‹ Le catholicisme contemporainChapitre 85 sur 94 · L OPINION DES SAVANTS · texte numérisé non relu

L OPINION DES SAVANTS

qaer ses motifs, la foule craintive de ses serviteurs. Le catholicisme, il faut bien le dire, a trop abondé dans le sens' des peuples sémitiques. Sans doute, les premières associations chrétiennes se formèrent dans les synagogues; mais, quand un apôtre y prenait la parole, ce n'était pas pour prêcher aux Juifs leur propre loi, c'était pour les en détacher et pour les grouper, par une foi nouvelle, autour de celui qu'ils avaient crucifié. Quand les églises ont organisé leur culte, leur enseignement et bientôt leur métaphysique, ne pouvant s'appuyer sur les écrits des payens, elles ont emprunté presque tout aux livres hébraïques. Les fidèles se sont accoutumés à penser sur Dieu à la façon de Moïse, de David et des prophètes. Mais le Dieu de la Bible n'est rien moins que métaphysique et ne ressemble vraiment que de bien loin au principe absolu des choses. A l'exemple de ces anciens Sémites, les chrétiens, surtout les catholiques, ont prêté à leur dieu les passions de l'humanité: ils l'ont fait capricieux, jaloux, colère, miséricordieux, accessible à la pitié, disposé à changer ses jugements, quand il en est prié par ses saints, et à susciter des événements contraires à l'ordre du monde, pour punir les uns ou les avertir, pour récompenser les autres ou les attacher à son service. II est inutile de déve-

lopper plus longuement ici ce que le lecteur peut observer par lui-même à toute heure, puisque ces passions sont prêtées à Dieu dans toute la liturgie, dans toute la littérature et dans toutes les prédications du catholicisme.

Il est certain, aussi, que la pensée moderne n'accepte plus cette manière d'envisager TÊtre absolu, soit qu'on lui donne Tindividualité, comme les chrétiens, soit qu'on la lui ôte, à lafaçon des panthéistes orientaux. Nous voyons en cela un profond sujet de désaccord entre elle et le catholicisme et, pour peu qu'on y pense, on se persuadera que cette divergence d'idées ne peut se résoudre au profit de ce dernier; en effet, l'idée la plus élevée et la plus voisine de la science doit, nécessairement, l'emporter. A mesure que les laïques s'instruiront, ils se rangeront à la notion vraiment métaphysique de Dieu, et déserteront celle de l'Église. Il viendra un jour où celle-ci leur paraîtra tout à fait imbue de paganisme, et ils se détacheront l'un après Pautre de son enseignement.

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