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L'OBSCURITÉ

On ne lira pas sans intérêt quelques détails sur la manière vraiment ingénieuse et pourtant naturelle dont les sourds-muets sont parvenus seuls ^ dès l'origine de leur réunion , à se communiquer dans l'obscurité.

Outre les gestes inspirés par la nature dont ils foiit un usage liabituc 1 , ils se Servent encore d'un alphabet manuel^ de pure invention humaine , qui con-

sisle à flonner à la main droite la forme dos lettres : trois doii^^ts renverses figurent une M , le pouce et 1 index à anj^le droit l'ont une l , il est facile de donner à la main la forme du c , et ainsi des autres lettres : comme on voit, c'est en quelquf^ sorto calquer toutes les lettres avec la main. Ces moyens sembleraient ne pouvoir se passer de la présence de la lumière, et pourtant les ténèbres, même les plus profondes, ne sont point un obstacle à la communication. L'isolement dans lequel se trouvent souvent les sourds - muets durant les longues nuits d'hiver , les a portés naturellement à suppléera la vue par le toucher : en donnant la forme des lettres à leur main , placée dans celle de leur iuterlocr,teur, ralj^habet manuel ^ au lieu de s'adresser à la vue , imprime hnirs pensées dans la main de celui à qui ils parlent.

Ils ont une antre manière de communiquer dans les ténèbres , plus simple encore y c'est iVccrire avec un doigt ^ en

appuyant un pou , sur le clos ou sur la main de celui qui s'entretient avec eux. Cette écriture fugitive et sans couleur meurt à sa naissance et se lit par sentiment.

En l'absence de la lumière , veulentils communiquer avec quelques camarades sans instruction ? bornes aux seuls signes naturels ^ ils redoublent d'industrie , et ce qu'ils ne peuvent lui dire j)ar l'écriture , ni même par Talpliabet manuel à l'œil ou à la main , il lui en l'ont faire les signes. Comment ? dira-t-on.

Ils se placent derrière ce nouvel élève , alongent leurs bras le long des siens et lui font faire, en les exécutant avec lui, des signes naturels qu'ils lui adresseraient eux-mêmes en plein jour.

Cette invention est bien autrement utile lorsque quelqu'un de ces infortunés est assez, a fligé pour perdre encore la vue. Qu'on ne croie pas que ce soit ici une supposition. Il y a dans ce moment (181 5) à l'institution de Paris, une /sourde-muette devenue aveugle, et il j

vient quelquefois un sourd-muet aucai mallicusement disgracié.

Peut-être croj-ez-vous que ces corps ambulaus , que ces ombres de l'humanité sont dans un isolement absolu, n'ayant plus pour toute société qu'euxmêmes , vivant dans leur cerveau avec quelques souvenirs vagues que le temps homicide efface peu à peu ? Rassurezvous j cette lutte de 1 liumanité réduite presque à la misérable condition de plante , aux prises avec la nature, cruellement attachée à sa proie, est un nouveau triomphe pour le génie de l'homme le plus dépourvu de moyens de communication. Grâce à la Providence ! ces malheureux , ou plutôt ces industrieux et infatigaules inventeurs, ti'ouvent encore jour à se laire entendre du fond de leur tombeau. Sans doute les gestes , ainsi que la nature entière , sont pour jamais couverts d'un voile impénétrable pour un sourd-muet devenu aveugle; mais il a toujours la ressource de faire «xccûter ses gestes à celui qu'il veut en-

tretcnir; de pins, il lui reste encore l'écriture sensible sur le dos ou sur la main, quoique sans trace visible , et enfin cet alpbabet manuel dont il ne faisait qu'un usage passager dans ses jours prospères^ et qu'il est obligé d'employer lorsqu'il est privé de la lumière du jour , puisqu'il n'a plus que ce seul point de contact par lequel il puisse couirauniquer avec lés viva ;s.

Paulmicr, Elève et collaborateur de

M. l'ahhc Sicard , inslUuteur des

sourds-muets.

UUCLOS.

DucLos n'était ni un génie transcen-; dant, ni -un littérateur ordinaire, ibnc > tient que le milieu entre l'un et l'autre. Considéré sous le seul rapport d'écrivain', on ne peut pas lui reprocher de . fautes y mais il ne mérite guères. aussi:.

d'eloge académique. T'^ihnit culpnm , Tton laudein ineridt. C'est en anecdotes qu'il laudrait parler de lui ,• sa carrière nous en offre de très-piquantes.

JNe en lyoS, à liinant, ce littérateur lie cessa jamais de remplir les devoirs sacres de la nature et de Tamitié. Mais on n'a pas vécu impunément au temps delà dernière régence , époque malheureuse de la dégradation des mœurs en France. wSisa naissance fût anivée trente ans plutôt, avec toute Tinstruction et la facilité qu'il avait, il aurait suivi une autre route dans la carrière , et n'aurait pas déparé le cercle brillant où se trouvaient les Boilcau , les Racine, et même encore les Pascal, les Bossuet, sans parler des grands seigneurs qui venai -nt les entendre, et à la tête desquels était le grand Condé. Mais un nouvel ordre, eu plutôt un nouveau système , se développa dans la littérature au commencement du dix-liuitièmesciècle. Lesidées n'étaient plus les mêmes; on adopta d'autres principes; on les produisitavec

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