‹ Le catholicisme et l'instruction publiqueChapitre 17 sur 42 · XXVI PRÉFACE · texte numérisé non relu

XXVI PRÉFACE

qui s'impose sans examen et sans contrôle, ou à laisser les populations dans une ignorance sinon absolue ou sans distinction, du moins absolue en beaucoup de choses ; heureux encore quand Terreur, pire que Tignorance, n'en prend pas la place..

18® Le caractère essenlieliement autoritaire, de mémoire et par conséquent passif, de renseignement moral et religieux, et par suite la même tendance, la même méthode pour toutes les autres branches de renseignement ; de là le défaut de culture pour le jugement et le raisonnement, défaut qui a pour conséquence inévitable la paresse et Tengourdissemenl de ces facultés, la routine, l'absence d'examen, de critique, d'esprit d'invention et d'initiative.

19" La tendance à mettre partout l'autorité et la force à la place de la raison, et l'habitude que le peuple lui-même et les partis qu'il peut former contractent de procéder en toutes choses, en politique comme ailleurs et plus qu'ailleurs, par la force; par conséquent :

iOP L'esprit de mépris, d'incrédulité, d'insubordination et de révolte même en matière de philosophie spéculative ou pratique, religieuse, morale, économique et politique ; esprit bien plus commun qu'on ne pense, et qui a sa grande part d'influence dans le triste état de plusieurs peuples catholiques. Il prend aisément un caractère systématique chez les partisans exclusifs de l'autorité ecclésiastique, qui deviennent alors des instruments aveugles et passionnés d'un pouvoir théocratlque absolu qu'ils partagent et qui fait toute leur force. Ils ne peuvent souffrir qu'on cherche à s'en affranchir. Ils insultent à la pensée consciencieuse-^ ment libre, comme si elle était nécessairement erronée, arbitraire, immorale, subversive, matérialiste et athée, de

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cela seul qu'elle s'est dégagée de la directiou mystique qui prétendait lui dicter tout ce qu'elle avait à croire et tout ce qu'elle avait à faire.

Mais les six pFus grands défauts du catholicisme, et qui doivent par cette raison être notés à part, c'est : — d'être incorrigible dans ses erreurs et dans les torts qui en sont la conséquence, parce qu'il se croit infaillible, en possession de la vérité absolue, et qu'il ne tient aucun compte de la vérité relative ; — d'être, par suite, civilement insociable et persécuteur ; — d'être l'instigateur et l'auxiliaire né de tout despotisme civil qui consent à le servir;

— et par conséquent d'ambitionner partout et toujours, non seulement son indépendance à l'égard de l'autorité civile^ ce qui est très naturel, mais l'asservissement de cette autorité même, afin de la faire servir à ses propres fins de domination à l'intérieur et de conquête à l'extérieur ; — d'être slationnaire quand il n'est pas rétrograde;

— enfin d'être fatalement Tennemi de tout mouvement, de tout progrès^ par conséquent de toute liberté de pensée, de parole, de presse, d'enseignement et de culte. Et tout cela par charité, pour faire entrer ou retenir le monde, de gré on de force, dans le giron de l'Église, hors de laquelle il n'y a point de salut. •

Voilà, sans développement, les torts principaux du catholicisme quant à son esprit, à sa conduite et à sa méthode.

Le protestantisme orthodoxe ou autoritaire, celui qui veut avoir un credo absolu et l'imposer, tient, quoiqu'à un bien moindre degré, de la plupart des défauts précédents. Ce serait cependant, à notre avis, un très grand bienfait pour la France, si tous ceux qui ne peuvent plus

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être catholiques d'idées eldésentiments^ mais qui«nt encore l'esprit chrétien, passaient en masse au protestantisme, même orthodoxe; ce serait déserter le catholicisme romain, un catholicisme restreint, une religion universelle particulière, une contradiction par conséquent, pour une religion beaucoup plus large, plus près de l'universalité, en attendant la chute des barrières de l'orthodoxie protestante elle-même .

Il y a donc un autre protestantisme que celui qui s'appelle orthodoxe; c'est le protestantisme libéral ou philosophique^ le christianisme le plus large et le plus généreux; c'est le catholicisme de l'avenir ou le christianisme rendu à l'esprit primitif de son fondateur. C'est la religion de tous les hommes de bonne volonté, de tous les esprits qui ont le sentiment des droits et des devofrs de toute conscience individuelle ; de tous ceux qui veulent avant tout la liberté de la conscience, sa parfaite sincérité, le respect absolu de ce sanctuaire religieux par excellence.

Le protestantisme libéral n'est plus, il est vrai, qu'une philosophie religieuse. Mais n'est-ce donc rien que la doctrine d'un maître lel que Jésus et la conscience humaine pour libre disciple ? N'est-ce rien que de relever de cette conscience, dont tout homme est porteur en face de Dieu, d'être affranchi de toute autre autorité morale et religieuse pour être plus strictement astreint à cette autorité inférieure, la plus sainte de toutes, après celle-là seule, dont elle relève immédiatement? Ce mépris de l'autorité de la conscience, le sacrifice qui en est fait en principe à une autorité conventionnelle et fictive, étrangère, extérieure, qui ne peut jamais ou en tenir lieu ou l'étouffer complètement, ce mépris, disons-nous, ne prouve que trop combien le

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