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TROISIÈME LEÇON (I

SAINT AUGUSTIN. l'ÉLABORATION DOGMATIQUE DU CATHOLICISME

("27 novembre 1892).

I. — Vues générales sur V ensemble de l'élaboration dogmatique du catholicisme.

Toutes les bases du dogme catholique établies par saint Paul se sont graduellement développées toujours dans la même direction. Il faut étudier d'une manière générale, mais précise, ce développement et d'abord indiquer la loi qui y préside.

La coordination opérée par saint Paul avait été déterainee par des raisons subjectives tirées des besoins

(1) Cette leço-n a été professée au Collège de France, le Dimanche 27 Novembre 18y2, de 3 heures à 5 heures.

moraux et sociaux auxquels devait satisfaire cette coordination.

Or, la loi qui préside à la fondation du dogme est exactement la même que celle qui gouverne son développement, c'est-à-dire, qu'en effet, les divers perfectionnements qui sont successivement apportés aux conceptions de saint Paul respectent d'abord les bases de ces conceptions, et sont déterminés aussi parla destinalion morale et sociale du dogme.

C'est ainsi que s'est établie l'homogénéité incontestable du dogme catholique; de sorte que ce dogme va se développer dans une direction uniforme, sous l'influence de sa destination. Son application est double; elle consiste, d'un côté, dans l'organisation du perfectionnement moral de chaque individu et, d'un autre côté, dans la fondation d'un pouvoir spirituel, distinct du pouvoir temporel, qui reste toujours la condition nécessaire de l'efficacité morale du catholicisme.

Pour bien compreadre le développement qu'a reçu le dogme catholique dans les cinq siècles de sa fondation, il faut condenser en une formule simple l'œuvre de saint Paul. Saint Paul a voulu fonder une religion universelle , ayant pour base le monothéisme, présidant à une morale générale et à une réformation intime, ayant la vie future pour sanction finale. La base dogmatique consiste dans la théorie de la distinction de la nature et de la grâce. Dieu se réserve exclusivement ce dernier domaine ^ et il prédestine, par sa volonté, les individus à la réception de cette grâce, obtenue par les mérites de la mort de Jésus-Christ.

Jésus-Christ est conçu, non pas encore comme un Dieu, mais comme étant supérieur à l'homme et aux anges. De manière qu'il est lancé par saint Paul dans la voie directe de sa divinisation. La partie cultuelle spécialement propre à la nouvelle religion consiste dans le

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baptême et le repas eucharistique, symbole du repas de Jésus avec ses disciples. Enfin, les bases d'un pouvoir spirituel distinct et indépendant sont établies dès le début.

Tels sont les éléments essentiels qui vont se développer et se compléter sous l'influence des nécessités de la situation. Il est nécessaire d'indiquer le procédé logique d'après lequel on perfectionne des principes fondamentaux. Le procédé consiste toujours à rattacher chaque nouvelle notion aux bases traditionnelles primitivement posées. Les raisons invoquées consistent toujours dans l'autorité des antécédents et non point dans une déduction logique, encore moins dans des inductions résultant d'une investigation nouvelle.

Enfin la formulation, d'après un tel procédé, des vues nouvelles est attribuée à l'autorité sacerdotale des évêques réunis en concile, qui finit par se réduire à l'autorité papale.

Nous tenons ainsi la formule abstraite de toute cette évolution dont la plus grande intensité a lieu pendant les cinq premiers siècles.

Si nous examinons maintenant comment s'est accomplie effectivement cette élaboration, nous verrons qu'elle est due essentiellement à l'Eglise grecque ou orientale. L'Eglise véritablement latine (Gaule, Italie, Espagne), n'y intervient que secondairement; acceptant avec sagesse les décisions orientales, elle est surtout préoccupée d'applications sociales et morales.

La liste des conciles œcuméniques met en lumière la proposition que je viens d'Cnoncer.

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