XVI PRÉFACE
légitime de conscience, qu'il trouble Tordre véritable, celui qu'il croit servir, au profit de Tordre factice et menteur, le seul qu'il serve en réalité.
L'humanité, dans ceux-là mêmes qui s'en sont montrés les moins dignes représentants, soit par leurs opinions soit par leur conduite, est toujours Thumanité et mérite encore nos respects et notre pitié. C'est à ces nobles et généreux senliments que les temps modernes sont redevables de mœurs plus douces que celles qui déshonorent les temps barbares des sociétés antiques, ou celles du moyen-âge chrétien, où le fanatisme religieux inspirait en grand la persécution et l'atrocité dans les lois d'ordre public.
Qu'on y prenne garde, si c'est autre chose que l'humanité qu'on respecte dans l'homme, dans ce qui reste de lui quand il a cessé de vivre, il n'y aura plus rien de respectable en lui d'une secte à une autre. Il n'y aura plus de raison pour que la division, le mépris, l'outrage ne s'emparent pas de tous les cœurs, puisque enfin la Providence a permis que les croyances religieuses divisent les pauvres mortels, depuis ceux qui ne croient voir Dieu nulle part jusqu'à ceux qiii pensent le voir partout.
Ne serait-ce pas là une raison suffisante de n'être pas plus difficile que la Providence elle-même, et de lui laisser le soin de juger tous ses enfants, surtout dans les idées de ceux qui reconnaissent avoir reçu du Ciel le précepte de ne point juger et de laisser ce soin au père commun. Ne pouvant plus faire périr sur le bûcher ceux qui ne pensent pas comme eux, ils en jetteraient encore les restes à la voirie ou en pâture aux bêtes féroces si des mœurs et des lois plus humaines, et par là même plus d'accord avec le vrai christianisme, ne mettaient un frein à leur zèle intem • nestif et furieux.