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fluence laissée au clergé par un gouvernement chrétien. Le Libéralisme, qui leur est commun, devient un moyen d'entente. Ces libéraux modérés, qui jouirent d'un grand crédit politique sous les ministères du duc de Richelieu et de Serre, acceptent les services religieux personnels du prêtre. Mais l'action de l'Eglise sur la société leur déplaît. Ils voient dans la mise de la religion hors de l'Etat un progrès politique et social.

Les Libéraux, en somme, veulent, à des degrés divers, une Monarchie s'adaptant à l'état nouveau créé en France par la Révolution. Ils la veulent libre-penseuse ou libérale. L'Eglise doit perdre dans l'Etat sa situation privilégiée. L'Etat n'a rien à voir avec la religion C'est une affaire privée. Les citoyens n'auront qu'à s'entendre directement avec les ministres du culte, s'ils veulent satisfaire leurs besoins religieux.

Il suffit pour cela de leur garantir le droit commun de la liberté individuelle. On arrive ainsi à une laïcisation complète de la société.

Ce programme politique est contraire à toutes les traditions de la Monarchie française. L'union de l'Eglise et de l'Etat ou, comme on dit alors, du trône et de l'autel, est un article essentiel de la constitution dont elle a doté le pays. Les royalistes les plus fermement attachés à la dynastie royale ne croient donc pas possible la séparation, que les libéraux préconisent. Ils embrassent dans un même dévouement l'Eglise et la France. On les voit en toutes circonstances

faire cause commune avec l'Episcopat et le Clergé et s'opposer aux prétentions libérales. Leurs adversaires, qui sont aussi les ennemis du Catholicisme, saisissent cette occasion de créer la légende fantôme du parti prêtre, du gouvernements des nobles et des curés. Ce n'est qu'une caricature odieuse de la Monarchie très chrétienne, Mais elle a eu la fortune bonne. L'action de la littérature sous toutes ses formes sur l'opinion publique la rend bientôt populaire. On en fait un épouvantail, dont la vertu magique est loin d'être épuisée.

Le Libéralisme a donc toutes les chances. Le régime de liberté qu'inaugura Louis XVIII est devenu pour lui une cause de succès. Les esprits, fatigués de la contrainte où les avait tenus Napoléon Ier5 ne gardent aucune mesure. La liberté devient aussitôt loquace. La jeunesse intelligente et active s'enivre de sentiments et de mots. Rien ne lui semble au-dessus de ses moyens. Elle se lance avec fougue dans toutes les branches du savoir humain.

Le Clergé n'exerce aucune influence sur cette renaissance intellectuelle. Il a trop à faire pour vaquer tranquillement aux œuvres de l'esprit. Bonaparte, en rendant à l'Eglise une situation officielle par le Concordat, n'a point réparé les ruines accumulées pendant la Révolution. Ses entreprises militaires et son administration ombrageuse et omnipotente rendirent la tâche des évêques et des prêtres fort difficile. Ils ne jouirent de la liberté nécessaire que sous Louis XVIII.

La restauration religieuse marcha bon train dans tous les diocèses. Les hommes appliqués à cette œuvre étaient en trop petit nombre pour avoir la facilité de songer à autre chose. S'ils avaient eu des loisirs, leur manque de préparation les aurait réduits à l'impuissance. Les prêtres ordonnés pendant la Révolution et l'Empire n'avaient eu ni le temps ni les moyens de se donner une formation intellectuelle. Les évêques se contentaient du strict nécessaire et les fidèles n'en demandaient pas davantage. La prédication apologétique de Frayssinous fut très appréciée de ses auditeurs; mais elle resta sans action sur l'esprit public.

Chateaubriand exerçait à cette époque une action contestable. Joseph de Maistre était mort et De Bonald commençait à vieillir. Les jeunes catholiques, qui participaient au réveil général, ne pouvaient rien attendre de ce côté. Lamennais s'imposait à eux. Ce fut leur maître. Son Essai sur V Indifférence raffermit les convictions ébranlées et provoqua de nombreux retours au Catholicisme. Les disciples qui se groupèrent à ses côtés lui témoignaient autant d'admiration que de dévouement. Il en était digne. Il fit penser, il fit travailler, il provoqua à l'action. Ceux qui le suivirent étaient des hommes d'élite. Tous jouèrent un rôle plus tard. Nous aurons occasion de les nommer. Leur initiative s'étend à tous les besoins. Leur âge est pour beaucoup dans les reproches qui leur sont adressés.

Le Catholicisme libéral -i

Ah! si Lamennais avait eu le bon sens de continuer la tradition intellectuelle et morale inaugurée par de Maistre et de Bonald, que n'eûtil pas accompli avec les auxiliaires que la Providence lui envoya ! Il aurait pu orienter pour un siècle les intelligences et les volontés catholiques en France. La coalition littéraire, philosophique et historique du Libéralisme eût échoué. Combien parmi ceux qui s'y égarèrent ne se seraientils pas enrôlés à l'école d'un tel maître?

Il n'en fut rien. Lamennais n'était point homme à marquer le pas derrière n'importe qui. Il souffrait d'une hypertrophie du moi. Son individualisme était aussi impatient d'une mesure que celui de son compatriote, Chateaubriand. On a parlé du romantisme de ce dernier. Il y aurait beaucoup à dire de celui de Lamennais.

L'imagination chez lui l'emporte sur le jugement. La passion le met aisément en tempête. Il lui est difficile d'envisager une situation telle qu'elle est, avec calme. Il discerne cependant des réalités qui échappent aux autres. Mais de graves erreurs troublent sa vision des hommes et des choses. Il exagère tout, le vrai comme le faux, le bien comme le mal. Sa raison est vive et pénétrante. Et on se demande s'il la consulte pour orienter sa vie et son travail. Il se décide souvent sur une impression. Comment, dès lors, agirait-il avec sagesse? Il met au service de l'idée adoptée sur le moment et de l'attitude prise sa logique inflexible et son talent de feu. Il éclaire et il entraîne.

On a révoqué en doute la sincérité religieuse de l'auteur du Génie du Christianisme. Celle de railleur de V Essai sur V Indifférence, est indiscutable. Son œuvre n'a pu sortir que d'une âme convaincue.

Mais sur quel fondement reposait cette conviction? Il était bien fragile. Les origines de sa vocation sacerdotale laissent perplexe. .Même quand il sert les vérités et les causes surnaturelles les plus élevées, Lamennais reste le plus naturel des hommes. Vous comprenez le sens que je donne à ce mot.

Parmi les lacunes assez profondes de cet esprit, il en est une que je dois vous signaler : Lamennais est un a-politique. La science politique lui est étrangère; il en ignore les lois. On peut même dire qu'il en fait fi. Lorsque les circonstances l'obligent à en parler, au lieu de raisonner, il s'abandonne à un sentiment.

Sa grande force lui vient de son attachement à l'Eglise. Il l'aime passionnément et cette passion sait être communicative. Parmi ses contemporains, personne, depuis Joseph de Maistre, ne comprend aussi bien le rôle du Pape dans la société chrétienne.

Le Gallicanisme trouve en lui un adversaire redoutable. Il était opportun et urgent de combattre cette erreur qui compromettait, dans une certaine mesure, l'œuvre de la Restauration. Elle aurait dû finir avec l'ancien Régime. On put croire que le Concordat lui porterait un dernier coup. Mais, s'il en avait été ainsi, Napoléon

se fût fait un malin plaisir de le ressusciter. Sous son gouvernement, la Déclaration de 1682 resta un article fondamental de la charte religieuse de notre pays. La Restauration ne repoussa point ce fâcheux héritage. Il est vrai de dire que les évêques et les prêtres, en général, y tenaient autant et peut-être même plus que les magistrats et les hommes politiques.

Certains libéraux montrèrent sur ce point des prétentions étranges. Ils voyaient dans le Gallicanisme un moyen commode d'affaiblir l'Eglise, en exagérant les droits que l'Etat revendiquait en matière religieuse. C'est ainsi que les Voltairiens, rédacteurs du Constitutionnel, posaient par moments en défenseurs de la religion de saint Louis et de Bossuet. Ils allèrent jusqu'à fonder une association évangélique pour la défense des Libertés gallicanes. Leur Gallicanisme eut sa manifestation politique dans la haine des Jésuites, que de Villèle protégeait discrètement. L'Ultramontanisme de Lamennais les mettait hors d'eux.

Le Gallicanisme des évêques et des monarchistes n'allait pas aussi loin. C'est celui que Fleury enseignait dans son histoire. Ses partisans n'acceptaient pas la monarchie pontificale avec la plénitude de ses droits. Ils ne voulaient point du Pape infaillible et ils affirmaient que le Concile œcuménique lui était supérieur. Ils s'en tenaient à la Déclaration de 1682. Lamennais n'eut aucun égard pour ce Gallicanisme modéré. Il mérite de ce chef toute notre gratitude. En cela,

il continue bien l'œuvre de Joseph de Maistre.

Les tendances gallicanes du gouvernement royal l'exaspèrent. Il n'y comprend rien. L'attachement qu'il a d'abord témoigné à la Monarchie diminue sensiblement. Victor Hugo affirmait tenir de Lamennais lui-même qu'au fond il avait toujours été républicain. Ce n'est pas impossible. Dans tous les cas, sa fidélité à Charles X ne put résister à l'épreuve d'une condamnation prononcée contre lui par un tribunal. Les Bourbons eurent à expier cette maladresse de leur magistrature. De pareils ressentiments restent au fond du cœur, sans qu'il y ait lieu de leur donner le moindre éclat. Mais ils se glissent aisément sous les prétextes que les circonstances leur fournissent un jour ou l'autre. Lamennais fut servi à souhait.

Les Jésuites sont expulsés par les ordonnances de 1828 des collèges qu'ils dirigent. Les évoques et tous les ultramontains s'élèvent contre ces faiblesses du gouvernement. Lamennais ne peut contenir son indignation. Il l'épanché dans un livre, qui a un retentissement considérable, Les progrès de la révolution et de la guerre contre VEglise. Il paraît en 1829. On l'a considéré avec raison comme l'acte de naissance du Catholicisme libéral. Il y a néanmoins des choses excellentes, qui causent aux Catholiques dévoués à Rome, une joie très grande.

L'auteur exhorte en termes chaleureux les prêtres et les fidèles à serrer leurs rangs autour du Souverain Pontife, à résister aux ingérences de

l'Etat dans renseignement, le culte et la discipline ecclésiastique. Il exhorte le clergé à se signaler par de fortes études et à reprendre la tradition des synodes diocésains et des conciles provinciaux. Il dénonce avec courage l'oubli des vérités fondamentales de l'ordre politique chrétien. « La soumission du peuple au prince, écritil, a pour condition celle du prince à Dieu. » Mais il dépasse les bornes de la vérité, quand il accuse Louis XIV d'avoir proclamé solennellement le divorce de la société civile et de la société religieuse. Non, la Déclaration de 1682, n'est pas la cause unique et principale du Gallicanisme et du Libéralisme. On ne peut confondre, après lui, le Gallicanisme et la Monarchie nationale. Toute la crise actuelle ne consiste pas, comme il le déclare, dans un conflit entre le Libéralisme et le Gallicanisme. Lamennais se montre trop l'homme d'une idée. Il perd la claire vue des faits.

Aussi quelques-unes de ses conclusions sontelles inadmissibles. En voici deux, par exemple, qui portent en germe tout le programme du Catholicisme libéral.

Le Clergé doit s'isoler de la société politique; ce qui, logiquement, aboutit à la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Lamennais écrit en propres termes : « Quand les croyances sont divisées et que des opinions sans nombre ont succédé à l'antique foi, alors l'unité ne peut renaître qu'à la suite d'un libre combat. » On y sent, avec la liberté de la presse et la liberté de conscien-

ce, les revendications des Catholiques libéraux.

Les Catholiques, à le croire, ne devraient attendre des pouvoirs publics que la liberté. Le triomphe de La vérité n'arrivera qu'après de nombreuses destructions opérées par l'erreur. Ces excès de l'erreur préparent le retour au vrai.

Les hommes clairvoyants ne se firent aucune illusion sur les conséquences de ces hardiesses. L'archevêque de Paris blâma l'auteur. On parlait, dans les milieux diplomatiques, de solliciter du Saint-Siège une condamnation.

Ces idées reçurent un accueil sympathique dans un groupe étranger à l'Ultramontanisme. La Société de la morale chrétienne était plus particulièrement disposée à les applaudir. Elle se composait de catholiques et de protestants. On y avait mis au concours, dès 1825, la question de la liberté des cultes. On y soutint, en 1829, que, pour obtenir la liberté religieuse, il fallait séparer l'Eglise de l'Etat. Ces théoriciens devaient un jour ou l'autre se rencontrer avec Lamennais.

Un cercle de jeunes catholiques, appartenant à la noblesse du faubourg Saint-Germain, suivit avec une attention confiante cette évolution vers le Libéralisme. C'étaient, pour la plupart, des cadets de famille, qu'un projet de rétablir le droit d'aînesse détournait de la Monarchie. Ils formaient une société d'études, qui avait son siège au Quartier Latin. Les fondateurs et les premiers rédacteurs du Correspondant en faisaient partie.

DEUXIÈME LEÇON La première condamnation

Sommaire : La chute de Charles X. L'attitude de Lamennais. Dieu et Liberté. Les disciples de Lamennais. Leur organisation. Entrée en scène. Lamennais et les Libéraux. Une évolution de l'Eglise. Séparation de l'Eglise et de l'Etat. La condamnation.

Mesdames, Messieurs,

Une idée, pour passer dans Tordre des faits et exercer sur l'esprit public un empire véritable, a besoin du concours des événements.

Un homme, réduit à ses seules ressources, peut former une école et se concilier des disciples assez nombreux. Ceux-ci réussiront, avec du talent et quelque ténacité, à propager ses doctrines. Mais leur action n'ira pas très loin. Le succès lui viendra des liens qui pourront se nouer entre le pays et les tendances dont cette idée est le point de départ. Sans quoi, les hommes parleront, écriront, agiront en dehors des réalités politiques et sociales. Il n'y aura guère à les redouter.

Le génie d'un semeur de doctrine consiste principalement à prévoir le concours que les événements lui porteront, un jour ou l'autre,

Lorsque ses prévisions se réalisent, il apparaît à ses contemporains muni d'une investiture, qui le rend apte a les conduire. Ils l'écoutent et ils le suivent. Cela reste vrai, quand les idées sont répandues par une collectivité. Le prestige du succès s'attache à la doctrine et au groupe qui l'enseigne.

La France eut à expérimenter cette loi après la révolution de 1830. Cet événement fut un désastre pour la Monarchie très chrétienne et un triomphe pour le Libéralisme. Le Catholicisme libéral en tira de son côté un avantage considérable. Il eut une destinée à laquelle nul ne songeait.

Charles X fut détrôné par une faction de bourgeois libéraux. Ils étaient en grand nombre imbus des théories de Rousseau et de Voltaire. C'étaient les hommes de la Révolution. Leurs familles lui devaient pour la plupart leur fortune. Ils prétendaient, en outre, au monopole de l'influence politique.

La Restauration malgré ses concessions fréquemment renouvelées, ne parvenait point à les satisfaire. Elle était trop chrétienne pour cela. Ces partisans de 1789 croyaient fermement à la Déclaration des droits de l'homme. Mais ils n'avaient pas encore eu le temps de se familiariser avec un idéal républicain. Nul ne croyait sa réalisation possible. Une Monarchie libre-penseuse ou libérale leur suffisait pour le moment. Or Charles X ne pouvait s'y résoudre. Cette con-

ception du pouvoir répugnait à ses idées personnelles et à celles de sa maison. Il ne pouvait, il ne voulait être que le Roi très chrétien. Les libéraux en étaient convaincus. C'est ce qui explique leur haine contre lui. Sachant bien que jamais ce prince n'accepterait la séparation du trône et de l'autel, symbole de la monarchie laïcisée et libérale, ils conçurent le projet de renverser le trône.

Qu'on ne l'oublie pas, cette révolution bourgeoise fut avant tout dirigée contre l'Eglise. Les Libéraux se hâtèrent d'en profiter.

Cette catastrophe donna raison à Lamennais. Il l'avait prévue depuis un certain temps et il l'annonçait avec bruit, en prenant soin de signaler ses causes. Sa clairvoyance le grandit dans l'estime de ses disciples. Comment auraient-ils pu ménager leur confiance à un maître, qui recevait des événements une pareille consécration? On le suivit comme un prophète.

Son passé faisait prévoir l'attitude qu'il allait prendre. Il n'eut qu'à continuer. Il resta donc fidèle à ses idées et à ses sentiments. Les idées libérales, qui avaient eu leur première manifestation sous sa plume en 1829, reçurent leur développement naturel. On s'en aperçut bien vite.

Mais, avant de mettre sous vos yeux la suite de cette histoire, je dois répondre à une question : l'attitude que Lamennais adopta convenait-elle aux aspirations de la France chrétienne? N'y avait-il pas mieux à faire?

Le roi Charles X était le dépositaire du droit monarchique. Il existait entre lui el la France

un lien, qu'il n'était au pouvoir ni de l'un ni de l'autre de briser. Neuf siècles de services réciproques l'avaient noué entre la famille royale et la nation. Les assassins de Louis XVI furent impuissants à le rompre. Il résista aux gloires de Napoléon. Les événements de juillet 1830, il est vrai, détrônèrent le souverain; mais son droit subsista quand même. Un propriétaire conserve le sien, malgré les chances d'un voleur qui l'aurait expulsé de sa maison. Les droits politiques sont, comme des droits privés, indépendants de l'opinion.

Que serait-il advenu, si les royalistes et les catholiques s'étaient trouvés d'accord pour le reconnaître et surtout s'ils avaient réglé d'après cette conviction leur attitude? Beaucoup le firent. Mais ils ne furent pas assez nombreux.

Oubliez, si vous le voulez bien, la scission dont je vais vous entretenir. Supposez qu'il y ait eu chez les ennemis du Libéralisme triomphant unanimité. En restant fidèles au Roi détrôné, ils auraient refusé à l'usurpateur leurs services. Mais chacun, au poste où la Providence le plaçait et avec les moyens que lui offrait sa situation, aurait continué de servir le pays, en dehors des fonctions publiques, par une action religieuse et sociale persévérante. Cela aurait suffi pour rendre indestructibles les liens qui unissaient encore la famille rovale à la France. Ils au-

raient maintenu et popularisé la notion et le respect du droit.

Vous devinez qui se serait trouvé là en 1848 pour remplacer l'usurpateur, devenu la victime de sa faute. La France revenait à son Roi légitime, au lieu de continuer sa course à travers les phases de ses révolutions.

Ce n'est qu'un rêve, hélas! tandis que la réalité s'impose avec ses tristesses. Les hommes d'ordre se trouvèrent divisés. Les partisans du droit, qui voulurent rester fidèles à eux-mêmes, se virent traités de Carlistes, en attendant qu'on les surnommât émigrés de l'intérieur. Un jour viendra bientôt où leur fidélité sera tournée en ridicule. Quelques-uns iront jusqu'à faire peser sur eux la responsabilité des épreuves que la religion traversa.

Qui donna le signal de ces divisions? Lamennais. Libre à lui de n'accorder aucun regret aux vaincus de l'émeute bourgeoise et libérale. Mais pouvait-il, des événements douloureux dont Charles X fut la victime, tirer cette conclusion : Dégageons l'Eglise de toute solidarité avec la Monarchie. Séparons le trône de l'autel?

Il n'y avait pas lieu d'engager le Clergé dans ces luttes politiques. Lamennais, en prétendant séparer sa cause d'un parti, ne le précipitait-il pas, en réalité, dans ces mêmes luttes? Il lui assignait un autre champ de bataille et des chefs nouveaux, avec l'espoir bien arrêté de devenir leur inspirateur.

La Monarchie très chrétienne, qui s'était dé-

truite elle-même avec son Gallicanisme, avait été mise au tombeau par les révolutionnaires de 1830. Elle ne devait plus en sortir. Telle était du moins la pensée de Lamennais. Grande fut sa surprise quand il vit surgir tout d'un coup une autre Monarchie, celle de Louis-Philippe. C'était, il est vrai, une Monarchie libérale; c'en était une, quand même. Il croyait à l'avenir de la République. Ses prévisions ne le trompaient guère. « Vous avez mille fois raison, écrivait-il au marquis de Coriolis, ceci doit finir par la République, j'entends la république de droit, car nous avons déjà celle de fait; et, comme d'ici longtemps peut-être, nul autre gouvernement ne sera possible en France, j'aimerais mieux, pour la tranquillité de l'avenir immédiat, qu'on mît plus d'unité dans les institutions qu'on nous fabrique; car tout ce qui s'y trouve d'opposé à l'esprit républicain ne pourra ni durer, ni être changé, sans de nouvelles secousses, qui ne seront pas médiocrement dangereuses. » (1).

Le voilà donc républicain en principe. Le gouvernement de Louis-Philippe n'aura de sa part ni sympathie, ni confiance. Il s'en accommode néanmoins. La forme politique lui est indifférente, en attendant l'évolution inévitable de la Monarchie constitutionnelle vers la République. Il compte sur l'avènement de la Démocratie.

Les faits, vous le voyez, ne lui ont pas infligé de démenti. Mais il reste à savoir si ses prévi-

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