‹ Le catholicisme contemporainChapitre 78 sur 94 · LA LÉGITIMITÉ, LE SACRE · texte numérisé non relu

LA LÉGITIMITÉ, LE SACRE

La religion chrétienne prise dans sa généralité, et abstraction faite des églises, n'est liée à aucune forme de gouvernement. Elle consistait, à Tprigine, en une prédication morale ayant de grandes analogies avec le bouddhisme, pris également h son origine et dans sa généralité. Hais ses fonda^ teurs pensèrent que la réforme des mœurs était impossible, si elle n'était soutenue par une révolution sociale, par un renversement de toutes choses- Cette idée se traduisit par la formation de sociétés communistes et Ton ne s'aperçut que beaucoup plus tard, que le communisme était au fond la négation de la réforme morale. Gelle-ci ne put donc se faire auâsi complètement que Jésus et les apôtres l'au-^ raient voulu. En réalité les mœurs ne devinrent meilleures et plus douces que sous l'action inces-

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santé de la civilisation moderne, rqui est scienti* flque et non religieuse. Si la prédication morale avait pu se faire pacifiquement et sans cette guerre qu'annonçait Jésus, le principe communiste ne se serait point introduit dans les églises grecques et latines, comme il le fit; la religion serait restée étrangère à la politique ; il n'y aurait point eu de ttéocratie, ni de papauté ; la lutte dont souffrent aujourd'hui les sociétés latines, leur aurait été épargnée. Mais quand une idée aussi séduisante que le communisme a été émise au milieu d'une foule asservie, il est difficile qu'elle ne fasse pas son chemin dans le monde et qu'elle n'y revête pasf quelque jour une forme définie.

Le rapprochement des petites églises, la lutte des chrétiens contre l'empire" la pensée de substituer leur organisation à la sienne, engendrèrent la papauté. Ce fut une monarchie théocratique, à laquelle les ordres religieux fournirent dés instruments d'action. Du jour où la papauté eut conscience d'elle-même, c'est-à-dire dès l'époque de Constantin, l'Église fut liée par sa constitution à la monarchie de droit divia, qu'on appela aussi « lé* gitime». La pensée de donner au gouvernement des hommes un caractère sacré n'était pas nouvelle alors: le parti impérialiste l'avait eue dès l'époque

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d^Auguste; oh la trouve dans Virgile et même dans Horace. Elle se liait à l'opinion vulgaire qui voyait des sauveurs dans les hommes parvenus au pouvoir, même par l'usurpation. 11 n'est pas étonnant que l'église de Rome l'ait adoptée à son tour ; car, ne pouvant prendre le titre dangereux d'empereur, le chef de cette église avait tout avantagé à n'exercer sur le chef de l'État qu'une action morale et insaisissable. Par là, il mettait en réalité dans ses propres mains la source de la puissance civile et soustrayait la sienne aux révolutions.

- Il faut dire cependant que cet état de choses, favorable à la papauté, ne put se consolider entièrement tant que dura la série des empereurs, parce que à Rome l'ordre de succession au trône ne fut Jamais bien établi, ni régulièrement observé. Mais quand cette liste eut été close avec Romulus Augustule et qu'au lieu d'un empereur, on eut plusieurs rois barbares, la politique de l'Église s'exerça plus librement; le lien entre elle et la légitimité se resserra. Ceux d'entre ces princes nouveaux venus qui n'acceptèrent pas l'Église pour leur alliée et leur supérieure, ne purent tenir. Ceux qui, comme Clovis, firent acte de soumission, virent le pouvoir s'affermir entre leurs mains et dans celles de leurs enfants. Peu à peu s'établit dans le monde barbare

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la doctrine, déjà ancienne, que la génération crée le droit et qu'un roi est légitime par la filiation naturelle :à une condition toutefois, c'est que rÉglise confirme solennellement ce droit et lui imprime un caractère divin.

Quand un roi légitime est renversé, c'est toujours par une révolution populaire ou par une conjuration : dans ce dernier cas, les canjurés ne se réus^ sissent et ne se maintiennent au pouvoir, que si l'opinion publique les soutient ou les tolère. Tout compte fait, les changements de dynastie reviennent à un acte de volonté populaire, exprimée ou tacite. Opérer un tel changement, c'est proclamer le droit du peuple à nommer ses chefs et à disposer de lui-même ; c'est nier le principe de la légitimité, qui est aussi une des bases de la théocratie. C'est donc porter une atteinte profonde au pouvoir suprême du chef de l'Église et attaquer Dieu dans la personne de son vicaire. Pour cette raison, TÉglise est invinciblement liée à la légitimité; elle vit d'elle, au même titre queTagneau vit de l'herbe des champs et ne peut se nourrir de chair. Depuis qu'elle a élevé son trône à. côté de ceux des chefs d'État, elle a constamment soutenu le même principe, pratiqué la même politique. Quand elle a vu, dans certains pays, une dynastie succéder violem-

ment à la dynastie légitime, elle s'est déclarée contre la dynastie nouvelle, ou bien elle ne s'est réconciliée que si elle a trouvé de grands avantages dans la réconciliation.

Le siècle présent en a mis des exemples sous nos yeux. Le pape a reconnu Napoléon P' et Ta sacré empereur. Mais alors cet homme de guerre se donnait pour le restaurateur de l'Église, sévèrement traitée parla Révolution, et il n'y avait aucun espoir à fonder sur la dynastie déchue. Toutefois certains historiens ecclésiastiques, si le nom d'historiens peut leur être appliqué, n'ont point reconnu à Napoléon lé titre d'empereur et ont continué idéalement le règne des Bourbons pendant lès vingtdeux années où de fait il avait cessé. Et quand une occasion s'est offerte de rentrer dans sa véritable doctrine, l'Église n'a pas hésité un instant: elle a fait plus qu'aider à la restauration ; on peut presque dire qu'elle Ta faite. Quinze ans plus tard, quand son œuvre fut de nouveau mise en péril et que le roi Charles X eut pris à Cherbourg le chemin de l'Angleterre, l'Église n'accepta pas la « royauté bourgeoise », comme on disait alors. Louis-Philippe ne fut point sacré, malgré ses concessions. Ses fils furent tenus à l'écart et amenés parles événements à faire leur soumission à l'héritier légitime. Ainsi

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l'Église a maintenu son principe et son alliance. Le sacre a été presque toujours un contrat léonin, par lequel TÉglise garantissait aux rois des avantages idéaux et problématiques et s'en assurait de réels. Par son serment, le roi consacrait son pouvoir en le reportant jusqu'à Dieu, mais en même temps il se subordonnait au vicaire de Dieu qui faisait la consécration. S'il l'eût refusée, il eût eu contre lui la formidable puissance de la théocratie romaine. En s'abaissant, il élargissait sa base. C'est à ce prix qu'en 752, dans la personne de Pépin, la deuxième dynastie des rois de France acquit la protection d'un pape, devenu plus tard un saint. Conserver à rÉgliseses privilèges, poursuivre et expulser les hérétiques sur la demande de l'Église, étaient deux des engagements que nos rois juraient d'observer ; et cela, non-seulement depuis le milieu du quatorzième siècle, où Charles V régla les cérémonies du sacre, mais même longtemps auparavant. Ainsi le roi ne devenait personne sacrée qu'à la condition de comprimer la liberté de conscience et d'être l'ennemi d'une partie de ses sujets. C'était certainement une cause de faiblesse pour la royauté et l'on vit dans la suite combien la révocation de l'édit de Nantes contribua à sa décadence et à son ' abolition. Mais la politique de TÉglise restait conforme à son principe et conséquente avec elle-même.

L'EMPIRE, LE COMMDNISME.

Le système impérial, tel que nous le concevons aujourd'hui, n'est par lui-môme ni en désaccord, ni en harmonie avec les principes de l'Église. 11 consiste en une monarchie, dans laquelle la force armée est le principal instrument du pouvoir* Or un chef militaire peut se soumettre au chef d'une église, aussi bien et au même titre qu'un roi légitime. Une dynastie militaire, en acceptant les conditions de la théocratie, prendrait les caractères de la légitimité. Si quelqu'une des races qui ont régné sur la France avait établi dès son origine ou maintenu, après l'avoir établi, un gouvernement militaire, elle aurait pu, comme les autres rois, s'entendre avec Rome et nous aurions dans notre histoire une lignée d'empereurs, car c'est la légiti-

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