‹ Le catholicisme et l'instruction publiqueChapitre 3 sur 42 · PRÉFACE. VU · texte numérisé non relu

PRÉFACE. VU

gence et de justice à l'égard de ses adversaires , qu'on abondera plus profondément dans son propre sens. On poussera cette ardeur jusqu'au fanatisme, et le fanatisme d'une espèce suscitera le fanatisme d'une autre espèce toute contraire. Voilà de quelle manière le mal engendre le mal.

Le remède commun, — et aux plus sages ou aux moins fous de commencer, — c'est de se replier sur soi-même, de chercher à reconnaître ce quil y a d'excessif, de faux, d'inopportun tout au moins dans notre manière de voir et d'agir; de chercher à comprendre ce qui égare l'opinion adverse, d'en essayer le redressement, d'être assez juste enfin pour faire la part de l'erreur et de la bonne foi dans les jugements et les actes de nos adversaires, comme nous voudrions qu'ils comprissent que tout en nous n'esi pas précisément affaire de mauvaise volonté. Or quel meilleur moyen d'arriver à ces dispositions intellectuelles et morales, que de se rendre compte à soi-même, en présence de tous, des idées et des inclinations qui nous font parler et agir, et d'inviter les autres à faire de même, bien loin de leur imposer brutalement silence ?

Qu'on discute donc ; qu'on le fasse librement ; qu'on dise tout ce qu'on a dans le cœur et dans la tête ; mais qu'on entende aussi tout ce que sentent et pensent ceux qui ne sont point de notre avis. Cette liberté est nécessaire à la discussion, comme la discussion est nécessaire à l'entente, et l'entente à la paix. Sans elle on s'aigrit de part et d'autre, on devient ennemi, les camps se séparent, plus (le communication ni de pourparlers, la division devient de plus en plus* tranchée, la haine s'empare des cœurs, et les hostilités commencent sans qu'on puisse en prévoir la mesure et la fin.

vin PRiTACB.

Alors on parle encore, on a même jusque là parlé beaucoup, mais bien moins pour s'expliquer que pour s'injurier et se maudire. Ces paroles ne sont donc pas celles où les préventions trouvent déjà un certain apaisement, et les préjugés une ouverture par laquelle le jour puisse ^e faire.

Autant la discussion peut être bienfaisante pour soi-même et pour autrui, puisque toute discussion est nécessairement réfléchie déjà quoiqu'elle puisse être partiale encore, autant les injures et les déclamations passionnées sont irritantes et nuisibles. Et pourtant. Dieu merci, ces excès ne sont que trop ordinaires dans le parti qui se dit et paraît se croire religieux; les gros mots à l'adresse de ceux qu'il traite d'ennemis, et qui ne sont tout au plus, un grand nombre du moins, que des adversaires ou desimpies antagonistes, ne leur font pas défaut. Pourquoi ne serait-il pas permis de répondre.à tant d'injures par quelques raisons?

Certes, s'il est jamais permis de s'expliquer, c'est surtout quand on est au moment de se battre. Sans doute il eût été mieux de le faire plus têt. Mais si on ne l'a pas fait, ou si on Ta tenté vainement, est-ce une raison pour ne pas l'essayer ou pour désespérer d'une nouvelle tentative? Si l'on ne peut se faire écouter, ce n'est pas même une raison de ne pas crier à la violence et à la tyrannie ; la protestation est le dernier droit qui reste à la justice opprimée ; c'est le droit du vaincu.

Mais, grâce à Dieu, nous n'en sommes pas encore là. Nous avons donc un autre droit à exercer d'abord, CQlui de nous défendre contre une agression commencée déjà, et dont l'ambition non déguisée est l'oppression de la pensée, de la conscience, et par cette oppression, celle de toutes les autres libertés. Nous n'entendoi)s pas nier qu'il

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