‹ Le catholicisme contemporainChapitre 87 sur 94 · LE MIRACLE · texte numérisé non relu

LE MIRACLE

miracles; les lois de la nature sont l'expression d'une volonté suprême, qui peut en suspendre ou en changer l'action, comme il lui plaît. Les faits extraordinaires, qui attirent l'attention des hommes et que l'Église signale comme miraculeux, sont attribués par elle à une intervention spéciale de Dieu, intervention dont lui' seul connaît les motifs, quoiqu'on se vante souvent de les connaître et qu'on les proclame. On conçoit, en effet, que dans le système de la création, un Dieu passionné modiûe souvent la marche des choses et produise des miracles locaux. Ces miracles nous surprennent; mais Dieu, en les faisant, agit selon sa nature, puisque, séparé du monde, toute son action dans le monde porte un caractère miraculeux.

La science, au contraire, n'avoue jusqu'à présent aucun fait qui sorte des lois naturelles, permanentes et immuables. A mesure qu'elle y porte l'analyse, les faits en apparence les plus extraordinaire» trouvent leur explication; quelquefois leurs témoins sont convaincus d'erreur, de mensonge ou d'esprit de système. On ne constate scientifiquement, dans la marche des choses, aucun dérangement, aucun caprice.Les lois de la nature s'appliquent partoutet toujours avec une absolue régularité. Les anomalies elles-mêmes confirment l'ordre universel et, quand

l'analyse en a démêlé la raison cachée, on s'étonnerait si elles ne se produisaient pas. Voilà ce qu'observent les sciences, qui ont pour objet la nature. Les autres établissent le caractère absolu des lois du monde et l'impossibilité qu'une puissance extérieure quelconque les modifie, les suspende ou les détourne de leur application. Le principe absolu, qu'on appelle Dieu, se présente à elles tout différent de ce qu'il est pour les catholiques. Ainsi se propagent, dans la société où nous vivons, deux courants d'idées opposés : les uns, à force de se représenter Dieu comme un homme parfait, voient son action partout et s'imaginent vivre au milieu des miracles; les autres nient le miracle et voient en Dieu un principe absolu et métaphysique exempt de personnalité, et par conséquent de passion. On ne peut pas se dissimuler que toute la science moderne se range à ce dernier avis et qu'elle tend à emporter les sociétés dans un sens opposé à celui du catho* licisme» Plus ce dernier se rejette du côté des miracles, plus il accélère ce mouvement du monde moderne, auquel résistent encore les personnes que leur éducation rattache au passé, mais qui entraîne irrésistiblement les nouvelles générations;

LA MYTHOI*OGIE CHRÉTIENNE.

J'ai fait observer tout à l'heure que la doctrine catholique offre partout le caractère de la dualité. G*est ce qui ressortira clairement de la courte exposition qui va suivre et ce dont le lecteur se convaincra, pour peu qu'il veuille lire et analyser les livres liturgiques de rÉglise. Ce qui va être dit est extrait de ces livres, que tous les fidèles ont entre les mains^ et particulièrement des grands offices de Tannée, de Noël et de la Semaine sainte.

A côté du dieu métaphysique, Esprit pur et incorporel, créateur du ciel et de la terre et maître absolu de Tunivers, Téglise en propose à notre adoration un autre qui n'a presque rien de commun avec le premier, et dont l'origine historique est aussi fort différente. En effet, si, en séparant

Dieu du monde autant qu'elle Ta fait, l'église ca* tholique a obéi à une pensée venue des Sémites, son dieu liturgique est, au contraire, d'origine persane ou, pour parler plus généralement, aryenne, La vision du monde céleste, que toute personne peut se procurer en assistant aux offices et en lisant le rituel, on la trouvera aussi bien dans la lecture de l'Avesta, avec les mêmes traits, les mômes personnages et les mêmes couleurs : les hymnes indiens en donneront l'interprétation. A la vérité, une portion de cette brillante et souvent gracieuse mythologie a été prise par les auteurs de nos cérémonies dans les livres des Hébreux ; mais personne n'ignore que ceux-ci l'avaient reçue de la Perse, au temps de la Captivité, et qu'elle était pour eux une importation étrangère. Adoptée par les chrétiens, longtemps avant la séparation des églises, elle a fourni d'innombrables sujets à la sculpture et à la peinture catholique, depuis dix siècles. Conservée intacte dans les rituels et les cérémonies, elle offre encore aux hommes de notre temps un objet de foi naïve pour les uns, un sujet d'études pour les autres, un champ de bataille pour les deux partis.

Donc, il y a, dans les profondeurs inaccessibles du ciel, un lieu d'élection qui est appelé souvent « la

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