‹ Le CatholicismeChapitre 30 sur 42 · THÉORIE GÉNÉRALE DE LA DÉCADENCE DU RÉGIME CATHOLIQUE DU MOYEN AGE · texte numérisé non relu

THÉORIE GÉNÉRALE DE LA DÉCADENCE DU RÉGIME CATHOLIQUE DU MOYEN AGE

I. — Conception générale de la décadence du régime catholique du moyen âge.

On peut constater, en considérant révolution moderne, depuis le commencement du xiv^ siècle jusqu'à 4789, un double fait dominant.

En premier lieu, au xiif siècle, le régime catholique atteint son maximum d'action sociale et personnelle. Il a complètement organisé alors la division des deux pouvoirs, qui est le chef-d'œuvre politique de la sagesse humaine. C'est le plus grand progrès que notre espèce ait

(1) Cette leçon a été professée au r.ollègc de France, le dimanohe .25 décembre 1892, de 3 heures à j heures.

accompli jusqu'ici; car ce n'est rien autre chose ijue l'organisation de la distinction entre la théorie et là pratique ; et le but final de la politique doit être d'organiser, sur de meilleures bases mentales et dans une situation plus favorable, cette distinction nécessaire La papauté, organe systématique de cette distinction, se trouve placée à la tête de la hiérarchie sociale. En vertu d'une doctrine universellement acceptée, et au moyen d'une hiérarchie admirablement organisée, la papauté exerce son action régulatrice sur les relations internationales. Des peuples soumis à des gouvernements différents, mais ayant une foi commune, acceptent dans leurs rapports réciproques l'intervention d'une autorité morale commune : leurs conflits se trouvent ainsi adoucis ; et beaucoup, suivant la juste observation de Joseph de Maistre^ se trouvent évités par la crainte même d'une intervention papale.

En second lieu, cette intervention se fait sentir le plus souvent d'une manière très heureuse dans la vie politique de chaque pays. Enfin, l'Eglise a une action directe et continue sur le règlement de la vie personnelle et domestique, grâce à l'action constante d'un sacerdoce suffisamment indépendant, par suite de son intime subordination à la puissance papale. Enfin, le catholicisme exerce une action directe sur le mouvement intellectuel, philosophique , scientifique et esthétique. C'est là un grand fait incontestable. Le régime catholique, et l'on peut dire, d'une manière plus générale, le système religieux ayant pour base la théologie, a atteint là son maximum d'action et de puissance.

Mais un second fait général, et non moins incontestable, c'est que, si nous considérons 1789 et la Révolution française, nous constaterons que le système catholique et, par suite^ le régime théologique proprement dit dont il est la plus haute expression, a perdu cetto

prépondérance, à ce point qu'en France d'abord, et graduellement dans tout l'Occident, Dieu, base nécessaire de tout ce système religieux, n'est plus que d'ordre privé, et que toutes les relations humaines, internationales, nationales et personnelles sont essentiellement réglées en dehors des conceptions théologiques, qui ne sont plus admises que comme un procédé purement personnel de conduite, que personne ne peut imposer aux autres.

On peut remarquer, en second lieu, que cette grande évolution, qui a duré cinq siècles, s'est faite lentement et graduellement par une succession de transformations qui se sont engendrées les unes les autres. Sans doute, la théologie et le catholicisme n'ont jamais accepté complètement la légitimité d'une telle évolution ; mais il a fallu néanmoins la subir. Quant à nous, nou3 prenons cette évolution comme un grand fait qui a créé la situation que le Positivisme se propose de diriger. Sans doute, à la suite de la profonde analyse de la papauté due à Joseph de Maistre, on a voulu remonter ce courant de l'histoire. Le grand penseur catholique a donné une impulsion qui a joué un rôle important dans l'histoire religieuse et sociale de notre époque ; mais il est facile de voir que cette grande tentative, inspirée par les plus nobles préoccupations de l'ordre, après avoir atteint un certain maximum, est au fond en décadence : on s'est heurté aux obstacles insurmontables que le poids du passé avait créés.

Mais il faut préciser davantage les divers aspects spéciaux de cette évolution dont nous venons de constater l'existence et le caractère général.

La papauté a, en effet, perdu d'abord ses fonctions internationales. A ce sujet, l'organisation papale du moyen âge a été un pressentiment de l'état normal de l'Humanité. Il est évident que, pour des populations

Page 1