CHAPITRE PREMIER PropositioiiB condamnées par le Syllatos
SLlé fameux Syllabus est le dernier mot de la Rome papale dans notre dix-neuvième siècle, il a pour ainsi dire sa préface ou ses préliminaires dans ce qu'on peut en appeler le Projet. Ce projet, que nous avons publié avec des observations critiques dans la Revue trimestrielle de Bruxelles (i), avait été souscrit par la très grande majorité des prélats catholiques avant d'être proclamé par le pape.
« Tout le monde sait, » dit M. Rouland dans un remarquable discours prononcé au Sénat le 11 mars 1865, < tout le inonde sait que ce projet de Syllabus avait été préparé par M'^^ Gerbet... Il y travailla avec deux autres évêques; on envoya ce travail à Rome... Un des buts du Syllabus était sans aucun doute de manifester la toute-puissance pontificale, condamnant généralement les erreurs de la civilisation moderne. Mais il avait un autre but spécial, suivi avec un zèle inouï par les ultramontains, celui de faire condamner, les libéraux ca-
(1) Octobre i865p p. 82-184.
tholiqaes. » Le cardinal Caterini fut chargé par le pape de le présenter à la soascription individaelle de tous les évoques qui s*étaieut rendus en très grand nombre à Rome pour la béatification des martyrs japonais, à laquelle tous les évoques catholiques avaient été convoqués. Ceux qui n'avaient pu s'y rendre reçurent également la proposition de souscrire au projet du Syilabus. De cette ipanière le Syllabus, en apparence soumis à Tapprobation individuelle de chaque évêque, pris isolément, à Rome et ailleurs, leur fut plus ou moins imposé. Du reste il était trop dans la pensée de la très grande majorité, — et la cour de Rome le savait bien, — pour qu'il ne fût pas adopté avec les censures proposées par les théologiens romains pour chaque article. On voit de plus, dans le discours de M. Roulandy que « le Syllabus et rEncyclique furent des armes de guerre qu'on crut bonnes à employer devant les actes du gouvernement français^ contre lequel on éprouvait un vif mécontentement, » par suite de la convention du 15 septembre.
La comparaison de la rédaction du projet du Syllabus et celle du Syllabus même (1) suggérerait des réflexions qui ne seraient pas sans intérêt, puisqu'elles auraient leur raison d'être dans la différence même des sentiments qui ont fait sacrifier une forme à une autre. Il serait facile d'en trouver les motifs.
La première rédaction est d'un caractère pour ainsi dire intime : elle n'était qu'une question d'intérieur. Si Ton y parlait du monde laïque et de ses aberrations, c'était entre soi, en famille ecclésiastique, et pas encore en s'adressant au inonde lui-même. Il y a donc dans cette première esquisse du jugement de l'Église sur le siècle quelque chose de plus naïf, de plus lâché ou de moins calculé; on y craint moins, ou plutôt on n'y craint pas d'effaroucher les puissances de la terre, de
"^ Tel qu'il a paru à la suite de l'EDcyclique du 8 décembre 1864.
contredire ouvertement les convictions modernes : on les affronte sans le pi as léger détour, sans le moindre ménagement; on les traite à chaque instant d'hérétiques, d'impies, d'athées, etc. Toutes ces flétrissures sont calculées, nuancées, appliquées avec une précision toute doctrinale à chaque proposition. I^e Syllabus ne contient presque rien de semblable. Ceux qu) s'y trouvent frappés ne savent pas par quel instrument, ni la gravité et le danger des coups qu'ils reçoivent. Il en est tout autrement dans la rédaction primitive. A cet égard et à d'autres encore que nous avons sufOsamment fait entrevoir, la publication de ce document est d'un haut intérêt. Notre intention avait été d'abord de le reproduire dans le présent ouvrage. L'étendue des matières nous a déterminé à nous en tenir à la publication que nous en avons faite en 1865 dans la Revue belge mentionnée plus haut.