‹ Le CatholicismeChapitre 26 sur 42 · Saint Bernard · texte numérisé non relu

Saint Bernard

Dans cette semaine, Auguste Comte n'a introduit qu'un type de la vie monastique en Orient, c'est-à-dire le fondateur, saint Antoine. Tous les autres appartiennent à la vie monastique occidentale, qui a seule joué un rôle vraiment décisif dans l'évolution de l'Humanité.

Une seconde observation est nécessaire à faire sur l'introduction d'Héloïse et celle de Béatrice, dans la semaine de saint Bernard. Pour Héloïse, la chose est plus facile à comprendre; elle représente la vie monastique féminine, mais aussi quelque chose de plus : l'initiative et l'action de la femme avec une certaine indépendance, en restant néanmoins dans les données du système so

cial correspondant. Enfin, le type d'Héloïse, outre son amour pour Abélard, avec un caractère de dévouement et de plénitude, représente aussi la culture intellectuelle de la femme, sans son déclassement. Il faut reconnaître que tous ces caractères se rapportent à la via monastique, conçue dans ses aspects divers de règle, de subordination, mais aussi d'indépendance et d'initiative. G'tîst du moins ainsi que je comprends l'introduction d'Héloïse dans le calendrier positiviste et spécialement dans la semaine de saint Bernard.

Il faut maintenant que j'explique comment, à mon avis, se justifie l'introduction de Béatrice, le type à la fois réel et idéal, que Dante a si admirablement idéalisé. La vie monastique a, comme nous savons, pour base le développement de la vie subjective^ coordonné par un type déterminé, qui serve à la fois à l'effort de règlement des instincts personnels et aussi à l'excitation des instincts sympathiques. Dans la vie monastique catholique, ce type est celui de Dieu et surtout celui de Jésus- Christ, Dieu et homme. Il ne pourra en être de même à l'état positif et cependant le problème posé par la vie monastique devra être résolu et un type ou des types seront nécessaires pour coordonner la vie subjective. Auguste Comte, par sa théorie et sa pratique, a tracé la marche vers l'état normal. Dante l'a pressenti dans la création du type de Béatrice, en anticipant, comme le font les grands poètes, sur l'état normal que systématisent les philosophes. Mais, en même temps, ce type qui sort du catholicisme, puisqu'il ne s'agit plus de Jésus ni de Dieu, y reste néanmoins, puisque Dante l'a lié à sa grande idéalisation catholique. Il paraît, à mon avis, qu'Auguste Comte a montré là sa profondeur habituelle, quoiqu'il n'ait nulle part motivé sa décision. Dans Béatrice, c'est l'avenir qui apparaît dans la conception idéale du passé.

Les architectes du moyen âge et saint Benezet représentent la participation de la vie monastique aux arts plastiques. En premier lieu, ces architectes du moyen âge ont d'abord été des moines qui ont fondé une nouvelle architecture, adaptée à la nouvelle situation religieuse créée par le catholicisme en Occident. Les architectes laïques qui ont succédé ont modifié l'architecture précédente, par l'introduction de l'ogive; et s'ils ont cessé d'être des religieux, leurs constructions néanmoins avaient une distinction cultuelle. Il faudra, à mon avis, quand on organisera la célébration cultuelle, adjoindre à ces architectes religieux le souvenir des types monastiques qui ont tant contribué à la création de l'harmonie musicale.

Dans saint Benoit, Auguste Comte honore le vrai coordinateur de la vie monastique occidentale, de celui qui a créé pour la papauté l'équivalent de la légion pour le sénat de Rome! Enfin, saint Boniface, saint Austin et Lanfranc représentent la grande opération de l'incorporation de la Germanie et de la Grande-Bretagne à la civilisation occidentale.

Quant à saint Bernard, il constitue le type incomparable de la vie monastique en Occident. Austère dans l'exécution scrupuleuse de la vie monastique proprement dite, il exerce dans l'Eglise elle-même une grande influence d'opinion, qui agit sur la papauté elle-même. Son action s'applique aux plus grandes opérations de la politique, en même temps qu'il veille à la stabilité dogmatique du catholicisme, qu'il cherche à rendre compatible avec un certain développement mental, comme 1 offre plus spécialement le type de saint Anselme. Saint Bernard nous offre finalement le plus admirable type que pouvait comporter le catholicisme, de la combinaison du progrès avec l'ordre, de l'indépendance avec le concours.

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