PRÉFACE. XXXIII
qui enseigne des devoirs faux ou stériles, tonobés dans le mépris de la raison ; et il y a résistance obstinée pour tout ce qui pourrait être tenté pour l'enseignement de la morale rationnelle au peuple; D'une part, les enfants sont élevés et les femmes sont maintenues autant qu'on le peut dans l'ignorance du droit ; on travaille à les désintéresser des affaires publiques, ou du moins à les empêcher d'y apporter les fruits d'un jugement personnel ; en sorte que si l'on ne réussit point à assurer des âmes damnées à l'Église, et l'on y réussit en effet de moins en moins, on parvient à ce résultat d'asseoir les esprits dans un néant de moralité qui se prête à toutes les perversions quand surviennent des occasions mauvaises. D'un autre côté, ce que les éducateurs cléricaux ne font ni ne peuvent faire pour élever des hommes à la raison, ils ne souffrent pas, ils ne peuvent pas souffrir que d'autres le fassent, parce que ce serait une atteinte définitive portée à leur autorité... /
a Les masses sont (ainsi) dénuées non seulement, comme on le dit tous les jours, de l'instruction appropriée à leur rôle dans l'État, et même aux fonctions intelligentes du travail, mais, ce qu'on ne veut pas assez voir, de toute éducation proprement dite. Elles n'acceptent pas des mains d'un clergé, devenu souvent, il faut bien en convenir, odieux, la morale mystique, la seule à peu près qu'il puisse ou veuille leur enseigner. Et hors de l'Église, elles ne trouvent pas une école différente de l'Église ; hors du catéchisme, un enseignement des lois de la raison et des principales applications de ces lois aux relations de la famille, du travail, du commerce et de la cité.
a Les pays protestants ne présentent pas au même degré cette désastreuse lacune. Grâce à la réforme, l'éducation