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manière de voir d'un grand nombre de nos compatriotes, de nos contemporains, de nos amis, de ceux dont notre enfance et notre première jeunesse partagea les croyances. Nous les prierions de nous pardonner de nous être séparé d'eux si la conscience ne nous en avait pas fait un devoir ; si nos convictions n'avaient pas été l'effet naturel et nécessaire du travail intellectuel qui s*est accompli lentement dans notre esprit, et si enfin les croyances les plus sincères et les plus ardentes avaient le droit d*être offensées d'une dissidence dans des âmes qu'elles affectionnent et qui peuvent être, elles aussi, d'une parfaite sincérité. Mais s'il n'y a pas le droit d'être offensé, il y a le fait d'être attristé, qu'on ait tort ou raison d'ailleurs de penser et de croire comme on pense et comme on croit. Cela nous suffit pour être affligé nous-même d'une peine que nous pouvons occasionner, et pour que nous priions nos amis d'une autre croyance, de nous pardonner et de vouloir bien rester encore avec nous dans les sentiments d'une comnaunion plus large, fût-elle tout humaine. Nous avons consacré toute notre vitf à la sincère recherche de la vérité, et nous avons cru devoir abandonner bien des dogmes qui n'ont pu supporter les regards soutenus de la critique la plus désintéressée et la plus réfléchier
Si nous nous trompons, Dieu nous jugera ; seul il a le droit de le faire; nous ne relevons que de lui et de notre conscience. Nous ne pouvons reconnaître à personne, à aucun mortel, sujet à Terreur comme nous, le droit de nous imposer sa foi ; une foi que l'immense majorité de ceux qui la professent n'ont pu ni voulu examiner, une foi qu'ils voudraient imposer de confiance ou d'autorité comme elle leur a été imposée à eux-mêmes. Si le très petit nombre l'a
soumise sincèrement, impartialement, longuement au creuset de la réflexion, et si elle en est sortie à leurs yeux éclatante de pureté et de vérité, nous ne pouvons que les en féliciter ; mais ce n^est pas là une raison suffisante pour que nous ayons le droit et surtout le devoir de ne tenir aucun compte du résultat bien différent que nous avons obtenu dans des conditions analogues. Comme eux nous avons usé consciencieusement de notre intelligence; et nous n'avons ni à répondre du résultat nécessaire de cet usage, ni à regretter de n'avoir pas vu par des yeux qui ne sont pas les nôtres, ni même de rie pas avoir vu autrement que nous avons vu^ puisque nous avons l'assurance d'être au moins dans une vérité relative, la seule que nous pouvions prétendre, la seule que nous étions tenu de rechercher et qui devait nous suffire.
Si d'autres en voyant différemment ont été plus heureux que nous, ils n'en peuvent rien savoir ; ils n'ont en tout cas aucune raison de se faire de leurs croyances un titre -^ à rinfaillibililé, et moins encore un droit à la tyrannie des intelligences qui diffèrent de la leur.
La grande affaire n'est pas la foi, une foi brute et sans raison, mais la bonne foi dans l'examen de la foi et dans la croyance qui en résulte. C'est cette bonne foi qui constitue la religion universelle de toutes les consciences phis ou moins éclairées^ honnêtes et droites, et qui fait de toutes les Églises séparées une seule Église, l'Église vraiment catholique. C'est la bonne foi, même dans la simplicité d'une croyance peu ou point examinée, mais pleine de modestie, de tolérance et de charité, qui constitue l'esprit du christianisme, ce qu'on appelle l'âme de l'Église.
Ainsi entendu^ le christianisme est encore ma religion, et
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nul n'a le droit de faire qu'il ne la soit pas. A ce compte je me crois et me déclare hautement chrétien, et je veux, s'il platt à Dieu, achever ma vie dans une croyance qui n*a jamais cessé d'être la mienne. Ce n'est qu'en brisant les barrières beaucoup trop étroites d'un formulaire de foi presque tout entier en dehors de l'Évangile et de son esprit, souvent même en dehors de l'Évangile supérieur du Verbe absolu, de la raison qui éclaire tout homme venant en ce monde, que j'ai pu rester fidèle à l'âme de l'Église. Quant au corps, c'est autre chose. J'avoue que depuis longtemps il m'a été impossible d'être dogmatiquement et pratiquement catholique, comme le catholicisme veut qu'on le soit, à moins d'être par lui rejeté de son sein. Quoique né et élevé dans cette religion, quoique formé dans ma jeunesse, depuis le collège jusqu'au grand-séminaire Inclusivement, par des prêtres, et peut-être en grande partie par cette raison, je n'ai pu persister dans des croyances et des pratiques qui m'ont de moins en moins satisfait, à mesure que j*y ai plus réfléchi.
Ce n'est point par vanité ou par outrecuidance que je parle ici de ma foi passée et présente, c'est par nécessité. Si obscures que soient ma personne et mon existence, si faible que soit ma pensée, j'ai le droit commun de prendre la parole dans le plus grand débat du siècle et de motiver mon opinion en disant qui je suis, d'où je viens et où je compte aller. J'ai le droit de dire, et de prouver si je puis que l'influence de l'esprit catholique dans notre société française est aussi fâcheuse que l'influence d'un christianisme critique, raisonnable ou philosophique pourrait être salutaire.
Je ne méconnais pas pour cela ce qu'il y a d'estimable
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dans l'esprit et les seiîttments d'un très grand nombre d'individus, de beaucoup le plus grand sans doute, appartenant aux corporations religieuses enseignantes ou non enseignantes. Il ne s'agit point, je le répète, des personnes, mais des choses, des institutions, des doctrines. Je ne crois pas les premières sans dangers pour les individus et les peuples qui s'y abandonnent avec trop de confiance, et je suis loin de regarder les autres comme exemptes d'erreurs, et d'erreurs pleines de périls. Je crois donc les unes et les autres de nature à exercer sur les jeunes âmes une influence qui n'est pas toujours des plus bienfaisantes.
Est-il bien sûr que cette influence ne soit pour rien dans les maux qui affligent depuis longtemps notre malheureuse société française? Si l'on fait l'inventaire, au moins approximatif d'une certaine classe de ces nombreuses misères, et qu'on se demande ensuite quelle en est l'origine, la réponse semblera peu douteuse.
Or je mets au nombre des maux dont souffrent trop visiblement tous les peuples catholiques, particuliifrement la France :
1® Beaucoup de superstitions, et des superstitions qui passent pour de la religion.
2« Des dogmes anciens, et surtout des nouveaux dont le bon sens et d^s esprits exercés sont loin de pouvoir toujours s'accommoder.
3*» L'esprit d'intolérance et de persécution , esprit qui engendre naturellement une réaction qui lui ressemble.
4^" La déplorable confusion de la morale purement ecclé* siastique et de la morale évangélique, avec prépondérance trop souvent accordée à la première sur la seconde.
»• La confusion fâcheuse encore de la morale évangé-