LA MODE ET L'USAGE
Dan.c la plus îi:rande partie du monde la n ode n'a qu'un très-petit m] iie j il y y même des pays où elle est ei tièremtut inconnue j mais ^ en général, elle
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D a des droits que sur 1 \ manière cIp se vêtir : noius avons on France une sorte de prescription à cet e^ard.
Maliçréla révolution, la mode semble avoir pour jamais établi son domicile dans la capit de ; de là elle dicte des lois à (iifrérens peuples rpii s'assnjellissent à celles que nous avons reçues, d qui, bien souvent, en étendent et en multiplient le ri(!i(ide. Les caprices de la mode sont infinis et n'en ont pas moins force de loi.
La rno'Ie a empiété, parmi nous, sur les droits de l'usage; dans les autres contrées o:i In mode, rèfrne en souveraine, on la distininie de Fusage; on lui ■passe ses caprices toutes les fois quils n'oDt trait qu'à la manière de vous vêtir; mais Viisnge est une cliose fixe et immuable , et n'a rien à démêler avec cette toile.
En France, et surtout à Paris , il serait très-di^icile de distinsfuer la mode
de l'usage; cependant on fait honneur à l'usage, de presque toutes les fantaisiiîs
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(lr> la mode. On dit assez grneralement cela est il'itsngr : on si rait honteux de dire que c'est en consrquenre de la mode que l on se conduit de telle ou telle façon; cependant, la morfe. règle ;, non-senlenient riiabilleiiient, mais encore* la condnito et la Façon de parler.
/iusi, lorsqu'on parle de l'usage, à Paris, il faut sons-ent:^ndre hi mode : c'est donc de cette demi' re que je vais parler sons le nom de l usage.
Uiisnge est une cliose dont 1rs ïiomlïies conviennert entre eux sans trop savo'wpoiirfpioi. Ce quil y a de particnlier, c est que l'usage est souveiît elabh par les plus fous; c\.)Q. les plus raisonnables ne font que s'y soumettre, dans la crainte de passer pour ridienl s. W y â des ?AÇû'^t'5 faits pour une nation entière, comme les liabillemens ; et cliez qurlques peuples, cet usT^e est invariable.
Chez, les Français, 1 sp ('Xen^w^ iisa^j^es cban"ent, (t celui de îa manière de se vêtir n'est pas plus stable qfieïes antres. Il j a des états où 1 habit ne devrait
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pas varier, et où il a cependant éprouve des chani^emens.
L'extérieur de la vie civile doit être soumis aux lois de Viisage : telles sont les heures des repas, la manière de le» servir et de préparer les mets. Aujourd'hui on prétend avoir porté l'art de la bonne clièrc au plus liaut degré.
Les meubles , les ornemens des liôti'ls , leur forme , les équipa'j^es , \a. façon 6?V//y? îlansla société , le miititien pour chacun , les plaisirs, les devoirs extérieurs, la politesse, les mœurs, tout est réi^lé par 1 usage.
II V a même, quoi qu'on dise, comme chez les Ron^ains , un protocole de la qua:itité de larmes quil faut donner aux parens qu'on a perdus , suivant le dci^ré de parenté.
Personne n'oserait maintenant paraître dans un cercle avaiit onze Jieurc^s du soir . c'; st-à-dire après le spectai le ; ce seraits 'tabliren rébellion ouverte contre Xîisnge. on resterait plutôt à bailljr au coin de son feu. Sans cela ^ on serait
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obligé de se confondre en excuses auprès de la personne qui vous aurait invite'e , et chez laquelle on arriverait avant l'heure fixée par Y usage.
Aujourd'hui lusage veut encore ([ne.
les femmes seules se mettcnit h. table le soir^ les honijues sont placés dcirière et debout , et deviennent au besoin ;, les auxiliaires des valets qui servent l'ambigu. Dans quelques cercles obscurs , une triste brioche et quelques biscuits sont élalés sur la ta])le , un sucrier solitaire et fort peu garni, et quelques tasses placées à une distance respectueuse , semblent dire aux convives : admirez, mais ne touchez pas.
Uusage veut encore que l'on connaisse tout le monde et que Ton en soit connu. C'est pour cette raison que chacun , de son cuté, lait tous les jours vingt visites • or, comme tout le monde en fait autant , on ne trouve jamais chez eux que les malades , ( t ils ne i eçoivent pris. (Jeux qui se portent bien , courent les uj>s après le:, autres , sans jiiiuais se rencouUer : c'est L'usage.
Il y a ensuite les usaj^cs particuliers pour les rôles <jac chacun a entrepris de jouer dans le monde. Si le savant n'est plus aussi négligé dans sa mise qu'avant la révolution, il conserve néanmoins un costume qui le distingue toujours du vulgaire.
L'homme en place doit être inaccessible et se rendre souvent invisible ; son étude doit se borner à paraître occupé, à faire en deux mots une réponse honnête ou des promesses vagues ; il doit surtout savoir abréger les visites et congédier son monde avec aisance , même lorsqu'il n'aurait rien à faire , Vusage veut tout cela.
Tous les états ont leurs iisagps particuliers qui ne vont pas plus loin que leur sphère. ISiisage enfin est une convention tacite ou une imitation continuelle.
Les iisngp.s utiles sont imaginés par les gens vertueux occupés du bonlieur de leurs semblables , et par des citoyens industrieux qui en retirent quelque fruit. Tout le monde a le droit de créer
des usages , dès qu'ils sont utiles ou agréables. Les premiers sont ceux qui ont le plus de peine à s'établir j ils sont proposés presque toujours par des gens qui ont moins de célébrité que de mérite.