XIV PREFACE
échos. Mais cet abus de la parole, ce mauvais usage de la pensée, n'est pas une raison pour qu'une opinion peut-être plus sage et plus vraie> en tout cas plus retenue, puisse justement élever la prétention d'interdire toute autre façon de réfléchir ou de conduire ses idées.
Il ne manque pas de gens qui croient avoir tout dit quand ils pensent avoir flétri leurs adversaires en les traitant de libre-penseurs. Ils semblent ne pas se douter qu'on ne pense point ce qu'on veut tout en pensant à quoi l'on veut. Si rien n'est plus honorable et plus digne d'un être intelligent que de rechercher la vérité avec conscience et sans préjugé, il n'est pas au contraire d'usage plus ignoble et plus indigne de la raison que de la soumettre sans examen, sans réflexion personnelle, aux opinions régnantes, et par cela seul qu'elles ont pour elles la multitude. Belle et imposante autorité vraiment, que celle qui résulte déjà de semblables adhésions !
Et pourtant on flétrit la mémoire de ceux qui veulent mourir consciencieusement comme ils ont vécu ; on les traite d'athées et de matérialistes, par cela seul qu'ils n'ont trouvé dans aucun des cultes reconnus par l'État un ensemble de croyances d'accord avec leur manière de voir. Et l'on prétend que l'instituteur, même celui qui ne relève que du choix des familles, n'a pas le droit de dire au public : Je laisse aux parents le soin d'enseigner ou de faire enseigner à leurs enfants la doctrine religieuse qui leur conviendra ; j'entends restreindre mes leçons aux connaissances humaines, qui n'ont rien à démêler avec les croyances transcendantes du surnaturel.
Une pareille manière d'entendre le droit des consciences et des citoyens est à nos yeux essentiellement abusive, et