‹ Le catholicisme contemporainChapitre 86 sur 94 · LE MIRACLE · texte numérisé non relu

LE MIRACLE

Plus Téglise romaine raconte ou suscite de miracles, plus elle agit contre elle-même. Il y a, dans notre société, deux classes de personnes : celles qui ont des connaissances scientifiques positives, et celles qui n'en ont pas. Je laisse de côté celles qui, sans convictions, ne sont guidées que par leur propre intérêt, plus ou moins mal compris ; Celles-là troublent quelquefois la marche des choses, mais n*ont, en fin de compte, qu'une bien petite place dans l'histoire des peuples et des religionsi Or il est certain que, dans toute l'Europe, aussi bien chez les catholiques que chez les autres^ l'instruction va croissant et que l'état d'où elle nous tire est précisément celui qui a régné durant les douze ou treize siècles de barbarie qui viennent de finir. L'âge où

nous sommes est un âge de transition oti le passé lutte contre l'avenir. Le passé, c'est Tignorance ; l'avenir, c'est la science, non pour quelques-uns, mais pour tous. Le savoir sera plus ou moins complet, plus ou moins profond, selon la capacité de chacun et les circonstances de la vie ; mais il sera positif pour tous, c'est-à-dire fondé sur l'observation des faits et sur la raison. Toutes les réformes de renseignement n'ont pas d'autre but, ni d'autre signification. Or, la science positive, dans quelque mesure, qu'on la donne, est en opposition formelle avec le miracle, et son premier résultat est d'empêcher qu'on y croie. Elle relègue les anciens miracles dans la poésie des peuples crédules, elle condamne les nouveaux et les taxe de charlatanisme ou d'hallucination. En même temps elle range ceux qui y croient parmi les gens abusés qui tiennent encore à ce passé obscur qui s'enfuit, et elle reproche à TÉglise de s'y rattacher elle-même, au lieu de seconder les hommes vers la lumière et la vérité. D'ouest venu cet antagonisme de la science et du miracle? Uniquement de la manière dont on a conçu Dieu. Pour le catholique, toute relation de Dieu et du monde prend la forme d'un miracle, dont la durée de l'univers est la continuation ; tout l'ordre des choses n'existe que par une suite de

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