul la règle du bien et du mal eA politique comme en toute autre chose. En second lieu, la constitution romaine est oli-> garchique. Elle admet l'élection, mais dans une mesure restreinte. Ceux qui élisent le vicaire de Dieu sont en très-petit nombre, eu égard à la mul* tîtude des fidèles ; ils font leur choix secrètement et n'en doivent compte à personne : le droit de pro-. testatian des États catholiques est en réalité illusoire. Quant à ces électeurs, ils n'ont pas eux-mêmes été élus par leurs inférieurs : c'est le pape qui les à choisis, nommés, investis et préconisés. 11 les apris

OÙ il a voulu, m^me parmi les laïques, et ils lui (Joi-.. vent obéissance comme à leur chef immédiat. Les évêques, quoique placés dans la hiérarchie tout de suite au-dessous du pape, ne participent pas à Té-; lectiondu pontife souverain. Us composent les con-; ciles où sont définies les constitutions ecclésiasti-* ques ; mais, depuis qu'ils ont proclamé le pape infaillible et consommé dans sa personne l'absolutisme théocratique, ils ont brisé leur propre autorité, dans leurs mains et se sont réduits au rôle d'organes passifs de la papauté.

Voilà sans doute ce port où i'église romaine devait jeter l'ancre, où elle l'a jetée en effet, où elle s'efforce maintenant de radouber son navire, qu'il faudra peut-être un jour transformer. Elle a accompli son voyage de dix-huit siècles au milieu des tempêtes et des périls. Dès les commencements, elle avait, par la bouche même du fondateur du christianisme, annoncé le f ègne de Dieu ; lui mort, elle s'était promptement constituée en théocratie oligarchique. Quoique l'eropereup fût souverain, pontife, l'empire romain n'était pas une théocratie; car dès les premiers siècles de Rpine, la religion avait été subordonïiée à l'État; elle en était un rouage, au même titre que l'armée ouradministra-; tion financière^ Cet état de choses dijra squs les

rois, SOUS la république etsous Tempire et ne cessa que du jour où l'empereur se fit chrétien.

Le principe divin de l'église latine et sa tendance à tout absorber dans son unité furent une des principales causes de la résistance qu'elle trouva dans le monde romain. Quand, par des concessions au moins apparentes, elle se fut réconciliée avec lui et que le catholicisme fut sur le trône, le pape était déjà régal, sinon le supérieur du prince. Mais, après la chute de l'empire romain et l'établissement des barbares, l'Église, même en ses jours de triomphe, ne cessa plus de lutter dans tout l'Occident pour le maintien de sa théocratie. Car, outre leur répugnance instinctive pour cette forme orientale de gouvernement, les peuples modernes ont un ensemble d'institutions civiles et de principes laïques, qu'ils tiennent des anciens et qui sont incompatibles avec elle.

J'ai exposé ci-dessus comment, dès les temps apostoliques, le communisme fut adopté par l'Église et fut une des deux faces de la réforme chrétienne et du royaume de Dieu. Plus tard, les Rot mains purent le croire éliminé des églises et la réconciliation put se faire sincèrement. Mais cette doctrine prenait déjàla forme de l'ascétisme et donnait naissance à ces grandes associations de fidèles, dont

quelques-uns seulement étaient prêtres. Depuis Tabolition de loi PappiaPoppéa et le débordement du monachismç qui s'ensuivit, la théocratie catholique eut fatalement pour auxiliaires les ordres religieux : elle n'avait aucune raison de les proscrire, puisque le principe communiste qu'ils personnifiaient était d'origine divine aussi bien qu'elle. Les siècles suivants virent naître toutes ces communautés d'hommes et de femmesf dont il a été question ci-dessus. Dans son action extérieure, c'est-à-dire dans sa politique, la papauté ne put plus se passer d'elles. Vainement avait-on décrété le célibat des prêtres: le prêtre n'a qu'un cercle d'action limité, il n'est pas mobile, il ne peut^rendre que des services locaux tout à fait bornés. Le religieux, par sa mobilité, par ses études spéciales, par ses relations avec le monde, est le véritable organe de la théocratie. L'histoire nous montre que c'est par lui surtout que la cour de Rome exerce son action politique. En même temps nous saisissons le lien puissant qui, dans l'église catholique, attache 1 un à l'autre l'esprit théocratîque, que la papauté personnifie, et l'esprit communiste, qui anime les associations de religieux.

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