‹ Le catholicisme libéralChapitre 7 sur 24 · L'Avenir, 28 juin 1831, Boutard · texte numérisé non relu

L'Avenir, 28 juin 1831, Boutard

faits dûment contrôlés. Elle est le simple produit d'un romantisme s'exerçant autour de quelques souvenirs. C'était suffisant à l'époque de Michelet.

Le chef de la nouvelle école ne recule pas devant l'application de son système à l'Eglise Cela l'entraîne plus loin que ses admirateurs ne l'auraient voulu. Mais les résultats sont trop satisfaisants pour qu'il songe à reculer. Si on les accepte, sa théorie de politique religieuse reçoit sa justification. C'est un succès définitif. Nul obstacle ne pourra désormais retenir son élan.

Car, en vertu de cette loi, l'Eglise devra s'adapter aux circonstances extérieures, issues des principes de 1789. Il faudra bien qu'elle évolue à son tour. Son existence en dépend, ainsi que l'avenir religieux du monde. Lamennais s'est fait là-dessus des convictions arrêtées. Elles servent de pivot à toute sa politique religieuse. Il y tient comme à une condition de sa foi. L'Eglise, pense-t-il, ne pourrait jamais, sans se prêter à cette exigence du temps et des hommes, reprendre sa mission, interrompue par le Gallicanisme et l'absolutisme du pouvoir. Il n'y aurait plus qu'à faire son deuil de cette union intime de la science et de la foi, de la force et du droit, du pouvoir et de la liberté, qu'elle est seule capable de réaliser sur terre.

Je suis d'aussi près que possible, remarquezle bien, la pensée de Lamennais. Vous constatez,

comme moi, le développement qu'elle a reçu depuis l'année 1831. Elle coule encore dans la littérature et les discours de nos libéraux et de nos démocrates. Le maître enseigne par la bouche et la plume de ses disciples. Cette continuité de son esprit et de ses tendances est instructive. Aussi fait-il bon la constater.

Cette évolution n'est guère qu'un modernisme anticipé. Il y voit la condition du renouvellement salutaire de l'Eglise et du monde. Grâce au règne de la Liberté, qu'il annonce, nous assisterons au triomphe de la charité et à l'avènement de la fraternité humaine : « Que serace, lorsque, entièrement libre, il (le Christianisme) pourra sans obstacle verser et verser encore sur cette société qui est son ouvrage, ses flots toujours renaissants d'amour? C'est l'amour qui a créé le genre humain; c'est l'amour qui l'a sauvé, et c'est l'amour, qui, consommant son unité terrestre, lui montrera, même ici-bas, comme une magnifique image de ce qu'il est destiné à devenir dans une autre patrie. » (1)

Le prêtre est l'agent providentiel de ces transformations. « C'est Dieu qui l'a établi pour être l'homme du peuple, le confident de ses misères, le médecin de ses douleurs secrètes, le dépositaire de ses larmes, l'interprète de ses besoins, le protecteur, l'ami, la providence de tous ceux qui ont faim et soif, de tous ceux qui pleurent. » Il sera l'arbitre « entre le riche, qui fournit la

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