‹ Le catholicisme contemporainChapitre 91 sur 94 · LE CHRIST. — LA NOUVELLE TRINITÉ · texte numérisé non relu

LE CHRIST. — LA NOUVELLE TRINITÉ

les docteurs de TÉglise, surtout ceux de l'église latine. Au contraire, ils sont tout imprégnés des théories asiatiques et proclament comme base de la foi le Fils de dieu fait homme. Il y a donc dans ces théories un terrain de conciliation entre TEglise et les savants. Il faudrait, pour que Ton parvînt à s'entendre, que le catholicisme renonçât à lu partie sémitique de sa doctrine et rentrât dans la grande famille des peuples aryens. Il lui deviendrait possible de rendre raison de sa mythologie, d'en expliquer Torigine et le sens, de déchirer les voiles dont il a été forcé de la couvrir, et de montrer enfin qu'elle cache une interprétation générale du monde, acceptable pour les métaphysiciens comme pour les savants. Au lieu d'entrer dans cette large voie, qui lui rouvrait l'avenir et pouvait le réconcilier avec l'esprit moderne, le catholicisme s'est enfoncé de plus en plus dans le système des personnalités divines et de leur intervention miraculeuse, dans les choses du monde. La puissance de détourner les lois de la nature et d'en suspendre le cours a d'abord été attribuée à ce dieu créateur^ dont on faisait un sultan céleste. De ce dieu, elle a passé axix personnes sacrées, que la théorie de l'incarnation plaçait dans son voisinage, à Jésus, à ses apôtres, aux disciples de ses apôtres, aux saints, aux pontifes, aux prêtres

et môme à de simples croyants. En même temps le culte a changé de nature. Dans la première liturgie le rite quotidien s'adressait exclusivement à Dieu ; le rite annuel célébrait, par une série de prières habilement coordonnées, les grands mystères d'origine asiatique, qui roulent autour du dogme de Tincarnation. Peu à peu le Père céleste a été comme relégué au second plan ; Jésus est devenu l'objet des principales adorations. Le Fils, à son tour, a pour ainsi dire cédé la place à la Mère, qui a vu venir se placer à ses côtés son époux humain, Joseph le charpentier. Il en est résulté un fait que chacun peut constater dans les églises, dans les nouveaux livres de prières, chez les marchands de statues et d'images, dans le vocable de nouveaux ordres monastiques et de nouvelles congrégations : c'est qu'il y a, chez les catholiques de nos jours, en quelque sorte deux Trinités : l'une est abstraite, elle intéresse surtout les théoriciens, c'est l'ancienne trinité du Père, du Fils et de l'Esprit ; Taulre est plus accessible aux imaginations el plus souvent invoquée, c'est celle de Jésus, Marie et Joseph; les trois initiales de ces noms sont, pour les ordres enseignants, ce qu'était jadis pour tous les chrétiens le monogramme du Christ, un objet de piété et un signe de reconnaissance.

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