XXX PRÉFACE
n'entendons point laisser en souffrance dans nos écoles Ten* seignement moral et religieux ; nons voudrions au contraire qu'il fût donné et plus fort et plus complet, mais au nom de la raison seule. C'est une lacune à remplir.
Si les congrégations enseignantes voulaient en cela se mettre d'accord avec les besoins du temps et du pays^ se borner à l'enseignement des connaissances purement humaines, y compris la religion et la morale naturelles, sans y mêler renseignement d'une religion positive, ou en y consacrant, pour ceux qui voudraient le recevoir par leur intermédiaire, des classes exceptionnelles et sans préjudice pour fout le reste, il n'y aurait plus aucune raison de distinguer entre eux et les instituteurs laïques, et ils pourraient dès lors être également reconnus et rétribués par l'Élat. L'enseignement public serait partout laïque ; les personnes seules seraient ou laïques ou ecclésiastiques. On ne voit pas, à ce compte, pourquoi l'instituteur laïque ne pourrait pas, si les familles le désiraient, et pour ceBes-là seules qui le demanderaient formellement, être chargé par elles de renseignement d'une religion positive, sous la direction et la surveillance du curé, du pasteur, du rabin ou de l'uléma.
Il y aurait dans cette mesure loyalement exécutée, toutes les garanties nécessaires d'une instruction complète au gré des familles, et du respect de toutes les consciences et de la juste liberté de chacun.
Mais il est nécessaire que la partie philosophique ou purement rationnelle de la morale et de la religion reçoive dans nos écoles publiques, dans les écoles normales en particulier, un développement proportionné à son importance. Le catéchisme et la théologie positive peuvent moins
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que jamais tenir lieu de cet enseignement développé de la raison et de la conscience, spontané ou réfléchi, de renseignement tiré tout à la fois du sens commun et de la philosophie.
Il faut donc fortifier à tous les degrés les études philosophiques, les relever de la décadence où les a fait tomber systématiquement l'esprit antiphilosophique, aniilibéral, qui n'a cessé de présider à renseignement public en France, et qui a sa principale cause dans le despotisme naturel à Tesprit clérical, dans son aversion innée pour toute étude et toute méthode qui rendent à l'homme l'entier usage de sa juste liberté, qui lui inspirent le goût et le besoin de s'y livrer, le vif sentiment qu'il a le droit de le faire, et qui lui apprennent à bien régler ses actions au point de vue de tous les intérêts réunis, politiques, domestiques, individuels, économiques, juridiques, esthétiques, moraux et religieux.
Les larges, fortes et libres spéculations de ce genre (et il n'y en a pas de larges et de fortes sans liberté) ont l'avantage considérable d'élever les âmes en les passionnant pour les nobles choses; de faire naître les puissantes convictions; d'habituer la pensée à une réflexion étendue et profonde en toutes choses, et par conséquent de former à l'esprit d'examen et de critique ; de donner conscience de la faiblesse comme aussi de la force de l'esprit humain ; de prévenir par conséquent cette étroite et fanatique opiniâtreté qui ne sait douter de rien, le scepticisme qui se refuse à toute croyance, même à la plus raisonnable, ou enfin cette immobilité de l'esprit dans des croyances qu'il n'est pas tenu de comprendre, qui ne sont pour lui que de vains mots auxquels seuls la pensée s'attache comme
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à l'ombre d'une vérité possible, mais qui ne peut être qfinnue, qu'il est parfaitement inutile, si ce n'est même défendu, de vouloir chercher à connaître. De là l'indifférence apathique pour des questions du plus haut intérêt, ou une impuissance et un éloignement qui tient de l'inertie habituelle de la pensée, et qui engendre l'atrophie et comme la paralysie de l'intelligence. De là enfin cette espèce de crétinisme des individus et des peuples qui ont vieilli dans cette longue torpeur obligée de la réflexion.
Cet état de choses n'est malheureusement pas une fiction. Nous ferons voir dans un autre ouvrage, qui est comme le complément de celui-ci et qui aura pour titre : De la décadence du sentiment moral et religietAXy comment un pareil état des âmes est devenu celui de la France, et comment il. serait possible d'y remédier.
Les aperçus qui précèdent et la conclusion pratique qui en résulte ne sont pas une opinion isolée et toute personnelle ; un grand nombre d'esprits cultivés et réfléchis partagent cette manière de voir. Nous n'en citerons qu'un seul, M. Ch.Renouvier. Il dit dans la Critique philosophique qu'il publie de concert avec M. P illon, autre esprit net , ferme et juste, il dit : « Le catholicisme, qui n'avait jamais possédé les principes d'une éducation morale convenable à des cités, à des citoyens, aux relations du travail, à celles du commerce, en un mot, du monde ; mais qui du moins avait été l'instrument d'une efficace préparation des hommes pour la vie sociale, dans des sociétés purement autoritaires ; le catholicisme est devenu le principal obstacle à rétablissement des institutions éducatrices dont le monde moderne a besoin. Et l'obstacle est double : il y a empêchement au progrès naturel des esprits, parle fait d'une morale corrompue