Ibid
la plupart des évêchés. Les évêques et leurs défenseurs les plus autorisés ne voulaient pas que des écrivains téméraires pussent lancer l'Eglise dans une aventure, dont on ne prévoyait pas l'issue. Quelques-uns craignirent un quatrevingt-neuf ecclésiastique. Des mesures sévères devenaient inévitables.
Les admirateurs de Lamennais ont accusé les Légitimistes d'avoir usé de tous les moyens pour le faire condamner. Ils s'autorisent pour cela de quelques faits, que l'on ne saurait contester. Mais peut-on raisonnablement en conclure que ses adversaires de droite l'aient rendu condamnable? Non, certes. Il s'agit moins de savoir qui l'a dénoncé et qui s'est réjoui des mesures prises contre lui, que d'être fixé sur la condamnation elle-même et sur ses motifs.
Les évêques qui s'efforcèrent d'arrêter le mouvement de V Avenir étaient dans leur droit et, qui mieux est, ils remplissaient un devoir. J'ignore si Lamennais et ses collaborateurs s'en rendirent compte. Mais ils eurent la douleur de constater que les mesures dont ils étaient l'objet rendaient leur œuvre impossible. Lamennais en fait l'aveu : « Les évêques ont tout tué; ils défendent de lire notre journal; ils persécutent les prêtres soupçonnés d'attachement à nos doctrines, ils remuent ciel et terre pour ressusciter le Gallicanisme, attisant par là contre l'Eglise une haine dont les conséquences m'effrayent, tandis que nous étions parvenus à ramener non seulement à la foi, mais encore à la pratique de
la religion, des athées même, Et par quel moyen nous altaque-t on? par des interdits, par des intrigues, des menées sourdes, par un épouvantable système organisé de calomnies; et cette opposition a trouvé de L'appui à Rome! Rome s'est ligué avec ses ennemis les plus dangereux contre ses propres doctrines et contre ses défenseurs. » (1)
Lamennais ne se faisait aucune illusion. Les ressources nécessaires à la continuation de la lutte allaient lui faire complètement défaut. Une disparition volontaire lui parut opportune. Il n'y avait plus, dans ces conditions, qu'à supprimer V Avenir et à dissoudre Y Agence générale.
Mais comment s'exécuter sans avouer une défaite? Ce n'était point chose facile. Lacordaire émit un avis, que le maître agréa : « Nous ne pouvons finir ainsi. Il faut nous rendre à Rome pour justifier nos intentions, soumettre au Saint- Siège nos pensées. Qoi qu'il arrive, cette démarche éclatante, preuve de sincérité et d'orthodoxie, sera une bénédiction pour nous et une arme arrachée aux mains de nos ennemis (2). »
Lamennais, Lacordaire et Montalembert prirent le chemin de Rome, le 22 novembre. Le titre pompeux de pèlerins de Dieu et de la liberté, qu'ils se donnèrent, fit de leur voyage la continuation de leur geste libéral. Tant d'ostenta-