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CHAPITRE VII

I«es Maristes, les Frères de l'École chrétienne et les Catéchismes catholiques.

Les Maristes ou Petits Frères de Marie sont d'invention toute moderne. C'est comme des lieutenants des Frères de l'École chrétienne ; c'est une congrégation essentiellement enseignante, qui s'est d'abord consacrée à cette mission dans les diocèses de Belley et de Lyon, et qui s'est depuis répandue un peu partout. Les Maristes se vouent également à l'œuvre de Tapostolat chez les infidèles; le Saint-Siège leur a assigné rOcéanie occidentale.

Les Frères de l'École chrétienne ou de Saint-Yon, appelés vulgairement Frères ignaraatins, sont d'institution plus an> cienne, et surtout bien plus nombreux. Ils sont comme les soldats de l'armée catholique, dont les ordres religieux supérieurs et le clergé séculier sont les chefs. C'est le grand levier dont se sert le catholicisme pour endoctriner les masses populaires, et les employer à ses desseins religieux et politiques.

Nous n'avons pas à nous occuper de ce qu'il peut y avoir de particulier ou de propre à l'esprit de ces deux ordres, ni par conséquent de ce que leur enseignement peut laisser à désirer ou à reprendre à cet égard; nous les envisagerons d'un point de vue plus élevé ; nous ne verrons en eux que les propagateurs populaires de l'enseignement catholique.

Nous sommes donc conduit à nous demander quel est cet enseignement, et à jeter ainsi un coup d'oeil, celui du simple bon sens, sur le livre qui en contient les points essentiels, en un mot sur le catéchisme. Comme le catholicisme se flatte de

n'avoir qu'une doctrine, la même toujours et partout, il importe peu de prendre le catéchisme d'un diocèse ou d'un autre pour avoir une idée du catholicisme. Notre choix sera tout fait par le hasarlmême des circonstances. Le catéchisme que nous allons examiner en premier lieu sera donc celui que nous avons appris dans notre enfance, celui du diocèce de Besançon, édition de i84i. D'autres circonstances également fortaites nous déterminent à prendre, comme catéchisme expliqué, celui de Dijon. Enfin l'autorité universelle dont jouit le Catéchisme du Concile de Trente dans toute la catholicité nous porte à en examiner quelques points.

Notre intention, nous le répétons à dessein, n'est point de faire ici un examen approfondi de la doctrine catholique; c'est là un travail réservé pour un autre temps. Il ne s'agit pour le moment que d'appeler l'attention du plus simple bon sens sur un certain nombre de points de doctrine, de foi ou de pratique religieuses, qu'on nous donne ou comme la parole certaine de Dieu môme, ou comme la parole infaillible de l'Église, deux paroles qui n'en font qu'une seule en réalité, puisque la vérité est égale de part et d'autre, et que d'ailleurs nous ne connaissons l'une que par l'autre, celle de Dieu que par celle de l'Église. C'est du moins la doctrine de saint Augustin, qui ne veut recevoir l'Évangile que des mains de l'Église, ne le comprendre et n'y croire que comme elle le comprend ellemême et y croit.

Aussi veut-on que cette parole de l'Église, son enseignement réputé divin, soit accepté les yeux fermés ; c'est presque un sacrilège que d'y porter un regard de doute et de critique. C'est à peine s'il est permis de demander, avec tout le respect et toute la soumission possible, quelques explications propres à faire mieux comprendre la vérité de cette doctrine, essentiellement vraie sans doute, mais qu'on peut mal entendre, et à l'occasion de laquelle on peut tomber dans l'erreur. On peut aussi ne l'entendre point du tout, et rester en face d'elle dan^

une ignorance aassi grande que si elle n'existait pas. Non seulement donc il faut Tentendre puisqu'elle existe pour être entendue, mais il faut la bien entendre. Ces deux nécessités sont plus que suffisantes pour justifier notre curiosité, pour légitimer nos doutes et le désir d'en sortir sans dommage dans notre esprit pour l'orthodoxie.

Nous savons du reste que l'enseignement catholique, une fois compris et bien compris, ne peut plus être contredit, que rien ne peut le remplacer. C'est à peine si on permet à la raison de lui venir pour ainsi dire en aide. La raison, en matière de religion et de morale, passe aux yeux de beaucoup de croyants pour un auxiliaire ou inutile ou dangereux. En tout cas il est mis impitoyablement à l'écart, et traité comme un insensé ou un traître, s'il lui arrive d'élever la plus légère difficulté qui ressemble à une dissidence.

Nous osons croire que nos réflexions auront un meilleur sort, et qu'on n*y verra que le désir de nous instruire, de sortir des difficultés que la lecture du catéchisme a fatalement soulevées dans notre esprit; difficultés qui nous semblent devoir inévitablement surgir dans toute intelligence portée à la réflexion, et qu'il est d'autant plus nécessaire de résoudre si elles peuvent être résolues.

Si elles ne le sont points si elles ne peuvent l'être, au moins par des maîtres aussi peu exercés que le sont généralement les Frères Maristes et ceux de Saint- Yon, il s'en présente une autre à Tesprit; c'est celle de savoir jusqu'à quel point l'enseignement même du catéchisme catholique est exempt de sérieux dangers pour les idées et pour les sentiments, jusqu'à quel point par conséquent l'État peut avoir le juste souci de le faire répandre dans ses écoles. On comprendra mieux tout ceci à la lecture de ce qui va suivre.

Catéchisme du diocèse de Besançon.

1* « Y a-t-il quelque autre religion (que la catholique) où l'on paisse faire son salut ? — Non, il n'y a point de salut hors de la religion catholique. > — De sorte que l'ignorance, la bonne foi, le sens moral le plus droit et le plus respecté ne suffiraient pas dans toutes les religions 1 L'ignorance invincible serait-elle donc imputable? Saint Paul aurait-il eu tort de dire que celui qui n'a connu que la loi naturelle ne sera jugé que d'après cette loi ? Nous savons qu'il y a des explications réservées; mais pourquoi réserver un point aussi essentiel, et ne pas le faire figurer au contraire à titre de principe et en première ligne^ plutôt que d'en faire tout au plus une exception ?

2» € Peut-^n se sauver hors de l'Église catholique ? — Non, et tous ceux qui meurent hors d'icelle sont damnés. > — Voilà qui est bientôt dit. Heureusement que ce n'est pas parole d'Évangile, quoi qu'on en dise. En tout cas est-il sage de se mettre en contradiction d'une manière si absolue avec la conscience universelle, avec l'Écriture même ? Est-il humain de faire regarder par des populations ignorantes une foule d'hommes, quelque estimables qu'ils soient, comme des tisons d'enfer ? N'est-ce pas s'exposer à semer le fanatisme à pleines mains.

3» € Tous les hommes iront- ils en paradis ? — Non, il n'y aura que les chrétiens qui auront aimé Dieu et observé ses commandements et ceux de l'Église. > — Il serait curieux de savoir comment on peut observer les commandements de Dieu sans l'aimer, comment ces deux choses ne font pas double emploi, dans l'hypothèse surtout où l'amour de Dieu ne peut suppléer à la connaissance de ses commandements, et particulièrement à celle des commandements de l'Église. Quoi !

les patriarches, qui n'ont connu que les commandements de Dieu, ne sont pas sauvés parce qu'ils n'ont pas pratiqué les commandements de l'Église, qu'ils ne connaissaient pas! Si la chose n'est pas soulenable, l'ignorance forcée excuse donc, pour ce qu'on ignore du moins.

Mais alors pourquoi les commandements de Dieu seraient*ils absolument nécessaires à connaître et à pratiquer pour être sauvé ? Pourquoi de pauvres païens qui n'ont pu se former une saine idée de Dieu, qui n'ont pu l'aimer, seraient-ils damnés pour n'avoir pu l'impossible ? Cet enseignement est-il d'accord avec la conscience du genre humain, avec la saine raison, et même avec la saine doctrine chrétienne ? Quelle fausse idée ne peut-il pas donner de la justice divine^ de la justice absolue, et quel danger n'y a-t-il pas à fausser cette sainte et fondamentale notion 1

4*" < Qui sont ceux qui n'entreront jamais dans le royaume de Dieu? — Les infidèles, les hérétiques et tous ceux qui meurent en péché mortel. » — Laissons de côté pour le moment la question du péché originel, et n'envisageons que le péché actuel. Décidément alors c'est un péché mortel que d'être infidèle sans qu'on s'en doute, d'être hérétique avec la conviction qu'on est dans le vrai ? Si ce n'est pas là un péché mortel, ce ne peut pas être non plus un péché véniel; ce n'est donc pas du tout un péché, et si ce n'est pas un péché, ce n'est pas un mal moral imputable; ce n'est pas un mal absolument, fût-ce un malheur. Comment donc serait-on damné pour une chose innocente en soi ?

Si Ton soutient au contraire que cette ignorance est un péché, un péché mortel môme, comment pourrait-on prouver qu'il en est ainsi ? Et alors encore pourquoi distinguer le péché mortel des autres péchés de même gravité ? Un peu de logique ne serait pas de trop, même dans le catéchisme.

S" « Combien y a-t-il de sortes de péchés ? — Deux, l'ori- 'ginel que nous apportons tous en venant au monde, que nous

avons contracté dans Adam, et l'actuel que nous commettons parnotre propre volonté. » —Sans vouloir contester ici la vérité du dogme, nous ferons remarquer qu'il y a peut-être une manière moins choquante de le présenter. Qu'est-ce que contracter un péché? Gomment le peut-on contracter dans un autre, dans lequel on n'est pas, dans lequel on est du moins sans personnalité, y fût-on substantiellement ? Le catéchisme catholique serait-ii partisan de l'emboîtement de germes à l'infini ou du traducianisme ? L'Église a condamné cette dernière opinion, serait-elle donc pour la première ? Grande question, que le péché originel ne résout point, et qui, fût-elle résolue dans le sens le plus favorable, n'expliquerait point du tout notre participation au péché d'Adam, et moins que cela encore la participation morale à ce péché. Que veut-on dire ? Un catéchisme pourrait être plus clair. Il semble même qu'il le devrait.

6* « Quels sont les péchés opposés à la foi ? — L'ignorance des vérités chrétiennes, l'apostasie et l'hérésie. » — Encore l'ignorance, et cela sans distinction, un péché contre la foi 1 J'en dis autant de l'apostasie et de l'hérésie. Il peut y avoir là parfois des erreurs contraires à la foi, mais des péchés toujours, cela n'est pas possible, s'il est vrai qu'il y ait des hérétiques et des apostats qui soient aussi sincères que peuvent l'être des croyants qui ont la vérité pour eux ; ce qui n'est pas douteux. Mais ils sont rebelles ? Contre qui donc, s'ils ne peuvent admettre l'autorité qui prétend s'imposer à leur conscience ?

Prenez garde ! si vous étiez hérétiques vous-mêmes, vous vous frapperiez de vos propres mains. — Vous êtes sûrs de ne l'être j[>as, dites-vous. Mais cela ne vous justifie point, vos adversaires ont aussi cette persuasion, cette conviction, et vous n'en faites pas moins des hérétiques et des damnés. Si donc vous voulez que votre bonne foi excuse votre erreur, ou suffise pour vous tranquilliser dans votre croyance, pourquoi

la même disposition d'esprit n'aurait-elle pas le même effet pour les autres ? C'est, dites-vous, qu'ils sont dans Terreur. — Ils en disent autant de vous. Par quoi jugez- vous qu'ils y sont, tandis que vous êtes convaincus d'être dans le vrai ? Par votre conviction sans doute? Il y a donc parité, parité absolue; et puisque les croyances ne sont cependant pas les mêmes, il est absolument possible que vous soy^z hérétiques, dans l'erreur tout au moins, et que vos adversaires soient dans le vrai. Encore une fois, prenez-y g^rde !

On nous parle d'autorité, d'infaillibilité, etc. Avez-vous bien réfléchi à tout cela ? Etes- vous donc infaillibles vous-mêmes, pour croire que vous ne pouvez vous tromper en adoptant tout ce qui vous est débité sur les motifs de votre foi? Si vous êtes faillibles, un peu de défiance vous siérait à merveille. Quels sont ceux qui doivent vous être le plus suspects, de ceux qui, restant hommes, veulent avoir le privilège d'être des dieux, ou de ceux qui avouent naïvement qu'ils sont hommes, sujets à l'erreur comme tous leurs frères ? Vous vous retranchez derrière l'Église : mais c'est de l'Église et à TÉgiise que je parle.

A bout de raisons, vous criez à l'orgueil ! contre ceux qui ne peuvent partager vos croyances. Où donc y a-t-il le plus d'orgueil ou dans ceux qui veulent s'imposer à la conscience des autres ou dans ceux qui s'y refusent, et qui n'ont d'autre prétention que d'avoir leur manière personnelle de voir, de comprendre et de croire ? N'est-il pas aussi déraisonnable et aussi tyrannique de vouloir absolument croire pour autrui et lui imposer sa foi, que d'avoir la prétention de percevoir pour lui quoiqu'il ait aussi des yeux pour s'en servir? Eh bien! son intelligence et sa conscience sont les yeux de son âme : ils ne lui ont sans doute pas été donnés pour qu'il ne s'en servît point.

G'est-là, dit-on, du protestantisme. Oui sans contredit; ce qui ne prouve qu'une chose, c'est que la liberté que auppoi6

le protestantisme est le vrai, alors même que l'usage consciencieax de cette liberté pourrait quelquefois aboutir à Terreur. Cette erreur en tout cas ne serait pas imputable. Est-il aussi sûr que le non usage de la raison individuelle en matière de foi soit aussi peu répréhensible aux yeux de celui qui nous a donné la raison ?

7* c Est-il bon d'honorer la croix, les clous, le saint suaire, les images de notre Seigneur Jésus-Christ ? ■— Oui, c'est une chose sainte, louable, et qui a été pratiquée de tout temps dans rÉglise. » — L'histoire est contraire à cette dernière assertion, puisque les clous et la croix sont restés longtemps, très longtemps sans être connus des fidèles, et que rien ne prouve même que ces objets aient été réellement retrouvés^ S'ils l'ont été, l'abus s'est glissé à un tel point, que les clous, la croix, le suaire, les images ont été multipliés miraculeusement ou frauduleusement. On sait qu'il existe plusieurs suaires, et que la croix, si tous les morceaux vénérés comme tels étaient réunis, suffirait à la charge de plusieurs chameaux.

Le saint suaire de Besançon est, dit-on^ sur le point d'être exposé de nouveau à la vénération des fidèles, après avoir été brûlé sur la place publique de cette ville en 1793. Ce sera un miracle de plus. Seulement le clergé de cette ville fera sagement^ quand il voudra rafraîchir cette sainte image, de l'adresser à quelque barbouilleur d'une localité un peu plus éloignée de Besançon que ne l'est la petite ville d'Auxonne, et surtout de ne plus oublier la facture de l'artiste au fond du reliquaire.

Les images de Jésus-Christ ! qui donc a fait son portrait? Et de tous ces prétendus portraits, quel est le véritable ? Y en at-il un seul qui puisse passer pour tel ? Et c'est une chose sainte, louable, à' honorer toutes ces œuvres fantastiques ! Et vous enseignez cela au peuple ! aux enfants \ aux femmes I Et vous ne souffrez pas qu'on vous accuse de favoriser la superstition! Votre susceptibilité à cet endroit ne s'explique, héla'^'' que beaucoup trop t ^

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8* < Est-il permis d'honorer les images des saints? — Oui, il est très permis, en rapportant Thonneur qae nous leur rendons aux saints qu*elles représentent. > — Il y a là pins d'une difficulté. Quicf d'abord, comme disent les jurisconsultes, si ces images ne représentent pas les saints en question, ou si l'on n'en est pas sûr ? Un morceau de bois quelconque, s'il plait de l'appeler une image de tel ou tel saint, pourra donc aussi être honoré? — Ce n'est pas tout; comment, si j'honore une image, puis-je rapporter cet honneur à ce qui n'est pas elle? Gela me semble aussi difficile que de donner une pièce de monnaie à Jacques tout en la donnant à Jean. Est-ce que l'image d'un saint et le saint seraient une môme chose! Belle logique 1 Mais passons, puisque nous entrevoyons l'intention. ^

Toujours est-il que le culte des saints dans leurs images reste entaché d'un certain fétichisme: c'est inévitable avec la tendance naturelle de l'esprit humain. On ne peut raisonnablement exiger le contraire, puisqu'il est certain qu'on ne l'obtiendra pas. Il y a là une tentation si prochaine d'idolâtrie qae le peuple y tombe infailliblement. Il y en a une autre non moins inévitable, celle d'accorder à des créatures des honneurs et des sentiments qui ne sont dus qu'à Dieu seul.

9» A propos des vœux, on nous dit : « Il est meilleur et plus agréable à Dieu de vivre en continence que de se marier ; il est meilleur de ne point jouer du tout aux cartes que d'y jouer quelquefois, etc. » — Pourquoi Dieu aurait-il créé les hommes et le reste de la nature vivante dans le dessein manifeste que l'espèce s'en conservât par le moyen de la génération, si la continence lui était si agréable ? N'est- il pas évident que le contraire est une loi de la Providence, qui l'a voulu bien formellement ? Nos fantaisies, nos vertus de convention recevront toujours un cruel démenti de cette grande loi de la création.

La continence n'est qu'une vertu exceptionnelle, qui ne

peut servir de base à une institution, précisément parce qu'elle est exceptionnelle et d'une exception très restreinte. Aussi combien de prétendues vocations en ce genre sont plus fondées sur Tamour-propre, l'ignorance de soi-môme,"ou sur des motifs beaucoup moins louables, et qui ne tardent pas à paraître dans toute leur misère !

Il est meilleur, dit-on, de ne point jouer aux cartes que d'y jouer quelquefois. — Cet avantage est-il bien réel ? N'est-il pas meilleur au contraire de jouer quelquefois aux cartes que de s'ennuyer, ou de passer ses loisirs à d'autres récréations moins honnêtes ? N'est-ce pas môme un moyen de les passer honnêtement, agréablement et d'une manière utile ?

Les rigoristes qui ont rédigé ce catéchisme ne savaient donc pas que l'esprit et le corps ont besoin de repos, et que se reposer utilement, pour l'esprit surtout, ce n'est pas toujours dormir ou ne penser à rien, mais changer de pensées, leur donner une direction agréable et innocente. Le jeu n'est-il pas d'ailleurs un moyen d'unir les hommes, de leur faire goûter dans leur réunion quelque plaisir innocent ? Pauvres moralistes que ceux qui redoutent pour l'homme, si porté de nos jours à la tristesse, à l'ennui, à la mélancolie, au dégoût de la vie, quelques moments de distraction, de paisible gaieté, de paroles amies! On reconnaît bien à ce trait la teinte janséniste el farouche d'un certain clergé.

Un autre inconvénient de semblables conseils, c'est qu'ils ont pour objets des choses d'une si mince utilité, même dans l'hypothèse la plus indulgente pour ceux qui;les donnent, qu'il serait bien plus prudent de les garder pour soi. Nous connaissons un père d'un rigorisme outré qui, prenant ce beau conseil à la lettre, un jour fustigea d'importance son enfant, parce qu'il le surprit levant des cartes et se disposant à faire la partie de sa vieille grand'mère. Depuis cette époque le malheureux enfant ne toucha plus de cartes. Il n'en fut, devenu grand, ni plus agréable dans une société d'honnfttes gens, ni moins à

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charge à lai-môme, ni sartoat plus habile à combiner des idées et à retenir des faits ; car le jeu présente tons ces avantages. Il serait bon qae ceux qui instruisent le peuple sussent qu'il y a toujours des imaginations sombres, fanatiques ou superstitieuses, disposées à tout exagérer, même les choses les plus indifférentes. A quoi bon favoriser de si fâcheuses dispositions?

i(y»c N'est-il pas permis de travailler les fêtes? —Non, s'il n'y a grande nécessité, comme au temps de la moisson et des vendanges, lorsque les biens sont en danger de se perdre, et avec la permission de H' le curé, après avoir ouï la sainte messe.»— Eh quoi! ne suffit-il pas qu'il y ait danger ? Et qui en jugera, des intéressés qui s'y connaissent, ou de M. le curé, qui est beaucoup moins touché de la qualité de la récolte, et qui ne s'y entend pas tout à fait aussi bien ?

Et si M. le curé ne voulait pas donner la permission dans les moments les plus urgents ? Et si ce n'était pas trop des soins de toute la journée, faudrait-il donc ouïr la sainte messe, sauf à laisser mouiller encore un foin ou des céréales qui n'ont que trop souffert déjà? Est -il prudent, est-il moral de mettre ainsi le peuple entre sa conscience et des intérêts précieux et pressants ? Fallait-il donc que de pauvres gens fussent exposés à perdre une partie de leurs ressources annuelles, ou à désobéir à M. le curé^ ou à commettre la faute de ne pas ouïr la sainte messe ? Tout ceci, je le sais, suppose que le clergé est toujours raisonnable. Mais la supposition n'est-elle pas un peu forcée ?

Il** c Gomment faut-il s'occuper le dimanche et les fêtes ? — 11 faut assister avec attention et dévotion à la messe de paroisse, entendre le prône, assister au catéchisme, à vêpres, visiter les malades, et lire quelques bons livres. »— C'est beaucoup, et cela sous quelle peine ? de péché mortel ou de péché véniel ? Donne-t-on tout cela comme de précepte ou comme de conseil ? Pourquoi ne pas le dire, et faire les distinctions nécessaires s'il y en a de telles ? Si la messe de paroisse seule

est obligatoire, pourquoi avoir l'air de penser que tout le reste ne l'est pas moins f Est-il bien sûr encore que la messe de paroisse est d'obligation ? Une messe quelconque ne suffiraitelle pas ?

On retrouve toujours ce funeste penchant à fausser les consciences en mettant sur la môme ligne l'accessoire et le principal, en confondant le conseil et le précepte. Qu'arrive-t-il de là? C'est que le bon sens s' apercevant que dans cette multitude d'obligations, il y en a de fort peu sérieuses, comme de lire les prétendus bons livres qu'on nous fabrique maintenant, le Pouvoir de Marie, la Rose mystique, par exemple, d'aller au catéchisme, qu'on sait de reste, où l'on n'a rien à gagner que de l'ennui, de prendre de l'eau bénite en y entrant, etc., le bon sens, disons-nous, s'apercevant de la puérilité de tout cela, prête à la passion une arme fort dangereuse ; aussi la passion conclut-elle, quoique abusivement, que les autres obligations, placées par l'autorité ecclésiastique sur la même ligne que les précédentes, n'ont rien de plus respectable.

£t voilà comment l'exagération perd tout. On tuera un homme avec aussi peu de scrupule qu'on mangera une omelette aa lard le vendredi ou le samedi, puisqu'on enseigne que le péché est mortel dans les deux cas, qu'il est le même.

i^"» c En quoi consiste la correction que les pères et mères doivent à leurs enfants ? — A les reprendre et châtier quand ils font mal, avec douceur et charité, et non en colère et avec injure. » — Le mot châtier est brutal, et nous doutons fort que les caractères emportés et violents, comme le sont la plupart des hommes sans éducation, n'aient que trop de penchant à remplir ce prétendu devoir. En vain le catéchisme ajoute qu'il faut châtier avec douceur et charité ; cela ne se voit pas toujours; on remplit avec passion la première partie du précepte, et l'on se dispense de la seconde le plus facilement du monde.

Il eût été plus utile pour les parents et pour les enfants

mêmes, de défendre aux premiers de châtier les seconds ; il suffirait qu'ils les reprissent et leur imposassent, s'il était nécessaire, d'autres peines que les verges : il y aurait proflt pour tout le monde. Sous ce rapport eïicore, le catéchisme pourrait bien s'entendre médiocrement à la morale et à la véritable manière d'élever les enfants.

Remarquez de plus que le châtiment semble devoir toujours accompagner la réprimande : à les reprendre et châtier quand ils forU mal. Et quel mal ? Excuse toute trouvée pour les pères violents. Mais voici qui est bien autrement favorable à ce système d'éducation servile et brutale. Écoutez :

13"* « Les pères et mères seront-ils damnés pour les péchés de leurs enfants ? — Oui, plusieurs seront damnés pour avoir été cause des péchés de leurs enfants, et pour ne les avoir pas corrigés. » —Touchez donc, touchez fort, tendres parents, sans quoi, gare l'enfer pour votre propre compte I

Parmi les devoirs des maîtres et maîtresses envers les domestiques, figure aussi celui de les corriger, et cela sans explication. D'où l'on conclura sans peine que corriger signifie également reprendre et châtier.

C'est tout à fait le système romain, je veux dire païen, le système de l'esclavage. Qu'on se figure une dame française, chrétienne, obligée de châtier sa femme de chambre ou sa cuisinière ! Si elle s'en avisait, tout en ayant le catéchisme de Besançon à la main, sa domestique pourrait bien ne pas rester longtemps chez elle; à quoi il faut reconnaître qu'il n'y aurait pas grand mal. Quelle barbarie 1

14® « Comment peut-on nuire au prochain dans son corps ?

— En le haïssant ou lui désirant du mal, en le maudissant. »

— Comment nuit-on plutôt au corps du prochain qu'à son âme par la haine ? Est-il bien sûr qu'on lui nuise en le maudissant ? Ne se nuirait-on pas plutôt à soi-même ? Quel Dieu serait-ce donc que celui qui écouterait complaisamment les malédictions ? Et c'est à ce degré de dégradation païenne que

le Diea des chrétiens doit être rabaissé dans un ouvrage qui est la règle de foi des populations !

15* < Toutes les pensées déshonnètes sont-elles des péchés mortels ? — Oui, si l'on y consent ou si l'on y prend du plaisir. » — Péché mortel l damnation éternelle I C'est une bien grave affaire ! Et il suffirait d'une imagination à laquelle on s'arrête un instant avec une certaine complaisance^ pour être aussi impitoyablement damné que si on tuait son semblable 1 A qui ferez- vous croire cela ? Et si vous y parveniez, ne serait-ce pas un très grand malheur ?

Quand on est si rigoureux, il faudrait au moins se définir. Qa'entend-on par pensée déshonnête ? N'y aurait-il pas du plus et du moins ? Y aurait-il, comme vous le dites, péché mortel à s'arrêter à toute pensée déshonnête ? Ne serait-ce pas quelque chose déjà qu'il y eût péché véniel ?

16'' En effet, quand vous demandez s'il faut éviter le péché véniel, vous faites répondre : t Oui, il vaudrait mieux que tout le monde fût détruit que d'en commettre un seul- » —De sorte que le plus petit mensonge est un plus grand mal que tout le mal physique possible, la ruine de l'univers ! Je crains qu'on ne compare ici des choses qui ne sont pas de même nature, et qui n'ont par conséquent aucune échelle commune. On ne peut donc pas dire que l'une de ces choses est plus grande que l'autre. Si cesdeux choses sont de même nature, il n'est pas plus raisonnable de dire qu'il vaudrait mieux que le monde entier fût détruit que de commettre un péché véniel, qu'il ne serait sensé de dire qu'il y aurait un moindre mal moral à f^ire périr le genre humain tout entier, avec tout ce qui respire autour de lui, que de commettre le plus petit péché véniel. Ce n'est assurément pas ce qu'a voulu dire l'honnête chrétien qui a rédigé ce beau livre élémentaire.

Il faut alors qu'il compare des choses qui ne sont pas susceptibles d'être comparées, qu'il se brouille avec la logique pour n'être pas absurde en morale, et qu'en tout cas il se com-

prenne mal et donne à sa pensée un caractère loache, équivoque et fanatique.

11 est certain que Ton peut quelquefois se trouver dans la disposition de sacrifier un devoir à un autre. Il faut alors comparer et se décider pour le plus impérieux. Je sais bien que si je pouvais sauver le monde, ou simplement la vie d'un de mes semblables en induisant en erreur un assassin qui le poursuivrait, je ne me ferais pas le moindre scrupule de lui faire tourner le dos à sa victime?

17* Est-il bien vrai de soutenir qu'« en pécbant nous crucifions derecbef Jésus-Christ, autant qu'il est en nous? > — Qui donc se propose un pareil but en manquant à son devoir? Qui pourrait avoir une semblable pensée sans être dans la plus furieuse démence ?

Et depuis quand néanmoins est-on moralement coupable de ce qu'on ne veut pas en ag;issant î Peut-il être permis, dans un livre sérieux, dans un livre populaire, de subtiliser à ce point de donner un sophisme pour une vérité ? Eh quoi ! de ce que Jésus-Christ serait mort pour expier les péchés des hommes, il s'ensuivrait nécessairement que tous les pécheurs ont voulu sa mort, alors môme que le péché seraitv aussi involontaire que le péché appelé originel I alors encore que le salut du genre humain eût été possible sans la mort de Jésus- Christ ! alors enfin qu'on ne voit aucune nécessité entre ces deux choses !

L'hyperbole a ses dangers, surtout dans des matières aussi graves, et quand elle s'adresse à des esprits qui ne savent pas en démêler le côté erroné. On dirait qu'il suffit à ces messieurs de frapper fort. Ici cependant il importe de frapper juste.

18* A propos du Baptême et de la Confirmation, notre livre enseigne que « ce serait pécher jgirièvemerU que de les recevoir deux fois. > — Ce n'est là qu'une affaire de convention, puisqu'il y a d'autres sacrements qu'on reçoit plusieurs fois.

Je n'ignore pas les raisons que les théologiens donnent de

cette différence; mais si c'est un si grand péché de recevoir le Baptême et la Confirmation deux fois, que sera-ce donc de ne pas les recevoir du tout ? Toujours Thyperbole.

La Confirmation cependant semblerait bonne à recevoir plusieurs fois, car un assez grand nombre de catholiques paraissent n'être pas merveilleusement fortifiés d'un seul coup dans leurs croyances et leur conduite.

19* J'aurais bien des choses à dire sur les analogies, les jeux de mots, l'importance donnée à des infiniment petits dans un intérêt sacerdotal, toutes choses qui ressorlent avec évidence dans la théorie et la pratique des sacrements^ particulièrement dans ce qui regarde celui de la Confirmation. C'est, par exemple, la grâce du Saint-Esprit figurée par la graisse, l'huile du Saint-Chrême : t Comment le Saint-Chrême nous représente-t-il la grâce du Saint-Esprit 7 — Parce que le Saint- Chrôme étant composé d'huile d'olive et de baume, l'huile nous fait connaître la douceur et la communication de la grâce, et le baume, le bon exemple que nous devons donner par l'odeur de notre ^ie. > — On ne peut être plus ingénieux, et je défierais Fourier, le phalanstérien si inventif en fait d'analogies, d'être plus fécond.

Et ainsi du soufflet donné par l'évêque, soufflet du reste qui est d'assez moderne invention.

Ainsi du bandeau.

Ainsi de la durée du temps pendant lequel on le garde.

Au surplus, il est défendu à des profanes de toucher à cette composition ou ingrédient appelé Saint-Chrême. C'est M. le curé ou un autre prêtre qui doit ôter le bandeau.

Mais ce qui se fait, et que le catéchisme ne dit pas, c'est que M. le curé, dans plus d'une paroisse, garde le bandeau et le commande en conséquence. Petit tribut qui se lève en passant, comme beaucoup d'autres; dans un intérêt de fabrique ou de culte, soit ; mais petite extorsion cependant.

20* Qui croirait, à voir les catholiques, les dévots de cette

communion, qu'ils retirent les effets sarvants du saint Sacrement de l'Autel : « (Ce sacremeiit) sanctifie nos corps en s'y unissant; il réprime l'ardeur de nos passions; il nous donne droit à la résurrection ; il nous unit et nous transforme en Jésus-Christ, il augmente et conserve en nous la grâce; il nourrit notre âme et la fortifie contre les tentations; il nons fait mépriser les vains plaisirs de la terre ; il nous donne le goût des choses spirituelles. > — Je connais un assez grand nombre de catholiques passablement assidus à la sainte table. Or j'affirme qu'il n'y en a pas un seul qui m'ait paru le moins du monde transformé en Jésus-Christ.

J'affirme de plus que j*ai pratiqué de la meilleure foi du monde tout ce qu'on recommande pour communier dignement, et que je n'ai jamais ressenti que trouble, effroi, inquiétude dans toute mon âme, et rien du tout dans mon corps. Seulement j'étais plus inquiet et par conséquent plus susceptible du côté des tentations.

21* On nous dit que « c'est une chose bien importante de faire l'action de grâces après la communion, et que nous nous priverions de beaucoup de grâces que nous pourrions obtenir en ce temps-là. »— La grâce, les grâces sont les vertus occultes de la religion; ces vertus ont disparu de la physique sans qu'on s'en soit plus mal trouvé. Elles ne disparaîtront pas de sitôt de la religion, à cause de l'action exceptionnelle, peutêtre absolument possible, de Dieu sur les hommes; mais il est souverainement téméraire et superstitieux d'affirmer et de croire une pareille action dans des circonstances déterminées. Elle est sans doute fort rare : tout porte à le croire. Ainsi les prières publiques pour obtenir de bonnes récoltes ne paraissent pas avoir la moindre influence sur les saisons; qu'on prie, qu'on ne prie pas, c'est à peu près toujours de même. Mais ce ne serait pas de même si on priait au lieu de bêcher la terre et de creuser le sillon : c'est là la véritable manière de prier et d'obtenir le concours de la Providence. Que cela soit dit sans

prétendre nier ce qu'il y a de subjectivement salutaire dans la prière^ mais uniquement pour persuader, s'il est possible, aux dévots qu'ils ne font pas précisément la pluie et le beau ^omps, et qu'ils pourraient être plus modestes.

22"* On enseigne, à propos de la communion indigne, c que c'est un horrible sacrilège qui attaque directement la personne de Jésus-Christ, et rend celui qui communie indignement coupable de son corps et de son sang...; qu'il ressemble à Pilate, àHérode et aux Juifs qui ont fait mourir notre Seigneur Jésus-Christ...; qu'il se met en danger d'être possédé du démon, de mourir soudainement^ de tomber dans le désespoir et rimpénitence à l'heure de la mort. » —Anthropomorphisme ! iniquité! Dieu ne peut être attaqué ni directement ni indirectement dans sa personne ; il est impassible. Celui qui communie indignement ne cède guère qu'au respect humain ou à la tyrannie des prêtres : c'est l'effet naturel de l'intolérance; mais il n'y a en lui ni Juif, ni Hérode, ni Pilate, qui du reste ne savaient ce qu'ils faisaient, et qui n'étaient par conséquent point moralement déicides. Ils l'auraient été, que celui qui ne vent pas l'être ne l'est pas, Dieu fût-il sensible à nos actions. Sous ce rapport encore la comparaison est aussi fausse que l'idée fondamentale en est absurde.

Elle est de plus superstitieuse et immorale dans ses menaces, puisqu'elle porte encore à penser que le démon s'empare des hommes, de leur corps, comme on le croyait jadis, et que ceux qui sont frappés de mort subite ont bien pu se rendre coupables de communions indignes. Est-ce donc une spécialité dans la manière de mourir de ces sortes de gens? S'il en est ainsi, pourquoi ces genres de mort se retrouvent-ils dans tous les temps et dans tous les lieux, chez les peuples qui ne communient point ou qui ne croient pas à la présence réelle? Pourquoi sont-ils si rares chez les catholiques mêmes? Serait-ce que les communions indignes y seraient très peu fréquentes, ou qu'il serait ordinaire de les réparer ? C'est donc chose bien

facile. Et cependant, poor oommnnier dignement, il faat se confesser convenablement, et ce n'est pas pen de chose. Je remarque surtout qu' c il faut se repentir de tout son coeur, détester ses péchés, » et que cependant < la douleur d'avoir offensé Dieu doit être produite par le mouvement du Saint- Esprit. » — D'où il suit qu'on est obligé, si on veut avoir la contrition parfaite, de faire ce qui ne dépend pas de soi ; car le Saint-Esprit peut refuser ce qu'on lui demande.

On peut même être si attaché au péché, qu'on n'éprouve aucune envie de ne plus le commettre, et qu'on ne soit pas plus dans la disposition d'en demander la contrition parfaite, qu'on n'est dans la disposition de s'en abstenir. Que faire à cela ? on ne juge pas même que ce soit un mal. Si la grâce ne prévient pas, à qui la faute? A qui la faute encore si elle ne prévient pas suffisamment?

23* Au reste, on donne une recette pour avoir une vraie douleur de ses péchés : < Il faut la demander à Dieu, penser que le péché l'offense, etc. » — Et si l'en n'a déjà pas la grâce de désirer obtenir cette douleur? Et si on demande la contrition sans l'obtenir ? Franchement, qui la demande sincèrement l'a déjà, et qui ne la demande que du bout des lèvres risque bien de S'en passer, et de se payer de vaines formalités qui le porteront à se croire meilleur qu'il n'est, à se mentir à lui-même.

Telle est la conséquence la plus ordinaire du formalisme catholique : on fait un acte de contrition tout formulé, bien appris par cœur, bien récité à point nommé; d'où l'on conclut qu'on se repent et qu'on est un petit saint. Voilà l'histoire de beaucoup d'honnêtes dévots.

24<^ L'illusion était si facile, le danger de n'avoir pas la contrition parfaite était si grand, que l'Église n'a plus demandé, au besoin, que l'attrition, c'est-à-dire c la douleur du péché communément conçue par la crainte d'en être puni en enfer et privé du paradis, et par l'espérance où l'on est d'en

LES MARISTES^ LES FRÈRES DES ÉCOtES, ETC. 107

obtenir la rémission de la bonté infinie de Dieu à notre égard. > — Si bien que s'il n'y avait ni paradis à gagner ni enfer à éviter, on se moquerait de la rémission des péchés, car l'espoir de cette rémission a sa raison dans la croyance au paradis et à l'enfer. Or je "me demande quelles sont, au fond, les dispositions morales de pareilles gens, et je suis obligé de me répondre qu'elles sont détestables, puisqu'ils ont peur de Dieu et ne l'aiment guère. Ce sont des pécheurs qui ne sont nullement convertis, retenus qu'ils sont par la crainte seule. Ils sont donc réellement attachés au mal ; seuleipent ils le chérissent moins qu'ils n'en redoutent le châtiment. Et cependant on enseigne que < l'attrition peut effacer les péchés quand elle est jointe au sacrement de Pénitence, et qu'elle est accompagnée de l'espérance qu'on y obtiendra de la bonté de Dieu la rémission des péchés qu'on a commis, et d'un ferme propos de n'y pins retomber. >

25^ Mais à quoi jugera-t-on que ce ferme propos, d'ailleurs fondé sur un motif purement intéressé, n'est pas un de ces mille mensonges internes, effet si ordinaire du formalisme catholique ? A quoi ? A la pratique. Or la pratique ordinaire, si ordinaire même qu'elle est presque universelle, c'est la rechute. Mensonge à Dieu, mensonge à soi-même, et si grossier que c'est à peine une illusion. Voilà les dignes fruits de ces dignes recettes. Ajoutons-y la sécurité dans le mal. Il est si naturel d'avoir peur de l'enfer quand on y croit, si commode de se confesser avec un propos plus ou moins ferme, sauf à l'avoir plus ferme un jour si l'on peut I

26<> Vienne enfin le dernier moment, le moment fatal, où Ton ne songe pas plus à pécher qu'on n'a la force de le faire ; si tout cela ne suffit pas, il y a des moyens mécaniques d'effacer les péchés comme on effacerait une tache sur un habit. En etîet « pourquoi fait-on des onctions aux yeux, aux narines, aux oreilles, à la bouche, au gosier, à la poitrine, aux mains et aux pieds? — C'est pour obtenir de Dieu le

108 lp: GATHOLiasME ET l'instruction publique.

pardon des péchés que nous avons commis par nos sens. » — Toujours des analogies ! Prenez garde I vous oubliez un sens bien important, celui que Buffon appelle le sixième 1 Si l'onction est ici nécessaire, un peu de courage et de résolution; il y a quelque chose de mieux à faire que tout le reste; si au contraire P'onction n'est bonne à rien, ou qu'elle agisse par sympathie d'un organe sur l'autre, pourquoi la multiplier si fort ? Tous les chemins mènent à Rome.

27* Voici du curieux encore : il s'agit du mariage. « D'où vient qu'il y a si peu de mariages qui soient vraiment heureux? »— Vous pensez peut-être, ami lecteur, que c'est tout simplement parce qu'ils sont mal assortis ; parce que le mari ou la femme, ou l'un et l'autre ont été mal élevés; parce qu'ils se sont unis par des considérations étrangères à celles qui doivent présider au mariage ? Eh bien 1 détrompez- vous ; tout cela n'y fait rien ; la vraie raison « c'est que ceux qui se marient n'y apportent pas les dispositions nécessaires... » Ces dispositions sont « d'être en état de grâce, d'y entrer (dans le mariage) avec de saintes dispositions, de se confesser et communier quelques jours auparavant, d'éviter les débauches du boire et du manger, de s'abstenir des danses et du luxe, pour attirer la bénédiction de Dieu. » — En vérité voilà de petites causes pour de terribles effets; un ruban de trop, un ruban de luxe, et voilà un mariage détestable. — C'est ainsi qu'une petite morale, si petite qu'elle en est niaise, et une morale de pratiques, de formalités mystiques, supplante la grande, la véritable morale. Il y a bien d'autres choses à dire sur les questions à prendre pour donner à l'union de l'homme; et de la femme les plus grandes chances de bonheur, comme aussi pour expliquer la manière dont ces unions s'altèrent.

Que le catéchisme est ici insuffisant ! Qu'il est nul et inintelligent! Qu'il est audacieux, immoral môme dans ses conséquences, lorsqu'il affirme que « se [marier en état de hé mortel c'est un grand sacrilège, qui attire souvent la

malédiction sur les personnes mariées 1 » — Combien de fois de science certaine? Souvent 1 Qu'en savez-vous? — La malédiction de qui? De Dieu! Dieu s'amuserait donc à maudire les hommes! Belle et digne occupation pour un être infiniment bon et infiniment saint !

Et qu'est-ce que la malédiction de Dieu ? Est-ce de la fatalité ? Mais alors, si un mari^ par suite de cette malédiction, doit, par exemple, nourrir des enfants qui ne lui appartiennent pas, quelle sera "la faute de sa femme ?

Il ne s'était pas bien confessé; Dieu veut en conséquence que sa femme lui soit infidèle ; elle le sera bon gré mal gré ses saintes dispositions à elle. Si au contraire Dieu veut épargner celle-ci, que fera-t-il? Comment punira-t-il le mari, dans sa personne, dans ses biens, dans ses enfants, sans remplir aussi de douleur Tâme de cette femme? S'il la fait mourir avant la désunion, c'est un grand mal pour le mari sans doute, mais c'en serait un plus grand pour les enfants, qui seraient ainsi punis pour les fautes de leur père. — Mais k quoi bon discuter le vague et le fantastique I

28° Ferons-nous remarquer, au sujet des indulgences, cette réponse hétérodoxe : « qu'une indulgence de quarante jours ou d'un an est la rémission de la peine qu'il faudrait souffrir en Purgatoire ou en cette vie, par une pénitence de quarante jours ou d'un an ?» — Voyez Wiseman, votre docteur si vanté; il vous dira qu'il n'en est rien.

Et si vous prétendez avoir mal ponctué votre catéchisme, vous aurez fait une réponse jésuitique en rendant votre texte équivoque. C'est pourtant votre dernière ressource.

J'aurais bien d'autres observations à faire sur ce curieux ouvrage; mais ce que j'en ai dit suffit bien pour faire voir dans quel sombre esprit de fanatisme, de superstition et de •déraison il a été composé, et quelle incurie nos prélats mettent quelquefois à la rédaction ou à la révision d'un livre à leurs yeux si important. Il l'est en effet,

110 LE O^THOUaSME ET l'iNSTRUCTION PUBLIQUE.

Nous savons qu'à côté de ce texte il y a les explications: mais ces explications ne valent pas mieux que le texte luimême, et ne font souvent qu'aggraver la faute. On peut s'en assurer en lisant, par exemple, celles qu'un prand- vicaire, un futur archevêque, un futur cardinal, a données du catéchisme de Dijon.

Et voilà le livre et l'enseignement religieux et moral qui doivent tenir lieu de tous les livres et de tous les enseignements philosophiques î le livre et l'enseignement par excellence du moins, qui ne peuvent être contredits, qui doivent au contraire servir de règles et de critère pour juger tout le reste !

Voilà, en somme, la religion et la morale qu'on enseigne au peuple, en proscrivant avec un soin jaloux toute morale et toute religion rationnelles.

Or nous croyons qu'il y a là le double mal d'ei^j? pêcher un enseignement religieux et moral raisonnable et très utile, au profit d'un enseignement religieux et moral qui est 'loin d'être irréprochable au double point de vue de la croyance et de la vie pratique, et qui pourrait avoir aussi le triste résultat de faire tomber plus d'un esprit droit, mais faible, dans le scepticisme et l'athéisme pratique.

Voilà enfin une des grandes raisons pour lesquelles nous demandons la séparation de l'Église et de l'État dans l'enseignement de nos écoles populaires, comme dans l'enseignement plus élevé.

Si plusieurs siècles d'ignorance, de superstition, de fanatisme, où cependant les croyances catholiques ne manquaient pas, où elles régnaient même en souveraines absolues, où l'hérésie, le schisme, et la philosophie moins que tout le reste, ne lui faisaient qu'une opposition insignifiante; si plusieurs siècles consécutifs de cette foi sans conteste ne sont cependant que des siècles de la plus profonde et de la plus révoltante immoralité, comment ose-t-on soutenir encore que la foi seule peut nous corriger de nos vices, nous rendre meilleurs,

et qae renseignement des sciences humaines, la libre mais sincère investigation de la vérité en toutes choses, conduisent au libertinage de l'esprit et du cœur, et par suite à la corruption des mœurs ? A coup sûr, ce n'est point à ce libertinage qu'est due l'affreuse moralité publique et privée des temps aujourd'hui si vantés du moyen- âge et des siècles suivants jusqu'à la réformation et au réveil de la libre réflexion. Il est facile au contraire d'y constater un fond de croyance religieuse très abusif assurément, mais cependant très réel, qui se rattache au culte des images des saints, à l'assistance supposée' d'êtres invisibles, de génies bienfaisants ou malfaisants, aux pèlerinages,^ aux processions, toutes choses qui sont des analogues des croyances et des pratiques païennes (1). Le cuite des images , d'abord mal accueilli parmi les chrétiens éclairés, qui le savaient condamné par le Lévitique et par saint Paul (2), et auquel Lactance, Tertullien, Amobe, Minutius Félix, Origène se montrent très peu favorables, parce qu'ils en voient les dangers (3), ne fut introduit en France que vers la fin du huitième siècle. Les évoques français et Gharlemagne y répugnaient ; mais à la fin le clergé céda à l'entraînement populaire, et peut-être au besoin de recourir à des images pour en faire disparaître d'autres, de substituer des symboles chrétiens à des symboles païens.

(1) V. DcLAURE, Histoire abrégée de différents cultes, particulièrement t. II, p.247- ^) 301-390, où, pour montrer ce qu'étaient les mœurs de ces temps de foi grossière et ignorante, l'auteur renvoie à Ducange, y'* : Maehinamentutn, Processiones pubUcœ, VUania, Lajndes calenatos ferre, Putagium, Marcheta, Bombum, Abba^ tissœ, ConfessiOt Palmatat Verberatio, Pœnilentiarum redempliones, Gesta trevirorum archiep., Peregrinatio : à Carpentier, cootinuatear de Oucange, v'* : Fascinare, Approbatus, Foras Naticœ, Abbatissœ, Disciplina, Confessio, Lingius, Roba Ungia, Camisia, Pentecosle, Presio; à Burchari {de Pœnitentia) ; aux vieux sernonaaires : Menot, Maillard, Barette, GuiU. Pépin, etc., etc.

(2) AcL Apoêl,, XTii, 25.

(3) Flburt, Hist, ecclés., ix, t. II, p. 543.

112 LE CÂTHOLiaSHE ET L'INSTRUCTION PUBLIQUE.

Le Catéchisme da diocèse de Dijon expliqué par M>' Morlot, archeTaque

de Toars (1).

On ne sera pas étonné de troaver ici des observations qui n'appartiennent pas moins à la logique ou à quelque autre science humaine qu'à la théologie ; on n'est pas dispensé, pour être presque infaillible ou pour parler au nom de rinfaiilibilité, d'être fidèle aux lois du raisonnement ou à celles de la nature des choses. Et alors :

C'est manquer à la logique que de faire entrer dans une définition le mot à définir {familière, familièrement; indépendant ^ qui ne dépend de personne).

C'est manquer à la nature des choses que d'introduire des degrés où il n'y en a point (infiniment vraies).

Ëst-il bien sûr, bien conforme même à la doctrine de saint Paul, qu' < on ne puisse aller en Paradis si on ne sait pas son catéchisme » ?

Est-il bien sûr qu'il faille apprendre le catéchisme de mémoire? Ne suffirait-il pas de le bien comprendre si c'est possible ?

Est-il bien sûr encore que ce soit < outrager Dieu que de s'ennuyer au catéchisme » ? L'ennui dépend-il de nous?

Est-il bien sûr qu'il y ait des démons ?

Que le signe de la croix les mette en fuite ?

Qu'il ait (par lui-même surnalurellement) la vertu de dissiper les mauvaises pensées et les tentations ?

Que « si on faisait bien le signe de la croix avant toutes ses actions^ on ne pécherait jamais > ?

' He édid'on, 1846.

Que le signe de la croix préserve du tonnerre, tout en reconnaissant qu'il faut y joindre < une contrition parfaite pour se mettre en état de mourir >, et que « la meilleure prière contre le tonnerre > est un bon acte de contrition ?

Si un pur esprit est « une chose qui n'a point de corps, qu'on ne peut voir, ni entendre, ni toucher, » que de choses sont de purs esprits, et qui cependant ne sont pas des esprits?

Si Dieu est un pur esprit, comment concevoir que « nous sommes dans lui comme le poisson est dans Teau, comme les oiseaux dans Tair » ; — qu' t il est devant nous *, plutôt que derrière ou partout ailleurs ?

N'est-ce pas raisonner quelque peu à la façon de M. de Lapalice^ que de dire qu'< il n'y avait rien dans le monde avant la création » ?

N'est-ce pas abuser .quelque peu de notre ignorance, que de vouloir que chaque événement ait une raison morale providentielle, et que « les maladies, la grêle > nous soient envoyées de Dieu « pour nous corriger et nous faire gagner le Ciel » ? Pourquoi donc les païens, les infldèles, qui ne peuvent aller au Ciel, puisqu'ils ne savent pas leur catéchisme, sonMls sujets aux maladies et aux intempéries des saisons ? Pourquoi les futurs damnés, qui ne se corrigeront point, y sont-ils inutilement exposés ? Pourquoi les futurs élus, les saints sur terre y sontils soumis comme s'ils avaient besoin de cette correction ? Pourquoi les animaux eux-mêmes y sont- ils sujets ?

Est-ce expliquer l'unité divine dans la Trinité que de dire que les trois personnes divines n'ont pas de corps comme nous, qu'elles diffèrent en cela des personnes humaines ? Si elles n'en diffèrent pas autrement, comment ne formeraient-elles pas aussi nécessairement trois dieux que nous formerons autant de personnes distinctes quand nous aurons déposé notre organisme ?

Si savoir une chose c'est s'en faire quelque idée vraie, et si le mystère de la Trinité est du nombre des choses qu' « il fautab-

solament savoir et croire pour être sauvé > , il est bien k craindre que l'explication qu'on nous donne de la Trinité ne soit nulle ou fausse, qu'ainsi nous n'en sachions rien du tout qu'un vain mot {flcUus vocis) et que par conséquent notre salut ne soit fort compromis. J'en dirai autant de tous les mystères, toutes les fois du moins qu'ils se résolvent littéralement en une absurdité ou en un non sens.

Comment, si Jésus-Christ a une âme distincte de sa personne divine, si même il a deux volontés, comme cela doit être, n'aurait-il pas aussi deux personnes? Est-ce que son âme humaine ne serait pas pourvue de la conscience qui constitue la personnalité ? Est-ce que cette personnalité serait aussi la personne divine ? Mais alors il n'y aurait pas d'âme humaine en lui, pas deux volontés. Et pourtant on nous dit qu'« il n'y a qu'une personne en Jésus-Christ » ,que < la nature{humaine n'est pas une autre personne ». D'où il faut nécessairement conclure que JésuS'Christ n'avait pas d'âme Jiumaine^ que la dualité de sa nature n'allait pas jusque là, et qu'il y a contradiction à dire qu* « il a pris une âme avec le corps, que ce n'est pas la divinité qui est son âme > et c que la nature humaine n'est pas une autre personne ; que la personne de Jésus-Christ est la personne du Verbe. »

A moins de donner dans le panthéisme, ou tout au moins d'en préparer largement les voies, on ne peut dire non plus que c Jésus-Christ a uni en sa personne la nature divine et la nature humaine * , car si quelque chose met une barrière aa panthéisme, c'est, à coup sûr, la conscience personnelle, la personnalité humaine.

Si t racheter, c'est donner quelque chose pour délivrer quelqu'un de l'esclavage ou de la captivité, » et que ce don doive naturellement être fait en échange à celui qui possède U J personne qu'on veut racheter^ sans quoi le rachat n'aurait pas de sens ; si d'autre part c Jésus-Christ nous a rachetés de l'esclavage du démon et du péché > , il s'ensuit qu'il a dû se

donner aa diable pour nous sauver, au péché pour nous en affranchir. Et pourtant nous ne sommes que trop assujettis au péché, tout comme avant, si plus n'est même, et pas mai, nous assure-t-on, au diable encore, qui n'aurait pas cessé d'être le prince de ce monde, si bien, nous dit l'Évangile lui-même, que beaucoup sont appelés, mais qu'il y aura pei^ d'élus. Arrangez tout cela. Ce n'est pas, à coup sûr, ce que fait notre catéchisme expliqué par un futur évêque, revu et corrigé par un archevêque futur cardinal.

Et voilà pourtant ce dont on veut qtie nos enfants « soient bien convaincus ». Franchement c'est beaucoup exiger, à moins de faire bon marché de la logique et du sens commun I Mais alors le catéchisme e^t peu fait pour exercer et fortifier la pensée, pour rendre judicieux et sagace.

Nous ne suivrons pas plus loin cette mauvaise métaphysique ecclésiastique. Nous laisserons dire à notre commentateur :

Qu'il est visible qu'un Dieu a fait le monde ;

Que la toute-puissance consiste à pouvoir faire tout ce qu'on veut ;

Que créer c'est^ pour Dieu, vouloir qu'une chose soit ;

Qu'on ne peut voir les anges, les esprits, et que cependant on en a vu quelquefois ;

Que les anges ont plus d'esprit que les hommes, puisqu'on dit : avoir de l'esprit comme un ange ;

Que Dieu, tout bon qu'il est, permet que nous soyons tentés par le démon pour nous faire gagner le Ciel, et que, quoiqu'il arrive à bon nombre de le manquer, nul n'est cependant tenté au delà de ses forces ;

Que les bons mouvements de notre âme, les bonnes pensées, sont un langage de notre bon ange ;

Qu'on est raisonnable quand on sait ce qu'on fait ;

Que la sainte Vierge est mère de Dieu, quoiqu'elle ne soit pas mère de la Divinité;

Que si les gardes du sépulcre avaient été endormis, « le

116 LE CATHOUaSME ET L'INSTRUCTION PUBLIQUE.

brait qa'on aurait fait en remuant la pierre les aurait éveillés » ;

Que c Jésus-Christ est monté au Ciel pour glorifier son humanité sainte, pour nous y préparer une place, pour y être notre protecteur » ;

Que Texhibition du jugement dernier aura lieu en un clin d'œil ;

Que c tout ce que nous enseigne TËglise est saint;... qu'on ne peut devenir saint que par la soumission à TÉglise » ;

Que c le pape et les évoques réunis de sentiments ne peuvent ni se tromper ni nous tromper, parce qu'il ne peut se faire moralement que tous ces témoins (témoins de quoi?) s'accordent pour tromper les hommes > ;

Que c nous trouvons dans les sacrements la sainteté et les moyens de salut;... qu'aller à la messe, c'est comme si nous allions au Calvaire recueillir les fruits de la mort de Jésus- Christ; que c'est beaucoup perdre que d'y manquer par sa faute » ;

Que le corps, comme corps, participera au bonheur des élus ou au malheur des réprouvés ;

Que « rien n'est impossible à Dieu » ;

Qu'en Paradis « on verra le bon Dieu tel qu'il est » ;

Que t Dieu est la beauté même » ;

Qu' « un seul péché mortel conduit en Enfer;... que là nous sentirons que Dieu devait faire tout notre bonheur;... qu'il y a là un feu dévorant;... que les corps ayant péché partageront les peines du péché » ;

Que « les peines temporelles du Purgatoire sont bien plus grandes qu'elles ne le seraient ici-bas, si on les y avait subies, parce qu'on souffrira davantage d'être privé de la vue

de Dieu »;

Que « c'est un grand soulagement pour les âmes du Purgatoire que d'entendre ou de faire dire la messe à leur intention; que c'est le moyen le pi as sûr de les soulager >.

Si da dogme nous passons à la morale, nous remarquerons surtout, comme plus ou moins' contestables : les propositions suivantes :

Les devins sont des gens dévoués au démon.

C'est un péché d'ajouter foi aux songes.

C'est un grand péché de guérir des maladies avec des paroles.

Adorer Dieu et Taimer parfaitement, c'est là toute la loi.

Tous les jureurs sont menteurs.

Les grandes personnes doivent assister au catéchisme comme les enfants, surtout si elles ont oublié leur religion.

C'est un péché mortel de travailler le dimanche pendant un temps considérable.

Il n'est pas permis de rendre les coups pour les coups, en un mot de se venger.

C'est voler par usure que de retirer plus qu'on n'a prêté.

C'est pécher tout à la fois contre la justice et la charité que de ne pas faire l'aumône.

Le mensonge, môme léger, est un plus grand mal que tous les maux de ce monde, parce qu'il offense Dieu, qui est la vérité même.

Désirer et vouloir une action d^shonnôte, c'est comme si on la faisait.

On pécherait mortellement si on ne voulait pas communier à Pâques.

Un morceau de viande le vendredi ou le samedi empoison- .nerait l'âme, lui donnerait la mort éternelle.

Une vertu chrétienne est un don de Dieu; c'est une inclination sainte et surnaturelle, qui nous porte à faire le bien et à éviter le mal.

La foi est un don de Dieu... Il faut produire souvent {faire

118 LE CATHOLICISME ET L'INSTRUCTION PrtBLIQDE.

de bouche et de cœur) des actes de foi, surtout lorsqu'on doute...

La foi est le fondement des vertus chrétiennes, et elle est absolument nécessaire au salut.

C'est se défier de la Providence que de craindre de manquer.

L'espérance est une vertu absolument nécessaire au salut.

C'est surtout quand on est < tenté de désespoir qu'il faut faire des actes d'espérance ».

La charité est un don de Dieu; nous ne pouvons pas l'avoir par nous-mêmes. On doit aimer Dieu pour lui-môme, pour ses divines perfections. On doit l'aimer plus que soimême, et le prochain comme soi-même, parce que Dieu l'ordonne et que le prochain est l'image de Dieu. On peut aussi aimer Dieu pour le bien qu'il nous fait (ainsi que le prochain).

En aimant Dieu dans le prochain, il est plus facile d'aimer ses ennemis. On éprouve la plus grande consolation en faisant le bien pour le mal.

On pécherait si on était longtemps sans produire des actes de charité (dire à Dieu qu'on l'aime par dessus toutes les créatures, et, pour l'amour de lui, le prochain comme soimême). C'est surtout quand on est tenté de mal faire qu'il faut produire des actes de charité.

Il ne faut pas écouter ceux qui nous parlent des vertus morales (vertus cardinales), d'humanité, par exemple, sans rapport à la religion. Elles doivent être pratiquées chrétiennement. Loin de nous par conséquent ces prétendues vertus, qui i^e sont que vanité et ostentation; il ne faut avoir que Dieu en vue dans tout le bien qu'on fait.

Le divin Réparateur nous a rétablis dans les droits primitifs (perdus par le péché originel) avec une surabondance de grâce.

Le péché mortel, c'est-à-dire « le péché en matière grave et commis volontiers, avec toute réflexion, nous rend ennemis de Dieu » (en ce sens que nous encourons sa haine).

L'homme ivre est coupable de tout le mal qu'il fait dans cet élat, parce qu'il s'y est mis librement.

Le plus petit péché véniel, par le fait qu'il outrage Dieu, est un plus grand mal que tous les maux de la vie.

La grâce est un secours surnaturel qui nous fait faire le bien et éviter le mal. Nous ne pouvons rien sans elle. C'est un don gratuit, sans mérite de notre part. Nous pouvons cependant y coopérer librement ou sans y être forcés ; toutefois cette coopération nous vient déjà de la grâce même, qui opère en nous et avec nous.

On distingue la grâce actuelle, celle qui est nécessaire pour agir, et la grâce habituelle, qui consiste à être dans l'amitié de Dieu. La grâce habituelle est une qualité/ surnaturelle qu'on appelle encore sanctifiante, parce qu'elle nous rend saints tant que nous la gardons. Point de Paradis pour nous sî nous ne secondons la grâce actuelle et si nous n'avons pas la grâce habituelle à la mort.

11 faut que notre corps comme notre âme loue le Seigneur.

Dieu permet que nous soyons tentés pour nous fournir des occasions d'avancer dans la vertu, et de mériter en remportant des victoires sur nou-niêmes. Il nous donne la grâce de résister quand nous lui disons de tout notre cœur : Ne nous induisez -point en tentation.

Il n'y a qu'un Dieu qui puisse établir des sacrements, parce qu'il n'y a qu'un Dieu qui puisse attacher des grâces à un signe extérieur.

On ne peut recevoir qu'une fois le Baptême, la Confirmation et l'Ordre, parce qu'ils impriment un caractère ou marque spirituelle indélébile. Le Baptême rend chrétien, et met en état de recevoir les autres sacrements, qui sont des biens exclusivement destinés à des chrétiens. Il efface en outre tous les péchés, et remet toutes les peines qui leur sont dues. Ceux qui, nouveaux baptisés, mourraient dans cet élat, n'auraient ni pénitence ni Purgatoire à subir. Nous sommes obligés de

ratifier tous les engagements pris pour noas par nos parrains et marraines dans noire Baptême.

Si, dans le Baptême, Teaa ne toachait que les cheveux, si elle ne touchait pas la chair immédiatement, si l'on prononçait les paroles avant de verser l'eau ou après, si une personne prononçait les paroles et qu'une autre versât Teau, le Baptdme ne serait pas valable.

Les parrains et marraines doivent être chrétiens, catholiques, bien instruits, raisonnables et de bonne conduite.

La Confirmation nous donne la force de mourir pour Jésus- Christ^ comme les martyrs.

Pendant qu'on possède Jésus-Christ au fond de son cœur, (dans la communion), c'est la circonstance la plus favorable pour demander et pour obtenir ses bienfaits.

Si on avait avalé seulement une cuillerée d'eau^ on ne pourrait pas communier. Il est donc plus prudent de se laver la bouche la veille que le matin de la communion.

Ce serait un sacrilège de communier après avoir pris la moindre goutte d'eau.

Il serait indécent de sortir de l'Église tout de suite après la messe un jour de communion : il faut y rester au moins un quart d'heure pour faire son action de grâces.

On est sûr d'aller en Paradis quand on a bien communié et quand on persévère.

Un sacrifice consiste k offrir une chose à Dieu en la changeant et la détruisant en son honneur. Dans la messe Jésus- Christ renouvelle le sacrifice de la croix où il fut mis à mort; mais il ne souffre plus, il ne meurt plus; il renouvelle seule-, ment l'offrande de sa mort. Le prêtre consomme les espèces en communiant, c'est la consommation du sacrifice. Les prières de la messe s'adressent à Dieu par l'entremise de la sainte Vierge et des saints. — On aurait tort d'exiger toujours des messes de requiem; l'Église les défend à certains jours de fête où elle est dans la joie.

La contrition parfaite ne dispense pas de la confession : le sacrement de Pénitence est nécessaire pour obtenir le pardon des péchés actuels, quand on peut le recevoir.

La contrition imparfaite ne suffit en aucun cas sans confession pour être sauvé. Elle est bonne avec ce sacrement, parce qu'elle est déjà un don du Saint-Esprit. Du reste c'est Dieu qui donne la contrition ; il faut donc la lui demander. Elle est donc surnaturelle.

La Pénitence est un jugement de miséricorde où Dieu veut bien nous pardonner sur notre propre accusation. — La confession est absolument nécessaire pour obtenir le pardon des péchés, le prêtre ne pouvant prononcer une sentence, soit pour remettre^ soit pour retenir, sans connaissance de cause.

La satisfaction ou réparation de l'injure faite à Dieu par le péché est nécessaire. Il faut donc que nous fassions des bonnes œuvres, que nous souffrions avec Jésus-Christ pour satisfaire à Dieu. Il ne serait pas juste que Jésus-Christ eût tout fait sans .que nous fissions rien de notre côté. Mais c'est Jésus- Christ qui donne du mérite à nos actions et à nos souffrances. — Si le pénitent avait oublié la pénitence, ou si le confesseur avait oublié d'en donner une, il faudrait retourner la lui demander; on ne pourrait pas s'en imposer une à soi-même.

L'Église peut suppléer à nos satisfactions au moyen des indulgences. — De ce que les pénitences, telles qu'elles étaient imposées dans les premiers siècles de l'Église, ne sont plus en usage, nous n'en sommes pas quittes ; il faut toujours que la justice de Dieu soit satisfaite, ou en cette vie ou en Purga? toire. Par les indulgences, l'Église nous applique les mérites de Jésus-Christ, de la sainte Vierge et des saints. — Elles ne dispensent pas de la pénitence, elles aident seulement les personnes bien disposées et suppléent à leur faiblesse. — Cependant si on gagnait l'indulgence plénière et qu'on vînt à mourir tout de suite, on irait en Paradis sans passer par le Purgatoire.

Ces commentaires, nous le savons, n'ont pour la plupar*

rien de personnel à leur aatear; c'est la doctrine catholique qa'il expose. Elle n'est pour cela ni pins soutenable en soi, ni plos d'accord avec elle-même. Cette doctrine sera l'objet d'une étnde spéciale dans un autre ouvrage. Elle est ici livrée seulement à la réfleiion du lecteur.

Nous serons un peu plus explicite dans le spécimen de critique que nous allons donner du catéchisme catholique par excellence^ le catéchisme romain.

Le Catéchisme da Concile de Trente.

Sur la loi naturelle dans l'homme.

Le Catéchisme du Concile de Trente enseigne avec une certaine raison : < qu'il n'est personne qui ne sente au dedans « de son coeur une loi que Dieu même y a gravée^ et qui lui c fait apercevoir la diiïérence essentielle du bien et du mal, du ( juste et de l'injuste. Or, dit-il, cette loi intérieure est la a même que la loi écrite (1). »

Mais quand il en conclut qu' « il est nécessaire jque Dieu, au> c teur de l'une, soit en même temps auteor de l'autre (2), > raisonne-t-il juste? L'homme, porteur de cette loi, n'a-t-il pas pu la mettre par écrit? Il nous arrive tous les jours de donner cette forme à nos idées et à nos sentiments.

C'est du reste avec pleine raison encore que le même catéchisme enseigne qu' « il est très certain que ces divins pré- « ceptes ne tirent point leur force obligatoire de ce que Moïse « en a été le promulgateur, mais de ce qu'ils sont gravés dans « tous les cœurs (3). »

Tout ceci prouve que les champions du christianisme , qui

(1) Catéeh., t. II, p. 83, 91 et suit., 216, édit. et trad. Doney, i$40.

(2) Ibid.

(3) Ibid., p. 83.

veulent être plus chrétiens que Jésus-Christ, que saint Paul, que l'Église, sont condamnés par Tautorité môme qu'ils prétendent soutenir.

Que penser alors de ce qu'on lit dans le Traité de la vraie religion, de Bergier, où il est dit : < La morale naturelle dont on veut nous bercer est un mot vide de sens; il ne porte que sur une abstraction. La nature humaine, prise dans un sens abstrait, n'existe point; l'homme, dans les différents' siècles, chez lea nations plus ou moins civilisées, bien ou mal élevées^ n'est pas le même. » Le même Bergier, dans beaucoup d'autres endroits du même traité, suppose l'existence d'une loi et d'une morale naturelles. C'est donc d'en appeler de Bergier à Bergier lui-même.

Sur les Commandements de Dieu.

« Je suis le Seigneur votre Dieu, le Dieu fort et jaloux, qui « poursuis riniquité des pères dans les enfants jusqu'à la troic sième et quatrième génération de ceux qui me haïssent, et < qui fais miséricorde jusqu'à mille générations à ceux qui « m'aiment et gardent mes préceptes (1). » — S'il s'agit là d'autre chose que des conséquences naturelles des fautes des parents, la conscience dit que cette persécution est une injustice. Il faudrait même, pour ne pas la trouver injuste, en l'entendant comme je le suppose, admettre que Dieu ne régit ce monde qne par des lois générales; autrement le fils ne devrait point pâtir de la faute du père.

Est-il vrai que l'homme haïsse Dieu? Il ne peut haïr qu'un faux dieu, ce qui témoigne de son amour pour le vrai. La / haine du souverain bien est une contradiction impossible dans la nature des choses.

Est-il vrai que « la violation du premier commandement

(1) Catéch.,t, II, p. lis.

424 LE CATHOLICISME ET t'iNSTRUCTION PUBLIQUE.

« (Vous ne forez point d'idoles, ni d'images, ni de figures des

< créatures qui sont dans le cieU sur la terre, dans la mer et

< dans les enfers; vous n'adorerez point toutes ces choses, et « vous ne les honorerez point) soit le plus grand des cric mes (1) ? » En tout cas il ne porte pas la plus légère atteinte à la félicité divine, et il n'est jamais que le fruit de l'ignorance et de la superstition. Affirmer le contraire, c'est fausser la conscience et la morale.

Est-il vrai, est-il juste de dire qu' « un enfant pervers, qui « imite un père criminel, doive être puni non seulement pour « ses péchés, mais encore pour les péchés de son père (2) ? » — Un fils qui a le malheur d'avoir un tel père est au contraire plus excusable que s'il avait reçu l'exemple et les leçons d'un homme de bien dans la personne de son père.

tt Le prêtre aura grand soin de montrer combien la bonté

( et la miséricorde de Dieu surpassent sa justice (3). »— On ne

devrait jamais parler de la miséricorde et de la bonté par op-

. position à la justice, parce que Dieu ne peut rien faire qui ne

! soit juste; ainsi ce qu'on appelle bonté et miséricorde en lui

'' n'est encore que justice. C'est l'anthropomorphisme qui a

conduit à cette distinction, justement blâmée comme un non

sens par des théologiens métaphysiciens, tel que l'abbé de

Lignac, dans le troisième volume de son Témoignage du sens

intime.

« Dieu lui-même, le Seigneur des anges, a souvent emt ployé le serment (4). » — Au dire de la Bible, oui; mais ce serait un acte insignifiant, et une espèce de cercle vicieux fort inutile et fort peu convenant de la part de Dieu. Je lui crois trop de logique et de dignité pour avoir jamais rien fait qui ressemblât à un serment. — Anthropomorphisme.

(1) Co«éc/i.,t. II, p. 112.

(2) Ibid., p. 117.

(3) Ibid., p. 118.

(4) Ibid., p. 133.

« Il est impossible, si nous honorons Dieu intérieurement « par la foi et par Tespérance, que nous ne l'honorions pas « par un culte extérieur, et que nous ne lui témoignions pas « d'une manière sensible notre reconnaissance (1). » — Cette impossibilité nous paraît d'autant moins réelle que les signes dont on parle sont plus expressifs, exigent une volonté plus spéciale pour être faits et maintenus, et que l'idée qu'on se fait de Dieu est plus dégagée de fausses images.

« Il est du devoir des pasteurs d'exhorter les princes et les

< magistrats à seconder l'Église de toute leur autorité, dans « tout ce qui peut contribuer à maintenir et même à augmen- « ter le culte extérieur, et à forcei^ les fidèles à se conformer

< en cela aux ordres de l'Église (2). >

C'est précisément le contraire qui est un devoir; l'État ne peut raisonnablement, justement se faire l'exécuteur des hautes-œuvres pour l'Église. L'État, comme tel, ne peut avoir de religion, et si les individus qui le représentent en ont, ce n'est que comme hommes, et non en qualité d'administrateurs de la chose publique. Et comme les convictions religieuses sont personnelles, qu'elles doivent toutes être respectées, sinon parce qu'elles sont toutes vraies^ du moins parce qu'elles sont toutes un bien également cher à tous ceux qui les professent; comme l'État n'a pas mission de juger en fait de vérité religieuse; comme cette mission n'est donnée démonstrativement à personne ; comme enfin la société civile n'est pas la société religieuse : il faut dire que les deux puissances doivent être tellement séparées, que l'Étal ne s'occupe absolument en rien de l'Église que sous le rapport de la police. Voilà les vrais principes. Ils "sont bien différents des maximes inquisitoriales de l'Église romaine, qui fait aux magistrats un devoir de la persécution, et qui voudrait encore disposer du bras séculier

(1) Calfic/t., t. II, p. 143.

(2) Ibid., p. 144-145.

126 LE CATHOLiaSME ET L'inSTRUCTION PUBLIQUE.

et du glaive dont il est armé, poar brûler ceux qai lui déplaisent.

Du reste le catéchisme romain reconnaît que le commandement : Mémento vJt cUem sabbati sanctifices, diffère des autres en ce qu'il n'est point immuable comme eux; la manière d'honorer Dieu n'étant point prescrite par la loi naturelle (1). Mais il s'égare et tombe dans l'anthropomorphisme quand il dit que « des jours de fêtes sont des jours de délices pour les « chrétiens pieux et pour le Seigneur lui-même (2). »

Il y a peut-être moins de mystère que de mysticisme dans le choix du septième jour pour le consacrer à la religion : « Dieu « ordonna que le septième jour... fût réservé pour son culte : « ce qui est tout à fait mystérieux (3). »

Est-ce pour que l'homme ne fût pas tenté de travailler le septième jour qu'il était défendu de faire travailler les bêtes de service ce jour-là, ou dans l'intérêt de ces animaux seulement ? — Peut-être par les deux motifs. Le catéchisme romain s'en explique mal (4).

N'est-ce pas à tort qu'il y est dit que les commandements relatifs aux devoirs envers nos semblables n'occupent que le second rang en dignité, et par conséquent en importance (o), qu'ils sont inférieurs à ceux qui se rapportent à Dieu ? Ce n'est pas Jésus-Christ qui enseigne à faire cette distinction, puisqu'il dit au contraire qu'aimer Dieu et le prochain sont deux commandements pour le moins égaux (6). Il faut aller plus loin, et reconnaître que ne pouvant faire ni bien ni mal à Dieu, les devoirs qu'on appelle de culte sont des devoirs à l'égard de nous-mêmes seulement, et qu'il n'y a réellement

(1) Caï^c/i.,t. II, p. 145-147.

(2) Ibid.,p.450et158.

(3) Ibid.,p. 451.

(4) Ibid., p. 156.

(5) Ibid., p. lâO-164.

(6) Mabc, xir, 31 ; Isaïi , Lviii, 2-11 ; Matth., v, 23-24.

pas de devoirs proprement dits envers Diea en tant que passif à notre égard; que tous ont à ce titre l'homme pour objet, que du reste il soit envisagé comme agent ou comme patient, séparément ou tout à la fois. On dénature donc tout par l'affirmation que nos devoirs envers nos semblables ne sont tels que par rapport à Dieu, qui doit être le but dernier de notre amour (pratique) (1). Morale mystique peu praticable, propre à dessécher le cœur de l'homme et même à le porter au mépris de ses devoirs sociaux, puisque l'amour de Dieu est une grâce qui^ comme toutes les grâces, ne dépend pas de nous. Ctitte vertu théologale^ comme on l'appelle, n'est guère possible qu'à la condition d'humaniser Dieu; de le dénaturer. Nous ne connaissons, nous ne comprenons pas assez Dieu pour le bien aimer; et peut-être que sa nature infinie, impassible, rendrait cet amour plus difficile à ceux qui s'en formeraient les idées les plus justes. Nous sommes donc loin de partager l'opinion du catéchisme romain, qui nous assure que c celai qui aimerait Dieu et le prochain d'un amour égal « commettrait un grand crime (2); » se fondant abusivement sur ce passage de l'Évangile : « Si quelqu'un vient à ' moi et ne hait pas son père et sa mère, sa femme, ses en- « fants, ses frères, ses sœurs et même sa propre vie, celui-là c ne saurai! être mon disciple. » Ce passage ne peut raisonnablement signifier qu'une chose; c'est qu'il ne faut ni faire le mal, ni môme éviter de faire le bien par des considérations d'amitié. Reste à savoir si ce qu'on doit à ses proches, à ses amis, aux autres hommes enfin, n'est pas souvent un devoir plus sacré qu'un prétendu devoir religieux. Croit-on, par exemple^ qu'il fût bien d'abandonner son père et sa mère dans la vieillesse et le dénûment pour se vouer à la vie monastique ? Il est facile de dénaturer la vraie morale en partant de l'Évangile

(1) Catéch., t. II, p. I6i.l65.

(2) Ibid.. p. 155.

pris à la lettre. Ce n'est pas là le seul passage dont on pourrait tirer des conséquences très abusives. Il n'y a peut-être pas d'abominations et de crimes qa'on n'ait essayé de justifier et môme de bonne foi, suivant toute apparence, en partant de la Bible, tant il est vrai que la raison est indispensable pour empêcher que la révélation, si elle a jamais existé, ne soit un don funeste à l'humanité.

Tout homme de bonne foi reconnaîtra que la morale des Gonfucius, des Socrate, des Platon, des Arislote, des Cicéron, des Sénèque, des Epictète, des Marc-Aurèle, etc., est beaucoup plus pure de toute extravagance mystique, plus raisonnable^ plus parfaite que la morale chrétienne, qui a cependant pu mettre à profit tout ce qui a précédé.

La plupart des épîlres des apôtres, des homélies des Pères, ne pourraient soutenir la comparaison avec un grand nombre de celles de Sénèque, pour le bon sens, la logique, la clarté et la justesse. Si on croit que j'exagère, qu'on écoute du moins l'un des oracles du catholicisme : « Je ne crois pas, dit de « Maistre, que dans nos livret de piété on trouve, pour le « choix d'un directeur, de meilleurs conseils que ceux qu'on « peut lire dans l'épître LUI de Sénèque (1). » Le livre de r Imitation, qui passe à juste titre pour l'un des plus beaux et des plus utiles, n'est-il pas encore infecté de mysticisme et de superstition monacale ?

On ne s'aperçoit pas, malgré les promesses du Décalogue, que les enfants respectueux vivent plus longtemps que les autres. Aussi, pour éluder les résultats statistiques, le catéchisme romain cherche-t-il à expliquer pourquoi Dieu ne tient pas toujours sa promesse, pourquoi il laisse vivre longtemps ceux qui ont été des enfants insoumis, des parricides peut-être, tandis qu'il moissonne à la fleur de leurs jours des enfants

(i) Du Pape, t. II, 2« édition, p. 41.

pleins de piété filiale (1). On pense bien que ces raisons n'ont aucune valeur; sans doute la chose peut être comme il dit, mais que signifie dès lors la promesse, à quoi se réduit-elle sensiblement? Arien, peut-être à moins que rien; c'est un fait à observer. Il est facile d'affirmer dans le domaine du possible, c'est un terrain où la fiction, l'erreur même, se trouve d'autant plus k l'aise, qu'on peut rarement l'y forcer. La religion, ou plutôt ses ministres, aiment à se réfugier dans ces ténèbres, et à y forger leurs hypothèses et leurs épouvantails, comme Bossuet son esprit de l'histoire universelle. C'est là un abus très choquant. Aussi voyez, par exemple, avec quelle assurance on explique ici la mort d'Absalon : « Dieu, pour venger David' de son fils t Absalon, qui s'était révolté contre lui, permit qu'il fût percé « de trois dards, en punition de son crime (2). » Quel fut le plus puni de David ou d'Absalon ? Voilà ce que le catéchisme romain aurait dû décider. Je parierais, d'après la Bible même, que ce fut David.

Mais on va bien plus loin, on insinue que si Dieu ne se charge pas d'abréger les jours de ceux qui manquent à leurs pères

spirituels, < de ceux qui désobéissent aux prêtres, ils

i doivent être punis de mort par sentence du juge (3). > On se garde bien de dire, dans un livre qui est cependant fait pour expliquer ce qui a besoin d'explication, que le Deutéronome va ici un peu trop loin, ou du moins que ce n'est pas là le meilleur emprunt qu'on pût lui faire dans la loi nouvelle.

On va peut-être plus loin encore dans le commandement suivant, puisqu'on admet que Dieu peut réellement commander des meurtres, et que c'est une bonne chose que d'obéir à ces prétendus commandements : « Les meurtres qui se font « par la volonté expresse de Dieu ne sont point non plus

(\) Catéch., etc., t. II, p. 177.

(2) Ibid., p. 178.

(3)I]bid.,p. 178.

« contre ce précepte (Tu ne tueras pas). Les Lévites, qui en un « jour firent mourir tant de milliers d'hommes, ne se rendi- « rent point coupables d'homicide ; car Moïse leur dit, après t qu'ils eurent achevé ce grand carnage : Vous avez aujour- « d'hui consacré vos mains au Seigneur (1). »

D'où je conclus que si, « lorsque nous écoutons ceux qui « nous prêchent avec zèle nos devoirs religieux, c'est la voix « de Dieu môme que nous entendons par l'organe de ses mi- V « nistres (2), » un fanatique n'aura qu'à s'imaginer qu'un roi ou toute autre personne est ennemie de Dieu, et que c'est un grand bien d'en débarrasser la terre ; il ne devrait jamais manquer d'autres fanatiques pour consacrer leurs mains au Seigneur en les trempant dans le sang d'un Henri IV, ou en faisant des Saint- Barthélémy. Il y aura même des hommes moins fanatiques, mais dont l'exemple sera beaucoup plus dangereux, qui célébreront les forfaits des premiers, eu rendant publiquement grâces à Dieu dans les temples; et ces hommes sont infaillibles : c'est le pape, c'est l'Église, puisque le pape et l'Église c'est tout un (3).

Après avoir justifié le meurtre, il n'est pas difficile de justifier la colère : « Il y a une colère légitime, et, selon Dieu, c'est « celle que nous éprouvons lorsque nous avons à punir les « fautes de ceux qui sont sous notre domination (4). » Irascimini et nolite peccare. C'est fort beau. Mais voici qui est curieux : « La colère d'un vrai chrétien ne doit point venir de « la passion, mais du Saint -Esprit (5). »

Voilà une psychologie vraiment étonnante. Retenons-le bien la colère, dans le vrai chrétien, n'est pas un mouvement passionné, — la passion n'est pas de la passion, et la passion

(1) Catéch., t. n, p. 185-186.

fî) lbid.,p. 159.'

(3) Du Pape, t. l, p. 6i, et t. II, p. 31

(4) Caléch., t. II, p. I8Q.

(5) Ibid.. p. 189.

n'est pas toujours faiblesse, lorsqu'elle n'est pas en quelque sorte commandée par la raison. Mais alors la colère n'existe qu'en apparence, et l'on confond une juste et quelquefois nécessaire indignation avec la colère.

Tendance au fatalisme : « Dans les maux que nous avons à « souffrir, les hommes ne sont que les ministres et les exécu- « teurs de la justice divine (1). »

Justification de l'injure et de l'injustice; illusion prétendue de ceux qui l'éprouvent, ou mystification : « Personne n*é- < prouve de mal que celui qui s'en fait à lui-même; car ceux « qui croient avoir été traités d'une manière injurieuse « reconnaîtront, s'ils y réfléchissent sérieusement (à la bonne « heure î), qu'ils n'ont reçu des autres aucune injure, aucun « dommage, quoiqu'on leur ait fait quelques maux qui sont « purement extérieurs (2). » — Qu'y a-t-il donc à pardonner ? — Sophisme pitoyable, quoiqu'il ait pour auteur saint Ghrysostome.

Nécessité de manquer à la justice pour la plus grande gloire de Dieu, puisque c'est pour le plus grand intérêt de l'Église (et l'on sait ce que c'est que l'Église) : « Il n'est point de « calomnie plus criminelle ni plus odieuse que celle qui « tombe sur la doctrine catholique et sur ceux qui la prê- « chent (3). » — Soit. — « Et ceux-là même ne sont point « exempts de ce crime qui accordent des éloges aux propaga- « teurs des mauvaises doctrines (4). » — Il faudra donc, par haine pour les mauvaises doctrines, c''est-à-dire pour toute autre doctrine que celle de l'Église, que l'on ne rende pas justice à ceux qui les propagent, fussent-ils de bonne foi, eussentils talent, génie, vertu même ? Il faudra ou les calomnier directement en disant qu'ils n'ont ni vertu, ni génie, ni talent;

(1) Cûfcc/i., t. II, p. 195.

(2) Ibid., p. 495.

(3) !bid.,p. 241.

(4) lbid.,p. 24t.

— OU les calomnier indirectement en ne leur rendant pas la justice qu'ils méritent, en souffrant qu'on les calomnie en notre présence ! Il faut croire plutôt que le zèle pour l'Église emporte Messieurs de l'Église beaucoup trop loin, et qae justice doit être rendue à tout le monde.

Sur la prière.

« La prière honore Dieu, parce qu'elle est une expression « de notre dépendance, de notre confiance, de notre amour « envers lui ; elle nous ouvre le Ciel, elle nous obtient toutes » les grâces ; elle est un exercice de toutes les vertus ; elle est « une arme puissante contre nos ennemis; et enfin elle dé- « sarme la colère de Dieu quand nous l'avons irrité par nos « péchés (i). »

Voilà des effets nombreux et vraiment merveilleux. Mais il faut convenir que l'expérience, pas plus que le raisonnement, ne permet guère de croire à tout cela.

Je suis depuis longtemps de l'avis de l'abbé de Lignac : qui désire prie. Et quel est l'homme qui ne désire pas ? Seulement j'ajouterai que pour que le désir soit une prière, il faut croire en la Providence, et subordonner absolument sa propre volonté à la sienne. A ce compte la prière est bientôt faite. Elle est plus courte et meilleure encore que celle de Socrate, qui ne demandait jamais rien de particulier, de crainte de faire une prière indiscrète ou qui dût tourner contre lui. Il aurait pu ne pas avoir cette dernière appréhension.

La prière comme on l'entend n'est bonne qu'à deux choses: à se procurer une jouissance, et à se familiariser avec la pensée religieuse et morale. Encore faut-il pour cela que les formules en soient sensées, qu'elles ne soient pas trop longues,

(1) Catédj..t. Il,p.270.

qu'elles ne reviennent pas trop souvent, et qu'on ne tombe pas dans de vaines redites.

Les prêtres catholiques instruisent fort mal les fidèles à cet égard. Ils laissent tout à fait dans le silence et dans l'ombre les chapitres vi et xwi de saint Matthieu, et le chapitre vi de saint Luc. Ils poussent tant qu'ils peuvent aux, longues prières et aux vaines redites. Les institutions des. litanies, du chapelet, du rosaire, du scapulaire, des neuvaines, du mois de Marie, des stations et de la passion , et je ne sais combien d'autres, semblent peu d*accord avec l'Évangile. Elles avilissent la prière et abêtissent le croyant qui pratique à ce point.

Quant aux effets qu'on prône ici, il n'y en a presque pas un seul qui soit vrai; tous sont d'ailleurs défigurés par le mysticisme ou la superstition. Examinons-les.

1. Il est faux que la prière honore Dieu, qu'on veuille dire par là ou qu'il s'en trouve flatt.^, ou que les autres hommes en conçoivent une plus haute idée ; — car, encore une fois, tout ce que nous appelons culte ne touche absolument en rien Dieu môme; et, d'un autre côté, il faudrait avoir une bien fausse idée de Dieu pour croire qu'il est bien plus grand, bien plus puissant, etc., parce que nous voyons de misérables mortels comme nous le prier. Est-il donc besoin de prier pour savoir que nous sommes sous la main toute-puissante de Dieu, pour croire qu'il peut nous assister s'il le veut, s'il le trouve bon, pour espérer même qu'il le fera si cela doit être, et pour lui en savoir gré s'il le fait réellement, et que nous en sachions quelque chose ?

2. Elle nous ouvre le cielt Elle n'ouvre rien du tout; celui ui passerait la moitié de la journée a l'église et qui consarerait l'autre moitié à voler, à rendre la vie dure à ceux qui entourent, à ourdir des intrigues amoureuses ou autres, à 'enivrer, etc., comme le font beaucoup de faux dévots, ne rendraient probablement pas le chemin le plus court pour lier -au Ciel.

3. Elle nous obtient toutes les grâces. Il n'y a pas apparence. Ce ne sont pas toujours ceux qui prient le plus qui sont le plus vertueux ni môme le plus heureux. — Il y a d'ailleurs ici un cercle vicieux. Il y a des hommes très vertueux qui prient beaucoup, qui sont aussi très pieux. Mais est-ce parce qu'ils prient qu'ils sont vertueux et pieux, ou est-ce parce qu'ils sont vertueux et pieux. qu'il prient? — La vertu esi possible sans la prière, à moins qu'on ne la fasse consister dans la prière même, ce qui est faux. D'un autre côté, la prière est bien plutôt l'effet de la piété que la piété n'esl l'effet de la prière. Je ne veux point dire cependant qu'il n'y ail pas ici action et réaction. Du reste je fais très peu de cas de la piété comme vertu. C'est une jouissance pour les âmes dévotes, à imagination mystique et au cœur tendre; voila tout. f

4. Elle est un exercice de toutes les vertus. De là à l'idée qu'elle peut en tenir lieu il n'y a pas loin, et beaucoup de dévote font le pas. Ce qui me rappelle une pensée de M"* de Staël, qui dit de certaines dévotes qu'elles vont chercher le matin, à la messe, un brevet d'impunité pour le reste de la journée. Cela n'est que trop vrai, et les dévots sont souvent les plus habiles à imaginer des accommodements avec le Ciel; imagination plus dangereuse chez eux que chez tout autre, parce qu'ils se croient parfaitement en règle. Ils sont d'ailleurs si bien en cour là-haut, qu'ils n'ont pasgrand'peurde déplaire quelque peu. Ils possèdent les recettes nécessaires pour désarmer la colère de Dieu, — comme pour chasser les démons. La prière est pour eux une arme défensive et offensive qu'ils croient si puissante qu'en vérité elle ressemble beaucoup, par ses effets imaginaires, aux moyens magiques employés par la théurgie. La prière rappelle par ce côté-là, entre les mains des dévots, la plupart des superstitions des anciens théosophes platoniciens, juifs, indiens, etc., qui s'imaginaient avoir quelque action sur Dieu. Sous ce rapport elle a certainement

son danger pour la morale dans les têtes faibles et mal faites.

Nous ne parlons pas de ce qu'il y a d'inexact et d'indigne de Dieu dans la colère qu'on lui suppose toujours, dans sa faiblesse à la laisser apaiser, à manquer à la justice, soit par trop de sévérité si on ne le prie pas, soit par trop de condescendance si on le supplie avec « de saints gémissements » (i). Anthropomorphisme que tout cela.

Une dernière observation relativement à la prière, c'est qu'il est assez surprenant que les chrétiens ne s'en tiennent pas à la formule que Jésus-Christ leur a donnée ; formule qui est fort belle et qu'ils conviennent être sufflsante ; formule encore qui semble avoir été prescrite par le Maître à l'exclusion de toutes autres. Au surplus elle n'est pas de Jésus-Christ; elle existait avant lui, quant au fond du moins (2).

Nous pourrions faire sur le Catéchisme du Concile de Trente beaucoup d'autres observations critiques. Celles qui précèdent nous paraissent suffire pour donner la mesure de^ l'orthodoxie absolue, rationnelle ou philosophique de cette œuvre doctrinale de l'Église romaine.

(f) Catéch., t.lly p. 291.

(2) V. MŒBLKKf Symbolique, etc., t. II, p. 376, où l'on renvoie aux Horœhebraicœet talmudicœ de Sigthfoot; aux Exercitaliones sacr., de Witsius; au De Synagoga de Vitriga; au Comment, ad Malth-t xvi,9, etc., de Vetstein.

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