LA MYTHOLOGIE CHRÉTIENNE
dont les rayons s'élancent de leur corps glorieux. Des parfums brûlent sans fin autour de Tautel et montent vers le divin maître, avec les hymnes des habitants du ciel. L'église n'a pas fortement appuyé sur cette cérémonie qui s'accomplit éternellement dans les profondeurs des cieux; les traits eu sont épars dans les différentes parties de son rituel pascal. Mais ilssontassez accuséspour qu*ony reconnaisse,à travers des expressions empruntées à la Bible, le sacrifice qui, dans le rituel mazdéen, s'accomplit sur les sommets du Bordj en l'honneur d'Ormuzd par les mains du pontife primordial Mitbra. C'est dans ces régions supérieures que le Père engendre le Fils, avant la naissance de. la première aurore; que, par leur action commune, ils font naître, selon le catholicisme, la troisième personne de la mystérieuse trinité et que se prépare ainsi, au profit des hommes et avec le concours de la Mère divine, l'incarnation du Fils.
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Par cette mythologie, sur laquelle TÉglise d'Orient et celle d'Occident se sont séparées, se trouve en partie comblé l'intervalle qui sépare le créateur de la créature. Le monde est, en effet, produit par Fintermédiaire ,du Fils, en vertu de l'acte primordial du Père. En outre, c'est le Fils qui, par un mystère ineffable, s'incarne dans le sein d'une femme, dont sa naissance ne détruit pas la virginité. Cette femme n'est point telle que les épouses des hommes ; quand elle a été choisie pour concevoir du Saint-Esprit, elle a conçu et enfanté, selon l'expression de Tévangéliste saint Jean, sans que le désir charnel et la volonté de l'homme y fussent pour rien; il n'y avait, par conséquent, aucune raison pour qu'elle cessât d'être vierge.
C'est ce que les hommes de nos jours ne veulent
point admettre. On a tort, cependant, quoique la science en elle-même soit infaillible, et vraiment il n'est à notre connaissance aucun livre, d'une érudition approfondie, qui attaque l'Église sur la partie mythologique de sa doctrine. Ce n'est pas, en effet, y porter atteinte que de signaler les mêmes conceptions dans des religions orientales antérieures au christianisme; c'est montrer, au contraire, que ces figures sont le domaine commun de notre race et constituent notre poésie sacrée. Or, la poésie est d'autant plus acceptable, qu'elle est plus universelle, et personne ne niera que ces grandes images, créées par le génie des peuples aryens et adoptées par TÉglise, ne soient l'œuvre d'une poésie fort élevée et d'un mysticisme profondément empreint de métaphysique. On ne peut pas même reprocher au catholicisme d'avoir poussé trop loin son idée, en proclamant immaculée la conception de la vierge Marie. Du moment où Ton sort des conditions de la nature, le poète n'a pas de comptes à rendre au savant, et l'on serait bien injuste de blâmer une religion de ce qu'elle offre à la poésie et aux arts tout un monde de créations, supérieures à la prosaïque réalité.
Ce qui vient d'être dit de la mythologie catholique, qui, du reste, ne diffère pas notablement de
celle des orthodoxes, on peut le répéter de la partie du drame divin qui s'accomplit sur la terre. Pourquoi réduire les personnages de cette belle légende aux proportions mesquines de notre humanitéi? Et comment faire admettre aux critiques de nos jours vraiment savants, que pendant dix-huit siècles les hommes aient adoré un homme? Cet homme, ce réformateur^ dont quelques personnes ont essayé de refaire « l'histoire q , en 6tant de sa légende tout ce qui s'y trouve de divin et de merveilleux, on ne connaît point son nom : Jésus signifie sauveur et désigne celui qui a clos, en réalité, Tère des sauveurs ; Christ veut dire oint, et désigne soit l'onction divine du Fils par le Père, soit l'onction mystique du roi qui va s'offrir eu sacrifice. On ne connaît pas son lieu d'origine; estce Bethléem ou Nazareth? Sa véritable origine n'est-elle pas le ciel lui-même ? On ignore le point oix il est né : une tradition dit « dans une étable entre le bœuf et l'âne » ; une autre dit « dans une grotte naturelle », loin des hommes. Sa famille est en grande partie idéale : sans compter ses frères, qui n'étaient point complètement ses frères, sa mère reste vierge comme la vierge Mâyâ, mère du Bouddha; un évangile non canonique raconte même comment sa virginité fut matériellement constatée.
Il a deux pères, un céleste qui Ta engendré éternellement, comme le feu de la vie universelle, comme une lumière née d'une lumière ; un terrestre, qui était charpentier, comme le père terrestre d'Agni. Il naît h Taurore entre le soleil et la lune; il meurt crucifié entre le soleil et la lune ; et quand il ressuscite, c'est encore entre ces deux luminaires, au moment même de Taurore. Sa vie sur terre est inconnue : il paraît dans la force de Tâge, prêche un moment parmi les hommes, et, après trois jours de mort apparente, il sort du tombeau, s'élève dans les airs et disparaît au sein duPère,quiravait envoyé.
Tout cela n'est point d'un homme, mais d'un è,tre supérieur à l'humanité. Ceux qui, dans ces derniers temps, ont composé des récits de la « vie de Jésus » n'ont point fait des œuvres scientifiques ; ils ont laissé dans cette vie, prétendue ramenée aux conditions ordinaires.de l'histoire, une foule de traits qui ne sont point humains ; s'ils les avaient retranchés avec les autres, il ne serait presque rien resté de cette magnifique légende. Supposé même que rhomme-Jésus , reconstitué par eux, fût un personnage historique, ayant vécu sous Tibère, ce n'est pas cet homme que les chrétiens ont adoré ; il n'intéresse guère la science et il est étranger à la
religion. En le repoussant, les catholiques n'ont point eu tort et sont demeurés fermes dans leur conception. L'état de la question est resté ce qu'il était avant ces tentatives. De la légende de Krishna ou d'Agni on pourrait aussi bien extraire une série d'actes humains pour en composer un récit.