‹ Le catholicisme libéralChapitre 13 sur 24 · Bazin, t. I, p · texte numérisé non relu

Bazin, t. I, p

nouvelle. Fondée le 5 avril 1848, elle compte 3.200 abonnés, le 25 mai suivant. Et, en juin, son tirage est de 20.000. C'est un succès de presse. Maret a des imitateurs à Paris et en province. Victor Galland, un catholique, fonde la Revue du Socialisme chrétien; l'abbé Chantome, la Revue des réformes et du progrès. L'abbé Guettée est rédacteur en chef du Républicain de Loir-et- Cher, et Chevé, catholique connu, collabore au journal de Proudhon.

UEre nouvelle n'est que la réédition de V Avenir. Ses rédacteurs s'adaptent aux circonstances. L'abbé Maret, qui les inspire, développe la partie démocratique du programme de Lamennais. Avec lui, la Démocratie chrétienne est en progrès. Les événements se tourneront contre lui. Les tendances, dont il s'est constitué l'interprète, subiront un arrêt. Il s'effacera lui-même pour s'engager dans une autre voie. Mais on se ferait illusion, en croyant à une faillite de ses théories. Leur marche en avant est chose acquise désormais. Elles resteront au point où YEre nouvelle les laissa en disparaissant. D'autres viendront un jour les reprendre et les remorquer pour une nouvelle marche en avant. Nous retrouverons les mêmes idées, les mêmes passions, le même vocabulaire.

Les Démocrates, qui collaborent avec l'abbé Maret. n'auraient pas cédé devant les discussions. Les mesures administratives seraient restées impuissantes contre eux. Les procédés de raison et les actes d'autorité n'impressionnent

guère les hommes, affligés d'un pareil état d'esprit. Quelques-uns néanmoins sont accessibles aux leçons de l'expérience. Ceux-là se rendirent, quand les journées de juin leur montrèrent ce que cachaient de réalités douloureuses les déclamations sur la bonté du peuple. Leurs abonnés comprirent mieux encore. Les émeutes se transformèrent en désastre pour le journal.

L'abbé Maret tint bon, malgré ces échecs. Sa foi démocratique planait au-dessus de toutes les ruines. Il était disposé à continuer quand même. Les lecteurs, qui lui restaient fidèles, partageaient son optimisme. Mais la nécessité vint un jour précipiter le dénouement. Le Marquis de la Rochejaquelein, par une opération habile, acquit la propriété de YEre nouvelle. Ce fut sa condamnation \ mort.

Les premiers exploits du Socialisme lui devinrent funestes. Ses partisans avaient eu le tort de s'attaquer à la société elle-même. Les désordres, qu'ils occasionnèrent à Paris et dans quelques départements, firent mieux que tous les raisonnements éclater la folie de leur système. Les instincts conservateurs, qui dominent chez la plupart des hommes, firent se dresser contre eux les forces vives d'un pays. L'opinion publique leur fut ouvertement hostile. La réaction, qui suivit, marqua une défaite des socialistes et de leur programme. Mais on s'égarerait, en la croyant définitive. Les idées, génératrices du Socialisme, restent en honneur; les circonstances économiques, qui favorisent son dévelop-

pemcnt, ne changent pas. Le Socialisme, qu'on le veuille ou non, apparaîtra de nouveau sur la scène du monde. La Démocratie chrétienne fera partie de son cortège. L'une suit inévitablement l'autre.

Quant au Catholicisme libéral, tout lui devient profit dans les événements de 1848.

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