PRÉFACE. XIII
Ici donc, comme en tout le reste, la vérité et la justice, Tordre et la paix sont au prix de la plus grande liberté. La compression indispose, irrite, rend opiniâtre et fanatique. La compression, par le fait seul qu'elle n'ets en elle-même que la force, a le grave défaut de ressembler toujours un peu à l'arbitraire, à la violence et à la tyrannie. C'est pour la purger de cette fâcheuse apparence, pour lui rendre au contraire toute l'estime qu'elle peut mériter, que l'emploi qui en est fait doit toujours être légitimé. La force a la grande et noble mission de servir la liberté, et par la liberté la justice.
Le plus sûr moyen d'apaiser les esprits, c'est donc de travailler à les unir. Et Ton n'y parviendra qu'en les éclairant. Mais on ne les éclairera pas sans dissiper leurs préventions, ni par conséquent sans les entendre. Il faut les réduire au silence ou à l'absurde par de bonnes raisons, et non les y contraindre par la force.
Les injures ne prouvent pas plus que la violence. Et quand j'entends chaque jour accuser de matérialisme, d'athéisme, des hommes qui n'ont d'autre tort que de faiçe le meilleur usage qu'ils peuvent de leur raison, je me demande alors s'ils n'auront pas le droit de dire avec l'Évangile : Quid vides festucam in oculo fratris tui, et trabem in oculo tuo non vides?
Nous n'entendons certes prendre en aucune manière la défense de doctrines qui nieraient toute religion, toute morale et toute justice. Nous abandonnons à la contradiction philosophique qu'elles provoquent, et s'il le faut à la réprobation et à la flétrissure qu'elles peuvent encourir aux yeux du sens commun révolté, ces opinions excentriques et les déclamateurs ignorants et fougueux qui s'en font les