PRÉFACE. XVII
C'est cet esprit d'inhumanité et d'intolérance, esprit toujours prêt à renaître, qu'il faut surveiller, contenir et combattre dans tous les temps. II est aussi indestructible que les autres passions humaines, et il demande comme elles toutes à être maintenu dans les limites du juste et de Thonnête.
C'est d'ailleurs au bon sens de chacun, bien plus qu*à la science de quelques-uns et au pouvoir public, que nous faisons appel pour apprécier tout ce qu'il y a d'extravagant, de faux et de dangereux dans le grand nombre de faits et de doctrines que nous signalons. L'erreur a plus que le droit d'être, puisqu'elle est inévitable ; mais ce n'est pas une raison pour qu'elle ne soit pas combattue par ceux qui s'estiment dans le vrai, tout en respectant la bonne foi de ceux qui se trompent. Et comme nous tous en sommes là, quoiqu'à des degrés divers, nous avons tous une raison plus que suffisante d'être indulgents pour les personnes, tout en nous montrant intraitables pour les choses qui nous semblent condamnées par la vérité et la justice.
Nul droit n'est absolu, eh ce sens qu'il soit sans limites : celui du père de famille trouve naturellement son terme dans le droit de l'enfant, dans celui de l'État, dans celui de chacun des citoyens qui sont intéressés à ce qu'aucun membre de la cité ne fasse rien qui puisse être nuisible aux intérêts de tous.
Il est visible en effet que toute la bonne foi du monde ne suffit pas pour légitimer d'une manière absolue le choix d'une religion par le père pour son enfant. C'est beaucoup déjà, si ce n'est trop, que ce choix ne soit fait que provisoirement et sauf libre ratification ultérieure de la part du principal intéressé dans cette affaire.
XVra PRÉFACE.
II est certain encore que TÉtat, la chose publique^ peut avoir à souffrir du choix de telle ou telle religion pour les futurs citoyens.
Enfin il n'est pas moins évident que les citoyens, pris individuellement, auxquels on donne des associés civils imbus de telle ou telle croyance religieuse, en ressentiront les bons ou les mauvais effets.
Malgré ce triple intérêt, ce triple droit, qui limite le droit religieux du père de famille, nous sommes cependant pour le respect absolu de ce droit, par la raison que les abus qui peuvent en résulter sont incomparablement moindres que ceuxqtii découleraient du principe contraire.
Mais quoi ! demandera-t-on, faudra-t-il encore respecter le droit du père de famille, ou plutôt le père de famille aurat-il encore un droit, s'il entend que son enfant ne reçoive dans les écoles publiques, ou des instituteurs de son choix, aucune instruction religieuse? — Pourquoi pas?N'a-t-il pas des raisons plus que suffisantes pour être en défiance contre une religion d'État quelconque, pour se réserver l'enseignement religieux qu'il estime le moins mêlé d'erreurs et de dangers? D'autres sans doute pourraient en être meilleurs juges; mais ils pourraient aussi se tromper plus lourdement. Et d'ailleurs où les prendre? Et d'un autre côté, de quel droit s'imposeraient-ils?
Et si le père de famille ne veut pour ses enfants aucun enseignement religieux, faut-il encore lui en reconnaître le droit? — Pourquoi noi>y encore une fois? N'est-ce pas qu'alors évidemment, qu'il le veuille ou non, il leur réserve le droit de choisir eux-mêmes, quand ils en seront capables, la croyance religieuse qui leur conviendra, fiit-ce la croyance purement philosophique? Qui pourrait nier