LE MATERIALISME CATHOLIQUE
Il n'est pas moins intéressant d'observer la nature du culte rendu à ces trois personnages. Un réalisme singulier, une sorte de matérialisme religieux s'y est insinué peu à peu et y domine entièrement aujourd'hui. Les esprits ont cessé de s'appliquer à la méditation des grands mystères ; on nomme l'incarnation, mais on ne Tétudie pas ; le rôle supérieur du Fils, qui passionnait les anciens chrétiens, est mis de côté. Ce qui prédomine, c'est la partie terrestre de sa vie, ses actes matériels, ses sentiments humains. Sa grande et sublime légende n'est plus comprise; elle est réduite aux plus mesquines proportions; on en a affadi toutes les circonstances, en donnant de chacune d'elles une interprétation arbitraire, moitié mystique, moitié
morale ; une fausse sensibilité y remplace Tintelligence des faits les plus simples et les plus vulgaires.
Les docteurs les moins suspects de mysticisme et d'illusions ont abondé en ce sens: nous avons sous les yeux le Manuel des Catéchismes de M. Dupanloup ; c'est un cbef-d'œuvre en ce genre ; il est difficile de concevoir que la légende du Fils de rhomme ait pu donner naissance à quelque chose d'aussi puéril, d'aussi dépourvu de saveur et d'aussi faux.
En même temps des moines, dès le moyen âge, mais surtout certains religieux des temps modernes, détournant la pensée du fidèle des anciennes conceptions idéales, lui ont donné pour aliment les images les plus matérielles. Après avoir fait venir au premier plan des personnages secondaires, ils ont proposé à son adoration des organes corporels; les cœurs saignants de Jésus, de Joseph et de Marie. On s'est vanté çà et là, dans la catholicité, de pos» séder leurs reliques, non leurs os comme ceux des saints, mais des objets qui les avaient touchés. L'église Sainte-Croix de Rome a le titre de la croix, Trêves un clou et une épine, Toul une portion d'un clou; Trêves possède aussi la tunique, Turin le suaire. Saint- Jean de Latran l'éponge, le Vatican la